05/08/2012

Extraits: Renaud Moniquet, Gaza, Le grand mensonge, 2009

Moniquet Claude, Gaza, Le grand mensonge, Quand la démocratie capitule face à l'islamisme, éd. La Boîte à Pandore, 2009

(p.7) préface par mohamed sifaoui

Je pense qu'il est des moments où il ne faut pas tourner autour du pot ou chercher des déclarations alambiquées pour affirmer une position par rapport à un conflit qui suscite toutes les passions. Je tiens à le dire ex abrupto, clairement et sans ambages : dans la guerre qui oppose Israël au Hamas, je soutiens littéralement l'armée israélienne dans sa lutte légitime contre cette organisation terroriste portée par cette idéologie fasciste qu'est la doctrine des Frères musulmans. Et je vais exprimer les raisons d'une telle position de la manière la plus claire possible. Je suis musulman, démocrate et laïque, homme de gauche, et je suis très sensible à la cause palestinienne et, par ailleurs, très attaché au droit de cette population à disposer d'un État souverain, libre, moderne, démocratique et prospère, vivant en sécurité dans un cadre d'une paix juste et durable, aux côtés d'Israël.

D'aucuns pourraient dire : mais quelle contradiction ! Comment peut-on être « pour les Palestiniens » et soutenir l'action militaire israélienne contre le Hamas ? Je vais en donner les explications dans cette préface que j'ai

 

1. Mohamed Sifaoui est journaliste, écrivain et réalisateur. Très engagé dans la lutte contre l'islamisme et tous les extrémismes, il tient un blog remarquable : www.mohamed-sifaoui.com.

 

(p.8) l'honneur de faire pour introduire l'ouvrage de mon ami Claude Momquet qui, livre, chapitre après chapitre, tous les arguments qui montrent que lorsqu'on se reconnaît réellement dans les valeurs universelles et, quand on est attentif au sort de la population palestinienne, on ne doit pas, on ne peut pas, on n'a pas le droit de manifester le moindre soutien pour une organisation comme le Hamas.

Le mérite de ce livre c'est qu'il saura faire sortir le lecteur du manichéisme ambiant. Le « mal » n'est pas là où beaucoup pensent le trouver. Claude Moniquet, expert international en matière de terrorisme et d'islamisme, a cerné les spécificités d'une milice et d'un parti « religieux » comme le Hamas. Il connaît surtout son côté obscur, ses manœuvres, sa propagande effrénée et sa nature idéologique. Parce qu'il est erroné de croire qu'il s'agit d'un « mouvement de résistance », comme il est très naïvement présenté dans certains médias, qui lutte contre « l'oppresseur israélien ». Dans ce genre de formulations, on ne retrouve pas la vérité mais les résultats d'une publicité mensongère qui dure depuis vingt ans. Le Hamas ne « résiste » pas, il utilise un objectif et une revendication fort louables, la construction d'un État palestinien, pour légitimer une idéologie qui s'inscrit dans une vaste mouvance internationale et dont la finalité ne cherche autre chose qu'à provoquer la transformation de tous les pays islamiques en des théocraties totalitaires, à constituer une force importante afin de combattre les démocraties et enfin à supprimer Israël de la carte du monde. Trois buts contenus de manière explicite dans la doctrine salafiste qui est celle des Frères musulmans et également du Hamas. Pour avoir un premier aperçu, il suffit de lire les textes fondateurs de la milice palestinienne.

En méditant sur le contenu de la charte de cette organisation terroriste, d'ailleurs brillamment décortiquée dans ce livre, l'on s'aperçoit qu'il faut avoir de la sympathie (p.9) pour les mouvements fascistes européens des années 1930 et 1940 pour considérer que le Hamas est un parti « respectable ». Ou alors il faut faire preuve d'une condescendance et d'un racisme déguisé, enfoui et non assumé qui tendraient à dire, en définitive, que le fascisme est mauvais lorsqu'il s'exprime en Europe, mais tout à fait « sympathique » quand ce sont des Arabes, des Palestiniens qui l'embrassent. Rassurez-vous ! Ce que j'affirme là n'est point exagéré. J'observe, en effet, depuis plusieurs années, cette tendance qu'ont certains partis et milieux, en Europe, auto-déclarés « antifascistes » et de gauche, qui s'accommodent étrangement de l'islamo-fascisme incarné par des organisations comme les Frères miutuLmaiu dont le Hamas n'est que l'un des avatars.

Que des islamistes ayant pris pour base arrière certaines capitales européennes sortent dans les rues, tous crocs dehors, prêts à en découdre avec le premier uniforme, criant des Allahou Akbar et des « Mort à Israël » ne permet d'abord qu'à me conforter dans mes convictions sur le fait que ces milieux islamistes, leurs leaders, leurs idéologues et leurs gourous sont des semeurs de haine et de discorde, des ennemis de la paix et de la tolérance et, ensuite, qu'à confirmer qu'ils sont malheureusement bien implantés dans les pays des droits de l'Homme. Mais que ces mêmes islamistes brandissant des drapeaux d'organisations, tels le Hezbollah, le Hamas ou le Djihad islamique, soient accompagnés, soutenus et portés, dans leurs virées extrémistes, par des figures politiques, médiatiques ou associatives se réclamant de la gauche, j'avoue qu'il y a là quelque chose qui me dépasse. Cela n'a plus aucun sens à mes yeux parce que ces prétendus gauchistes acceptent de marcher derrière, devant ou à côté des emblèmes de l'extrême droite musulmane. Et pour l'homme de gauche que je suis, ce spectacle est tout simplement insupportable.

(p.10) Si certains de ces militants gauchistes, dont peut-être quelques-uns sont sincères dans leur démarche, ont été abusés, il est temps, pour eux, de se réveiller. On ne peut pas raisonnablement se reconnaître dans des valeurs humanistes, démocratiques, laïques, progressistes, féministes et universalistes et soutenir des mouvements nihilistes, négationnistes, intégristes, sexistes, antisémites et communautaristes dont l'idéologie est, quand même, une sorte de « copier/coller » légèrement revu et corrigé du nazisme. Raison pour laquelle, lorsque je vois l'armée d'un État démocratique, quelles que soient les failles et les faiblesses de la politique de cet État, défendre une population soumise, depuis huit ans, à des tirs réguliers de roquettes et réagir, en fait, afin de faire cesser ces tirs qui, faut-il le rappeler, n'ont été d'aucune utilité pour la cause du peuple palestinien, je n'ai aucun complexe à comprendre et même à justifier cette lutte légitime contre une organisation terroriste dont le programme repose sur une idéologie fasciste.

Alors pourrait-on me rétorquer : mais que fait-on des victimes civiles ? Des femmes et des enfants, tués lors des bombardements israéliens ? Je répondrai la chose suivante : d'abord, l'humanisme n'est pas du côté de ceux qui soutiennent le Hamas et la barbarie intrinsèquement liée à ceux qui approuvent ou comprennent l'offensive israélienne. Les images de certaines chaînes arabes — et principalement AL-Jazira — exhibant, de manière indécente, des cadavres de civils ont bouleversé tout le monde, y compris la société israélienne. Il n'est pas à mes yeux un être normalement constitué, doté d'une once d'humanité, qui n'a pas été ébranlé à la vue de ces images horribles.

Des bombardements contre des cibles militaires provoquent malheureusement ce type d'images. Depuis que les guerres existent, les populations civiles payent (p.11) le prix fort. Cela ne fait pas forcément, n'en déplaise, de celui qui bombarde un « criminel de guerre ». La question à poser est la suivante : l'armée israélienne visait-elle des civils ? La réponse est non ! Parce que si tel était le cas, le bilan aurait été cinq, dix, cent fois plus lourd. Dans la guerre qu'elles mènent aux Talibans en Afghanistan, les forces de l'OTAN ont tué, lors de leurs bombardements, un millier de civils afghan durant l'année 2008. Les forces de l'OTAN sont-elles pour autant passibles de « crime de guerre » ? La réponse est évidemment non !

Ce qui provoque tant de pertes civiles est, nie semble-t- il, dû à la nature de la guerre qui a radicalement changé. Un conflit qui oppose une armée classique à une milice armée, elle-même mélangée à la population, ne saurait qu'engendrer des images terribles. Il est donc important de revenir sur le rôle et sur le vrai visage du Hamas et surtout sur la responsabilité de ce groupe terroriste dans la mort de femmes et d'enfants. Ceux qui instrumentalisent l'émotion de l'opinion publique n'ont aucun intérêt à s'attarder sur cette question. D'ailleurs, bien que se disant émus par le sort des civils, peu de manifestants ont appelé le Hamas à cesser ses tirs. Je ne pense pas avoir aperçu, lors des manifestations dites « propalestiniennes », des pancartes exigeant l'arrêt des hostilités des deux côtés ni d'emblèmes montrant un attachement à la paix, encore moins un seul slogan dénonçant les crimes du Hamas, ceux commis d'abord contre leurs propres « frères du Fatah », ensuite, ceux contre les civils du sud d'Israël qu'ils continuent de viser. Ce que j'ai vu, c'est ce que d'aucuns ont vu, des accusations de « génocide », alors que le terme a une définition bien précise ; des amalgames antisémites comparant les Israéliens aux nazis ; des appels au djihad ; des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Israël assassin » ; d'autres sur lesquelles était faite l'apologie de l'image d'Hitler et j'en passe.

(p.12) Cet ouvrage revient, cela dit, en détail sur ce qui a fait de ces manifestations des marches honteuses porteuses de messages inacceptables. Ce que j'ai vu, et ce que d'aucuns ont vu, ce sont des cris de haine et des slogans antisémites. Ce que j'ai vu, et ce d'aucuns ont vu, c'est une majorité de manifestants — et je sais que ce n'était pas le cas de tout le monde — qui marchait davantage pour marquer leur rejet d'Israël que leur attachement aux Palestiniens. C'est dire qu'en tant que citoyen très attentif au sort des Palestiniens, je ne peux pas accepter que l'avenir de ces derniers se construise sur la destruction d'Israël, sur les cendres des Israéliens... sur les cendres des Juifs. Ce serait une honte pour les Palestiniens, ce serait une honte pour les Arabes, ce serait une honte pour les musulmans et c'est inacceptable pour l'humanité. L'inverse est naturellement valable, mais force est de reconnaître qu'hormis quelques groupuscules d'excités, personne en Israël ne parle de destruction de la Palestine.

Oui, mais encore pourra-t-on dire : le Hamas a gagné les élections législatives ! Certes, l'organisation islamiste a remporté une consultation populaire élisant des parlementaires, mais elle a aussi fait un coup de force, s'emparant de manière illégitime de Gaza, voulant provoquer un coup d'État pour déposer Mahmoud Abbas, massacrant au passage plusieurs militants du Fatah. Mais parce ce que justement elle n'avait gagné que des élections législatives, l'organisation d'Ismaïl Haniyeh n'avait nullement le droit de mettre les Palestiniens devant le fait accompli de la guerre avec Israël. Selon la Constitution palestinienne, les pouvoirs régaliens, en d'autres termes, la Défense, la Diplomatie et la Justice sont entre les mains du président de l'Autorité palestinienne. Cela veut dire que, constitutionnellement, il est le seul à pouvoir déclarer un état de guerre. Si on est légaliste, respectueux des textes (p.13) régissant l'Autorité palestinienne et démocrate, il serait inacceptable de se substituer à la seule et unique autorité légitime et reconnue sur le plan international et engager ipjo facto la population dans un conflit. C'est dire qu'en tant que démocrate, je ne peux soutenir, d'aucune façon, le Hamas qui a agi de manière antidémocratique. Mais au-delà, les dirigeants de l'organisation terroriste savaient pertinemment qu'ils mettraient les Gazaouis en danger en allant défier la quatrième puissance militaire mondiale. Et, inutile de revenir ici sur la propagande du Hamas et sa tendance à utiliser la population civile comme bouclier afin de ternir l'image de l'ennemi désigné. C'est la raison pour laquelle, à chaque fois que je voyais le cadavre inerte d'un non-combattant, je maudissais les Khaled Mechaal et ses complices, tous tapis dans l'ombre ou abrités dans des grottes. Ils sont pour moi les seuls assassins du peuple palestinien.

Ce livre est donc essentiel pour la compréhension de la véritable nature du conflit qui oppose Israël à un groupe terroriste et, par ailleurs, tout aussi nécessaire pour clarifier ce que cache le drapeau du Hamas comme idéologie et, davantage, ce que signifie marcher derrière cet emblème.

 

Mohamed Sifaoui, Mars 2009

(p.15) avant-propos

 

Le 27 décembre 2008, en début de matinée, une vingtaine de missiles israéliens s'abattent sur des cibles stratégiques de la bande de Gaza, essentiellement des postes de police et des casernements du Hamas. Au cours des heures qui suivent, les bombardements s'intensifient au rythme des sorties des hélicoptères de combat et des chasseurs-bombardiers. Dans la journée, le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, déclare, lors d'une brève allocution télévisée : « Il y a un tempspour le calme et un temps pour se battre, et maintenant, le temps est venu de se battre. » L'opération « Plomb durci » vient de commencer.  Elle durera vingt-deux jours, pour s'achever par un cessez-le-feu unilatéral proposé par Israël (et accepté par le Hamas après quelques tergiversations) le 17 janvier à minuit.

Au Proche-Orient, ce seront vingt-deux jours de feu, de combats, de sang et de larmes. Le spectacle, hélas, habituel mais toujours horrible de la guerre et de ses victimes civiles. Dans les chancelleries, vingt-deux jours de négociations et d'atermoiements en vue de trouver une issue rapide au conflit. En Europe, vingt-deux jours de tensions entretenues par les manifestations quasi quotidiennes. Vingt-deux jours durant lesquels, progressivement, la contestation de la guerre va passer sous le contrôle des groupes et des milices islamistes.

 

(p.16) Encouragée, peut-être, par la mise en cause quasi exclusive et massive d'Israël et par la dénonciation de ses crimes de guerre dont les colonnes de la presse et les journaux télévisés déborderont bientôt, soutenue par nombre de partis politiques traditionnels, des organisations de Défense des droits de L'Homme et les habituels gauchistes toujours prompts à condamner Israël ou « l'Occident », confortée par l'indifférence apparente de la majorité de la population, la mobilisation est énorme. De Paris à Bruxelles, de Londres à Madrid, de Berne à Rome, et dans des dizaines d'autres villes et capitales, ce sont des centaines de milliers de personnes qui descendent dans la rue pour crier leur colère.

Mais s'il est légitime, en démocratie, de manifester son opinion, si l'on peut comprendre l'émotion qui étreint à la vue des cadavres d'enfants et d'autres civils, il ne s'agit plus ici, souvent, d'une saine indignation mais bien d'une charge unilatérale et haineuse, largement teintée d'antisémitisme et dans laquelle les extrémistes islamistes tiennent le haut du pavé. Presque immédiatement, la raison cède le pas à l'émotion. Une émotion compréhensible, certes, mais largement suscitée et manipulée par ceux qui ont tout intérêt à diaboliser Israël. Très vite, dès lors, la protestation quittera le domaine de l'acceptable pour se muer — au mieux — en un déni absolu du droit d'Israël à se défendre — quoi que l'on puisse penser par ailleurs de la « proportionnalité » de la riposte de l'État hébreu — au pire (et, hélas, le plus souvent), en véritables démonstrations de soutien au Hamas, en attaques contre les valeurs démocratiques, en négation du droit à l'existence même d'Israël et en appels au meurtre.

(p.17) Il ne s'agit malheureusement pas d'un « accident »2, ni même d'une « dérive »3. Car si cette évolution est effectivement dangereuse, elle est loin d'être incontrôlée : même si l'on peut admettre que certains comportements aient relevé de la spontanéité de jeunes gens peu éduqués politiquement et ignorant, volontairement ou non, les réalités les plus élémentaires, nous avons bel et bien assisté, durant ces trois semaines de conflit, à la matérialisation d'un cauchemar : la prise de contrôle par l'islamisme de la partie jeune, active, visible, militante des communautés musulmanes d'Europe. Cette évolution, en effet, a été voulue, planifiée, pensée depuis des années par la frange la plus extrémiste de la communauté musulmane, ceux que l'on appelle « les islamistes ».

Je le démontrerai dans les pages qui suivent.

Partout en Europe, les mêmes scènes : de jeunes musulmans faisant leur prière en pleine rue avant de se joindre aux cortèges, des drapeaux israéliens brûlés puis piétines au cri de Allahou Akhbar ! D'autres drapeaux, les étendards du Hamas, bien entendu, mais aussi du Hezbollah ou &aDjihad]islamique brandis avec fierté, comme une provocation, des appels à la haine, des incitations au meurtre des Juifs. Et l'on ne citera que pour mémoire ces petits groupes de manifestants, structurés, parfois très jeunes, mêlant fanatiques et suivistes imbéciles allant « à la casse » en fin de cortèges. Répugnant mélange de militantisme et de voyoucratie. Le spectacle désolant de ces

 

2. « Evénement imprévu, malheureux ou dommageable [...]. Evénement fortuit qui modifie ou interrompt le cours de quelque chose... », nous apprend le dictionnaire Larousse.

3. « Fait de s'écarter de la norme, d'un cadre fixé, évolution incontrôlée et dangereuse », selon la même source.

(p.18) hordes sauvages pour lesquelles la violence gratuite semble être la seule manière d'exprimer leur rejet viscéral de notre société et de nos valeurs est, hélas, devenu trop habituel pour qu'on s'en étonne encore.

J'ai cinquante ans et, sur ces cinq décennies, j'ai passé quelques années, dans ma jeunesse, à militer (à l'extrême gauche) puis une trentaine d'autres à observer le monde et à tenter de décrypter les « signaux faibles » qu'il nous envoie sans cesse. Comme journaliste, d'abord, au profit d'un service de renseignement français durant vingt ans, ensuite, en tant que directeur d'un centre de recherche stratégique, enfin. Eh bien, en trente ans,  je n'avais jamais assisté à un tel déchaînement — aussi massif, unilatéral et international - de haine, de propagande et d'antisémitisme. Jamais !

Comment peut-on sincèrement penser que ceux qui, à Paris, défilent derrière des banderoles Israël Assassin (ce qui signifie, donc, que l'ensemble de la population israélienne et chacun de ses membres, individuellement, sont « coupables »), ceux qui brûlent des drapeaux, ceux qui, à Londres, brandissent une pancarte God Bless Hitler, défendent vraiment une « paix juste et durable » comme le prétendent les organisateurs de ces défilés ?

Comment peut-on croire que ceux qui ne sont jamais descendus dans la rue pour condamner le massacre de 200 000 Algériens par les islamistes, ceux qui n'ont jamais signé aucune pétition pour exprimer leur colère après les attentats de New York, Washington, Djerba, Madrid ou Londres, ceux qui n'ont jamais pris la parole pour dénoncer la guerre atroce menée depuis des années par les milices Jenjawid soudanaises contre les populations noires après que les islamistes de Khartoum aient décimé, durant bien d'autres années, les chrétiens et animistes du Sud-Soudan, (p.19) oui,   comment  peut-on   croire   que   ceux-là   se   soucient réellement des victimes ?

Une femme, une Arabe, une musulmane, le docteur Wafa Sultan, a courageusement accusé ceux qui « dénoncent les massacres de Gaza, non pas par amour de la vie, mais à cause de l'identitédes tueurs': si le tueur était musulman, appartenant au Hamas ou au Fatah, aucune manifestation n 'aurait eu lieu... »4

Paroles courageuses. Paroles de vérité, si ce n'est que le conditionnel est de trop. Nous le verrons dans les pages suivantes : effectivement, lorsque les tueurs étaient membres du Hamas, personne n'est descendu dans les rues...

Le journaliste et auteur franco-algérien et musulman Mohamed Sifaoui, qui m'a fait l'honneur et l'amitié de préfacer cet essai, écrit quant à lui : « Je pense que plusieurs marcheurs du samedi défilent davantage contre Israël que pour la Palestine. Beaucoup d'entre eux ne marchent pas parce qu'ils adoreraient les Palestiniens mais parce qu'ils ont une détestatian idéologique pour tout ce qui est juif et pour tout ce qui a trait à Israël. Et je pense même —passez-mo lL'expression — que la plupart n'ont rien à foutre des Palestiniens, [sinon] ils se seraient peut-être élevés contre la violence exercée par le Hamas non pas contre les Israéliens mais contre leurs propres frères du Fatah. »5

Triomphe des extrémistes, cette évolution est aussi, surtout, une double défaite : défaite des « musulmans modérés », d'abord, qui n'ont pas été capables d'imposer leur vision paisible de l'islam et de son rapport au monde

 

4.  Wafa Sultan, http://www.aafaq.org/masahas.aspx?id_mas=2939. Le texte original est en arabe et a été traduit par les soins de l'ESISC. 5.  Mohamed Sifaoui : « Aux promeneurs du samedi et à leurs copains d'une certaine gauche ». Le texte peut être consulté sur son blog : http://www.mohamed-sifaoui.com.

 

(p.20) au sein de leur propre communauté et à une partie de leur jeunesse et qui ont laissé les « fascistes » verts occuper le terrain. Défaite de nos sociétés, ensuite : qui osera encore dire, au vu de ces atteintes répétées à l'ordre public et à la norme, que l'intégration est un succès ? On sait ce qui se passe dans certaines mosquées, dans des associations, dans des salles de prières et dans des quartiers entiers pour arriver à une telle catastrophe. Mais que s'est-il passé dans nos écoles ? Ou plutôt que ne s'est-il pas passé dans nos écoles ? Comment expliquer que des jeunes gens encore scolarisés ou de jeunes adultes ayant depuis peu quitté les bancs de l'école ou de l'université puissent se laisser aller à un tel déferlement de bassesse, tellement contraire à tout ce que ceux que l'on n'appelle plus leurs « maîtres » auraient dû leur apprendre ? Est-ce la faillite de l'enseignement qui empêche ces jeunes de saisir les événements dans leur enchaînement et dans leur complexité et les pousse vers ceux qui crient le plus fort et leur promettent une revanche sanglante et définitive sur les humiliations réelles ou supposées qu'ils auraient vécues ou dont souffriraient leurs « frères » ?

Qu'on me comprenne bien : il n'est pas question ici de s'en prendre à des opinions ni de condamner des idées respectables ou de nier le droit aux uns et aux autres d'être solidaires de populations souffrantes. La beauté de la démocratie est là : elle permet à chacun de s'exprimer, même si ses opinions sont minoritaires, même si elles sont discutables. Mais elle ne permet pas — elle ne peut pas permettre, sous peine de se mer elle-même et de se mettre en danger — d'insulter, d'avilir, de rabaisser, de menacer. Or, c'est bien cela que nous avons vu durant ces trois semaines de combats : la haine à l'état chimiquement pur, la haine sans limites, la haine absolue, assumée, clamée, revendiquée.

(p.21) Les questions posées par ces comportements sont multiples. Comment en est-on arrivé là ? Est-il encore possible d'inverser la tendance ? Quelles menaces cette évolution fait-elle peser sur nos sociétés et sur les rapports entre « communautés » ? Pourquoi notre personnel politique a-t-il laissé faire ? Quelle est la responsabilité des médias ? C'est à ces questions que je tenterai de répondre dans les pages qui suivent.

Au printemps 2005, j'ai été invité à témoigner sur la radicalisation de la jeunesse musulmane en Europe6 devant une sous-commission du Congrès des États-Unis.  J'y déclarai, entre autres:

« Au plan politique, les islamistes essaient de subvertir les sociétés occidentales par la contestation des valeurs humanistes telles que l'égalité sexuelle, la liberté de religion, la liberté de parole. Ils se font les avocats de la création de partis politiques basés sur la religion, ils défendent la création de tribunaux de la charia pour juger les matières civiles et personnelles... Ils savent, bien entendu, qu'ils ne gagneront pas toutes ces batailles, mais leur espoir est de créer ou d'approfondir un fossé entre musulmans et non-musulmans. Leur but en agissant de la sorte est de radicaliser les communautés musulmanes. »

Je soulignai les problèmes identitaires et les frustrations sociales qui nourrissent une partie de la « troisième génération » de l'immigration et les échecs de l'intégration qui la jettent dans les bras des extrémistes. Je rappelai l'importance des erreurs commises par nos gouvernements

 

 

6. Le 27 avril 2005, devant le Subcommittee on Europe and Emerging Threats, de la Commission des Relations internationales, United States House of Représentatives. Le texte de mon témoignage est disponible sur le site de FESISC : http://www.esisc.org. sous le titre « The radicalisation of Muslim Youth in Europe: thé Reality and thé Scale ofthe Threat ».

 

(p.22) et déplorai — évidemment ! - le racisme et l'exclusion qui, eux aussi, bien entendu, participent à la marginalisation et à la radicalisation de trop de jeunes. Et je concluais par : « La question, à mes yeux, n'est plus tellement de savoir «si» une tragédie de produira mais bien « quand » elle seproduira. »

Eh bien, nous y sommes. La tragédie s'est produite. Ou, du moins, elle a commencé. Certes, le sang n'a pas coulé (mais on verra plus loin qu'il s'en est peut-être fallu de peu ; de plus, que savons-nous de ce que préparent, dans le secret de certains cercles, les esprits les plus échauffés ?) mais la démonstration a été faite : désormais, quand la « rue musulmane » parle, en Europe, c'est par la bouche des extrémistes.

Avec la complicité de nos clercs, sensés défendre les valeurs qui nous lient - et, au premier chef, la laïcité — et qui les ont honteusement trahies.

Si nous ne corrigeons pas le tir rapidement, demain, cette lâcheté et ce renoncement se paieront au prix fort.

Un dernier mot : ce livre sera attaqué, vilipendé. Je le sais. On me traitera de raciste : je défie quiconque de trouver, dans la douzaine de livres, les milliers d'articles et les milliers d'autres pages d'analyses que j'ai publiés depuis trente ans une seule phrase qui étaye cette accusation. On m'accusera d'être un « propagandiste israélien » ou (injure suprême) un « sioniste » : je ne suis pas israélien et si j'étais « sioniste », je vivrais, bien évidemment, en Israël. On me taxera « d'islamophobie », nouvelle accusation à la mode, sensée interdire tout débat : je n'ai rien contre l'islam, si ce n'est que je pense qu'il doit se réformer et se moderniser comme l'ont fait, avant lui, les autres grandes religions du Livre. Je ne suis donc pas plus « islamophobe » que « cathohcophobe » ou « protestantophobe ». Peut-être (p.23) certains me prendront-ils pour un « intégriste laïque » (autre accusation à la mode depuis quelque temps). Eh bien oui, cette accusation-là, je l'accepte, je suis bien un « intégriste laïque » : libre-penseur, j'estime que la religion appartient totalement et exclusivement à la sphère privée et qu'elle n'a pas à envahir la place publique, à s'imposer aux autres et à dicter la politique. La laïcité est un trésor commun qui nous permet, en Occident, de vivre ensemble, malgré nos différences, dans le respect mutuel. Ceux qui pensent autrement se fourvoient et, plus grave, sont les fossoyeurs de nos libertés.

Le fait que certains aient instrumentalisé la religion musulmane pour en faire l'outil politique de revendications communautaires inacceptables, et que ceux-là aient trouvé des appuis au sein du monde politique et de l'intelligentsia européens ne rend que plus pressant le nécessaire réveil des démocrates, car si l'Europe ne défend pas ses valeurs, elle mourra.

Or, durant ce mois de janvier 2009, un nouveau seuil a été franchi dans la course aux extrêmes avec l'importation systématique du conflit israélo-palestinien en Europe.

 

(p.25) I DEUX OU TROIS CHOSES À SAVOIR SUR LE HAMAS

On me pardonnera de commencer par rappeler quelques vérités premières sur le Hamas, mais les (vrais ou faux) naïfs qui se sont laissé embarquer par les fanatiques dans des manifestations de soutien à ce parti de « résistance » sauront ainsi à quoi s'en tenir et auront une chance de mourir moins idiots qu'ils n'ont vécu, ce qui ne leur fera certainement pas de tort.

Je sais, je sais : de fins intellectuels souriront avec condescendance et me trouveront bien léger de passer mon temps à rappeler des évidences pour tous. Le problème, justement, est que ces évidences, « tous » ne les connaissent pas, sinon ils auraient été moins nombreux à défiler derrière les bannières de ce groupe terroriste et fasciste. A moins, bien entendu, que de s'afficher aux côtés d'un tel mouvement ait été moins important pour les suivistes que de condamner Israël...

Livrons-nous à un exercice simple et salutaire, à la portée du premier venu. Au siècle de la communication, nul besoin de s'enfermer dans des bibliothèques encombrées et d'y mener de fastidieuses recherches pour en exhumer LE document qui résume la philosophie politique du Hamas. En quelques « clics » de souris, la charte de ce mouvement est accessible et il serait dommage que ce morceau d'anthologie totalitaire ne nous divertisse pas quelques instants.

 

(p.26) Créé en 1987, au début de la première Intifada, c'est le 18 août 1988 que le barakat al-muqâwama al-'islâmiya (Mouvement de La Résistance islamique), qui sera rapidement mieux connu sous son acronyme de Hamas1, se dote d'une charte qui, vingt-et-un ans plus tard, demeure le texte fondateur sur lequel se base la légitimité du parti milice. Ce texte — vingt-cinq pages en français2 — compte trente- six articles, mais que le lecteur se rassure, il nous suffira de nous pencher sur quelques-uns d'entre eux pour nous faire une idée exacte de la nature du mouvement.

 

Islamiste, antisémite, violent, sexiste : le Hamas par lui-même

 

D'abord, triste constat pour les tenants de la séparation de l'Église et de l'État, qui est la règle dans la plupart des démocraties occidentales3, le Hamas est bel et bien un mouvement religieux puisque :

« L'Islam est sa règle de vie, il en tire des idées, des concepts de même que des points de vue sur l'univers, sur la vie et sur l'homme ; c'est à lui qu'il se remet pour juger de l'ensemble de des pratiques et c'est de lui qu'il tire les indications de la Voie droite sur laquelle mettre des pas. » (Article 1).

Après avoir confirmé ce que personne n'ignore (nous reviendrons malgré tout sur ce point un peu plus loin), à savoir qu'il est « l'une des ailes des Frères musulmans en Palestine » (article 2), le Hamas nous assène qu'il « œuvre

 

1. Qui signifie également « courage » ou « vigueur ».

2.  Nous utilisons la traduction de Jean-François Legrain, chercheur au CNRS.

3. À l'exception notable de la Grande-Bretagne, qui n'en est pas moins démocratique, mais ceci est une autre histoire...

 

(p.27) à planter l'étendard de Dieu sur toute La Palestine » (article 6). Et quand le Hamas dit « toute la Palestine », il faut prendre l'expression au pied de la lettre : il s'agit bel et bien de nier le droit à l'existence de l'État d'Israël, que ce soit dans ses frontières actuelles, dans celles de 1967 ou même dans celles de 1948. Du reste, l'article 11 précise bien que toute la Palestine « est une terre islamique » et qu'il est « illicite d'y renoncer en tout ou en partie ».

Pour le Hamas, libérer la Palestine ne peut se faire que par la voie du djihad, de la violence. Outre le rappel rituel (article 8) de la devise de l'organisation, copie servile de l'article premier de la constitution des Frères musulmans — « Dieu est son but, l'Apôtre son modèle, le Coran sa constitution, Le Djihad son chemin et la mort sur le chemin de Dieu la plus éminente de ses espérances. »4 — l'article 13 est formel :

« Les initiatives, Les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l'encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance islamique [...] Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le Djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. Le peuple palestinien a trop d'honneur pour dilapider son droit et son destin en activités futiles. »

Autant pour ceux qui pensent, dans certaines chancelleries européennes, que le Hamas pourrait, sans une remise en cause fondamentale de ce qu'il est, de sa nature profonde, être un partenaire crédible dans une quelconque négociation de paix.

 

4. À rapprocher du mot d'ordre des « Frères » : « Allah est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie. Mourir dans les voies d'Allah est notre plus grand espoir. »

(p.28)

Pour ceux qui nourriraient encore des doutes, l'article 7 remet les choses en place en faisant explicitement référence au « Djihad des Frères musulmans de 1936 » et à la guerre de 1948. Pour le Hamas, l'État hébreu est illégitime, nul et non avenu, et n'est appelé qu'à disparaître. Rien n'est négociable. Pour les amateurs de cette rébarbative et méprisable discipline qu'est l'histoire (n'est-elle pas là, bien souvent, pour secouer nos idées reçues ?), soulignons que le « Djihad des Frères musulman de 1956 » fait référence à la « grande révolte arabe » qui ensanglanta la Palestine sous mandat britannique, de 1935 à 1939. Sous l'impulsion du grand mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini, soutenu par Hitler5, les Frères musulmans se lancèrent dans une série de pogroms et d'attentats qui tuèrent 500 Juifs et 200 Anglais. Belle filiation.

Faut-il s'en étonner ? Le Hamas... n'aime pas les Juifs. Ce n'est pas tellement avec les Israéliens qu 'il a un problème, non, mais avec les Juifs, cette détestable race. L'article 7, que nous avons déjà cité, est sans ambiguïté aucune :

L'Apôtre de Dieu [...] a dit : « L'Heure ne viendra pas avant que les musulmans n 'aient combattu les Juifs (c'est-à-dire que les musulmans ne les aient tués), avant que les Juifs ne se fussent cachés derrière les pierres et que les arbres et les pierres et les arbres eussent dit : "musulman, serviteur de Dieu ! Un Juif se cache derrière moi. Viens et tue-le. »

 

5. Al-Husseini devait d'ailleurs s'illustrer, quelques années plus tard, en permettant aux nazis de créer une division SS musulmane, recrutée essentiellement en Bosnie et dans le Maghreb. Il ne faisait en cela que suivre l'exemple De Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans, qui, grand admirateur de Hitler et du nazisme, lui avait offert ses services dès 1935.

(p.29) Il faut dire qu'on ne se méfie jamais assez des Juifs puisqu'ils dissimulent leurs louches activités derrière « des organisations sionistes aux noms et former multiples comme la franc-maçonnerie, les clubs Rotary, les sections d'espionnage... »

(Article 17). Grâce à l'argent :

« Ils règnent sur les médias mondiaux, les agences d'information, la presse, les maisons d'édition, les radios etc. Grâce à l'argent, ils font éclater des révolutions dans différentes régions du monde pour réaliser leurs intérêts et les faire fructifier. Ce sont eux qui étaient derrière la Révolution française, la révolution communiste et la plupart des révolutions dont nous avons entendu et entendons parler de-ci de-là. Grâce à l'argent, ils ont créé des organisations secrètes gui étendent leur présence dans toutes les parties du monde pour détruire les sociétés et réaliser les intérêts du sionisme, comme la franc-maçonnerie [c'est décidément une obsession], les clubs Rotary et Lyons [...] Ce sont eux « qui étaient derrière la Première Guerre mondiale [et] la Seconde Guerre mondiale qui leur a permis d'amasser d'énormes profits grâce au commerce du matériel de guerre [...] Qu'une guerre éclate, de-ci, de-là, et c'est leur main guise trouve derrière... » (Article 22).

Après ce superbe morceau de littérature antisémite qui n'aurait pas dépareillé les colonnes du Stürmer nazi des années trente, penchons-nous encore sur une dernière question, celle de la femme :

« Dans la bataille de la Libération, la femme musulmane a un rôle qui n'est pas inférieur à celui de l'homme : être l'usine à hommes [sic !]. Elle joue un grand rôle dans l'orientation et l'éducation des jeunes générations. Les ennemis l'ont bien compris et considèrent que s'ils parviennent à la conseiller et à lui faire prendre le chemin de leurs désirs loin de l'Islam, alors ils remporteront le combat. » (Article 17).

À part une « usine à hommes » et une éducatrice préparant ses fils « au rôle de combattant du Djihad qui les attend », la femme doit également être une... bonne ménagère. (Article 18) 

(p.30) Raciste, fanatique, sexiste, prônant l'anéantissement total d'Israël et l'extermination des Juifs : tel est le Hamas, dans ses propres mots. Une organisation fasciste, rien de plus, rien de moins. Comme il est agréable de voir son drapeau flotter dans les rues de nos villes, ces mêmes villes où, voici soixante ans, flottaient d'autres drapeaux, ceux d'une autre idéologie qui, déjà, dénonçait la mainmise des Juifs sur le monde et organisait leur extermination.

 

Une usine de mort

"Des mots » nous dira-t-on, ce ne sont que des mots auxquels il ne faudrait pas accorder trop d'importance : il est logique qu'une organisation « de résistance » adopte une telle rhétorique, mais elle n'est destinée qu'à la propagande. Elle n'augure en rien de ce que fera, en fait, le Hamas. Ah bon ? Pourtant, la pratique développée par le Hamas depuis sa naissance et, singulièrement, à Gaza depuis qu'il y a pris le pouvoir. . . épouse parfaitement son discours. Lorsqu'ils créent le Hamas et sa branche armée — les Brigades Ezzedine al-Qassam —, en 1987, les Frères musulmans de Palestine, regroupés autour de Cheikh Ahmed Yassine, d'Abed al-Aziz Rantissi et du Docteur Mahmoud Zahar, ont un objectif clair : en faire le principal concurrent du Fatah et, si possible, profiter de l' Intifada pour supplanter ce mouvement auquel ils reprochent d'être laïque et de vouloir négocier avec Israël. Comme tout mouvement islamiste qui se respecte, le Hamas maintient en permanence deux fers au feu, celui de la violence, qui lui permet de séduire la jeunesse, et celui de l'action sociale et culturelle, qui va lui rallier de larges pans des populations déshéritées mais aussi des classes moyennes.

(p.31) À partir de 1994, les actions armées du Hamas — qui avait revendiqué de nombreuses agressions individuelles à l'arme blanche ou à l'arme à feu au cours des années précédentes

— se font de plus en plus violentes et sanglantes : le 6 avril 1994, l'attaque d'un bus à Afula (en Galilée, dans le nord d'Israël) fait huit morts. Cinq jours plus tard, même type d'attaque à Hadera (dans le nord d'Israël, toujours, non loin de Haïfa) : 5 morts, à nouveau. Le 19 octobre de la même année, un attentat suicide fait 22 morts à bord de l'autobus n°5, rue Dizengoff, à Tel-Aviv, En tout, entre 1995 et 2004, une trentaine d'attentats massifs revendiqués par le Hamas — pour ne citer que leurs actions les plus spectaculaires — font plusieurs centaines de morts et plus de 2 000 blessés6 dans la population israélienne, et je ne tiens compte ici que des victimes civiles.

On m'objectera : « Oui, mais c'est la guerre, il s'agit d'actes de résistance face à L'occupation de la Palestine par les Israéliens. » Le parallèle est connu : « En Europe aussi, vous avez, résisté pendant la Seconde Guerre mondiale. Il y a aussi eu des morts... »

Outre le fait qu'elle met sur le même pied l'occupation nazie de l'Europe et l'occupation israélienne de territoires palestiniens, ce qui est insupportable, la comparaison est irrecevable. On peut discuter à l'infini du bien fondé éthique (je ne parle pas ici de l'aspect stratégique ou « militaire ») de l'assassinat individuel d'un soldat allemand par la Résistance, dans un pays d'Europe occupé, durant la Seconde Guerre mondiale. Mais la Résistance, au moins, ciblait des militaires,

 

6. On notera que, toutes organisations terroristes confondues, l'activisme palestinien fera, entre le 29 septembre 2000 et le 1er décembre 2005, un total de 7 590 morts ou blessés (976 tués, 621 grièvement blessés, 907 « modérément » blessés et 5 086 légèrement blessés). Ces chiffres ne comprennent pas les militaires.

(p.32) des fonctionnaires de l'autorité d'occupation ou (mais plus rarement) des collaborateurs. Elle ne s'en est jamais prise aux civils. De très nombreux rassemblements de partis ou organisations collaborationnistes ont eu lieu dans plusieurs pays occupés, dont la France et la Belgique, et aucune de ces foules dans lesquelles les civils étaient nombreux (et, de plus, tout acquis aux idées de l'ennemi) n'a jamais fait l'objet d'une attaque.

Le Hamas, lui, n'a quasiment jamais frappé des militaires ou des policiers, pourtant faciles à trouver en Israël : il cible exclusivement les civils, se spécialisant dans les attentats suicides contre des autobus et n'hésitant pas à s'attaquer à un marché, à des restaurants, à des cafés, à une boîte de nuit, à une école ou encore à la cafétéria de l'université de Jérusalem.

Quelle est la valeur militaire d'un banquet de mariage ? Aucune, tout le monde sera d'accord sur ce point. Pourtant, le 9 septembre 2003, le Hamas tue 7 personnes (dont la future mariée âgée de 20 ans, Nava Appelbaum, et son père, le docteur David Appelbaum, chef des urgences d'un grand hôpital de Jérusalem) et en blesse 57 autres dans un attentat suicide au Café Hillel, à Jérusalem.

Quelle est la valeur militaire d'un dîner de Pâques organisé pour des personnes âgées ? Aucune à l'évidence. Cela n'empêchera pas le Hamas de « cibler » une telle fête, au Park Hôtel de Netanya, le 27 mars 2002. Bilan : 29 morts et 155 blessés.

Quelle est la valeur militaire d'un... bassin de natation ? Plutôt limitée, vous répondront les meilleurs experts. Cela ne gênera pas outre mesure le Hamas lorsqu'il s'attaquera à une piscine de Tel-Aviv, le 7 mai 2002. Bilan : 15 morts.

(p.33) J'arrête là cette litanie de l'horreur. Rien ne sert d'aligner les dossiers, les chiffres parlent d'eux-mêmes, mais je me permets quand même de les rappeler : plusieurs centaines de morts et plus de 2 000 blessés. TOUS civils. Human Rights Watch, l'une des rares organisations de défense des droits de l'Homme à tenter de faire honnêtement son travail - et qui, par ailleurs, a plusieurs fois condamné Israël et ne peut donc être considérée comme un instrument de propagande de Jérusalem — l'a écrit on ne peut plus clairement : « Un groupe qui exécute des attaquer multiples et intentionnelles contre des civils comme part d'une stratégie consciente est responsable de crimes contre l'humanité. Les chefs politiques et militaires du Hamas peuvent également, à titre individuel, être tenus pour responsables de ces actes du fait de leur complicité directe. »7 Un texte qui, manifestement, n'a pas été lu par tout le monde.

Des tueurs d'enfants, de femmes, de vieillards. Des tueurs d'écoliers et d'étudiants. Des tueurs qui tuent parce que la mort les séduit et parce qu'ils veulent semer la terreur. Des tueurs froids, méthodiques, qui font tout pour maximaliser le nombre de victimes innocentes. Comme on doit se sentir bien quand on manifeste aux côtés de ces gens-là !

 

L'horreur de « l'attentat suicide »

 

S'agit-il « d'erreurs de ciblages » ? De « dégâts collatéraux » ? De regrettables excès de zèle dus à quelques esprits surchauffés et malades ? Non, bien au contraire : le recours par le Hamas à l'attentat dirigé exclusivement contre des cibles civiles est trop systématique (il représente

 

1. Human Rights Watch, "Erased in a moment: Suicide bombings attacks against Israeli civilians", page 67.

(p.34) plus de 95 % des centaines « d'opérations » revendiquées par cette organisation depuis sa création), pour qu'il ne s'agisse pas, à l'évidence, d'une stratégie politique, une stratégie de la terreur conçue au sommet du mouvement et fidèlement appliquée à sa base.

Qu'on me permette encore de m'attarder au concept « d'attentat suicide », car il s'agit là du mode opérationnel préféré du Hamas. Et non sans raison. Le kamikaze (le chahid ou « martyr », comme préfèrent dire les islamistes) offre un « rapport qualité-prix » sans pareil : une seule vie humaine sacrifiée, quelques kilos d'explosifs et un à deux kilos de ferraille (essentiellement des clous, vis et boulons) suffisent à semer mort et dévastation. De plus, le chahâ est une arme « intelligente », capable de changer de trajectoire et de se choisir une nouvelle cible si celle qui lui a été indiquée est inaccessible, et capable aussi d'attendre le meilleur moment pour se faire sauter. Enfin, à l'évidence, l'attentat suicide est celui qui provoque le plus d'horreur dans la société qui en est victime, et qui témoigne au plus haut point de la motivation sans faille des terroristes.

L'expression « attentat suicide » est hélas tellement banalisée dans nos journaux télévisés que le spectateur occidental n'y prête plus attention et ne comprend pas exactement toute l'horreur qui sous-tend ces mots.

L'horreur commence dès le recrutement du kamikaze. Le Hamas repère en son sein ou dans la population qui l'environne des esprits faibles, fragiles ou des individus ayant une tache à effacer8. Coupé de son milieu — et, dans

 

8. Les services de sécurité israéliens ont, par exemple, remarqué que les homosexuels (particulièrement mal vus dans l'islam) ou les parents de « collaborateurs » avec les Israéliens sont surreprésentés dans les rangs des « martyrs ».

(p.35) le pire des cas, nous le verrons plus loin, encouragé par son environnement et sa famille — le futur « martyr » subit un véritable lavage de cerveau destiné à lui faire « prendre conscience » de trois « réalités ». Il n'a pas d'avenir sur cette terre, son sacrifice sera décisif pour la cause et, enfin, il en sera amplement récompensé. Non seulement il sera glorifié par ses « frères » après sa mort mais, surtout, il jouira dans la vie qui l'attend dans l'au-delà des récompenses dues à un héros : de dizaines de vierges soumises à son plaisir. La femme martyre, elle, se voit promettre une beauté sans pareille, mais pas d'amants... bien entendu ! Même dans la mort, aux yeux des islamistes, il n'y a pas d'égalité entre l'homme et la femme !

Vient ensuite l'attentat lui-même. Sans entrer ici dans trop de détails sinistres — je reviendrai plus loin sur la surexploitation morbide que les islamistes et leurs alliés et trop de médias « respectables » ont faite de certaines images durant l'opération de Gaza —, je rappellerai néanmoins le b.a-ba du parfait terroriste. L'atteinte physique d'une explosion se manifeste par quatre effets dévastateurs sur le corps humain. D'abord, il y a le souffle (ou « blast »), soit la création instantanée d'une onde de choc qui entraîne une surpression de l'air et provoque des lésions internes gravissimes (déchirure des organes tels que poumons, cœur, foie, etc.). Ensuite, la projection de débris et d'éclats (aggravée ici par le fait que la charge sera entourée de ferraille, ce shrapnel qui sera violemment projeté autour du kamikaze) engendre des perforations, des lacérations, des arrachages de membres. Bien entendu, l'explosion va également détruire partiellement ou déformer la structure physique dans laquelle se trouvent les victimes (bus, wagon, pièce), d'où de nouvelles projections et des effondrements qui produiront d'autres blessures et qui nécessiteront de longues opérations de dégagement et de désincarcération. À cela s'ajoutent les éventuelles brûlures.

(p.36) On ne s'étonnera pas, dès lors, du fait que la « scène de crime » résultant d'un attentat suicide soit une horreur absolue : corps déchiquetés, membres épars, morceaux de chair, lambeaux de peau, le tout baignant dans des dizaines de litres de sang. Une simple question permettra de se faire une idée plus précise de ce cauchemar : comment dénombre-t-on exactement et rapidement les victimes d'un attentat suicide ? En... comptant les têtes. Même arrachée et mutilée, une tête demeure toujours « reconnaissable » alors que ce qui reste du corps est parfois dans un tel état qu'il serait vain d'essayer de s'en servir pour arriver au même résultat.

Voilà l'œuvre du Hamas, ce à quoi il excelle : répandre la mort parmi les civils, de la plus horrible façon. L'ignorent- ils vraiment, ceux qui défilent sous ses bannières, en Europe ?

Seule la construction de la barrière de sécurité séparant la Cisjordanie d'Israël fera peu à peu baisser le nombre des attaques, à partir de 2003. La menace, toutefois, ne disparaîtra pas totalement : le 6 mars 2008, un Arabe israélien recruté par le Hamas, Alaa Hicham Abou Dheim, s'est introduit dans une Yeshiva (école talmudique) de Jérusalem et y a tué huit adolescents âgés de 15 à 16 ans avant d'être abattu. Tout au long de l'année 2008, plusieurs attentats suicides préparés par l'organisation seront déjoués.

 

La prise de pouvoir à Gaza

 

Le 22 mars 2004, les forces israéliennes abattent Cheikh Ahmed Yassine, puis, le 17 avril suivant, elles en finissent avec Abdel Aziz Rantissi, qui lui avait succédé.

(p.37) En septembre 2005, Israël se retire unilatéralement et totalement de la bande de Gaza, qui passe sous le contrôle exclusif de l'Autorité palestinienne.

Tirant habilement parti de l'effrayante corruption de l'Autorité palestinienne à l'époque de Yasser Arafat et jouant à merveille du maillage étroit de ses organisations sociales, le Hamas remporte les élections législatives de janvier 2006 et obtient la majorité absolue (74 sièges sur 132), ce qui oblige le président Mahmoud Abbas à désigner Ismaïl Haniyeh, ancien homme de confiance de Cheikh Yassine, comme premier ministre. A la même époque, le mouvement commence à se rapprocher de Téhéran — qui y voit une occasion d'exercer enfin une influence réelle sur le terrain mythique de la Palestine — mais refuse obstinément de respecter les trois critères imposés par l'Union européenne pour reprendre ses relations directes avec l'Autorité palestinienne, à savoir : reconnaître l'existence d'Israël, renoncer à la violence et s'engager à respecter tous les accords antérieurs conclus par l'Autorité palestinienne.

Les rapports du Hamas avec le Fatah, composante historique de l'Organisation de Libération de la Palestine, et avec le président Mahmoud Abbas sont, cependant, de plus en plus tendus. Au printemps 2007, les affrontements se multiplient, dans plusieurs villes de Cisjordame et à Gaza, entre les services de sécurité palestiniens (restés largement sous le contrôle de Mahmoud Abbas) et les groupes armés du Hamas qui tentent de créer une police « parallèle ». Le 15 juin 2007, enfin, c'est le coup de force : le Hamas s'empare du pouvoir dans la bande de Gaza.

Dans les jours qui suivent, les crimes se multiplient. Encouragés par des fatwas émises par leurs chefs religieux, les partisans du Mouvement de la Résistance islamique traquent les militants du Fatah et les membres de la (p.38) police et des services de sécurité ou, parfois, simplement, les fonctionnaires civils de l'Autorité palestinienne. Meurtres et exécutions sommaires se comptent par centaines. Alignés dans des terrains vagues, les opposants à l'organisation islamiste sont fauchés par des rafales de pistolets-mitrailleurs. Certains sont torturés ou mutilés. Plusieurs dizaines de membres de la police se verront ainsi tirer dans les genoux avec des munitions de gros calibre, ce qui entraînera des amputations (la plupart d'entre eux sont aujourd'hui soignés dans des hôpitaux... israéliens).

Tortionnaires et tueurs de leurs propres « frères » : voilà ce que sont les membres du Hamas. Vous avez vraiment dit « Résistance » ?

 

Rupture progressive avec les régimes arabes modérés et rapprochement stratégique avec Téhéran

 

La montée en puissance politique du Hamas au sein des territoires palestiniens va s'accompagner d'un éloignement des régimes arabes modérés qui se méfient de plus en plus des visées radicales du mouvement.

L'Arabie Saoudite, qui a longtemps été le principal bailleur de fonds du Hamas, réduit son aide financière avant de la supprimer totalement. En Jordanie, le Roi Abdallah II qui, dès son accession au trône, en 1999, avait rompu avec la prudence de son père et fermé les bureaux du Hamas, finira par expulser vers Damas l'un de ses principaux dirigeants politiques, Khaled Mechaal. Par la suite, les services de sécurité jordaniens dévoileront plusieurs complots du Hamas dirigés contre de hauts responsables de Amman. C'est ainsi qu'en juin 2008, trois membres de l'organisation seront condamnés à de lourdes (p.39) peines pour avoir constitué des stocks d'armes et préparé un complot visant à assassiner des agents de renseignement jordaniens.

Mais c'est sans doute en Egypte que le Hamas est perçu comme la menace la plus importante, puisqu'il est l'héritier spirituel des Frères musulmans, la principale force d'opposition du pays. Le Caire voit d'un mauvais œil la situation se détériorer à Gaza et ne souhaite pas que le Hamas y règne de manière durable, au risque d'entretenir à sa frontière nord une déstabilisation permanente. Et une base éventuelle pour des actions terroristes menées en Egypte...

Pour autant que leurs moyens le permettent, les services de sécurité égyptiens vont donc traquer les réseaux de contrebande d'armes du Hamas et démanteler les cellules opérationnelles sur son sol. Ils s'attaqueront également aux filières de collecte du Hamas et aux organes de liaison entre ce groupe et les Frères musulmans. Les violations répétées de la frontière par des civils palestiniens affamés par la gestion du Hamas, au début de 2008, ne feront rien pour arranger les choses.

Mais à ce moment, le Hamas s'est déjà fortement rapproché de l'Iran qui tend à se substituer aux pays arabes dans le financement et le soutien du mouvement. Téhéran a en effet un intérêt stratégique des plus clairs à entretenir de (très) bonnes relations avec le Hamas, même si ce dernier est sunnite. Disposant déjà du Hezbollah chiite à la frontière Nord d'Israël, le régime des mollahs, en se servant du Hamas pour accentuer la pression au sud, peut passer pour le seul appui réel de la « résistance » palestinienne, une étape importante sur l'hégémonie que le régime chiite a toujours voulu exercer sur la partie la plus radicale du monde musulman. Les Iraniens ne vont donc pas lésiner.

(p.40) En 2007 et 2008, des milliers de roquettes et de missiles Grad (une portée de 20 à 45 kilomètres) seront livrés à Gaza, de même que des armes légères et des systèmes anti-tanks Raa 'd et Konkurs. Des transferts de technologies auront heu, qui permettront au Hamas de fabriquer des IED (Improved Explosive Devices, bombes artisanales de forte puissance régulièrement utilisées en Irak, au Liban et en Afghanistan) et des EFP (Explosively Formed Penetrators, projectiles artisanaux perforants), menaçant les transports de troupes israéliens, tandis que des centaines d'opérateurs de l'organisation seront entraînés en Iran. Et des centaines de millions de dollars iraniens seront versés sur les comptes du Hamas pour financer ses ailes politique et militaire.

C'est l'ensemble de cette assistance « technique » et financière qui permettra au Hamas de réaliser un saut qualitatif dans ses capacités tactiques à frapper Israël à compter du début de 2008, en touchant des localités de plus en plus éloignées de la bande de Gaza.

 

Contrôle social absolu et renforcement des capacités « militaires »

 

Certains experts nous diront que le Hamas n'est pas seulement une organisation terroriste, mais qu'il est aussi une association jouant un rôle social dans les territoires palestiniens. Et c'est partiellement vrai. Comme les autres organisations islamistes, le Hamas s'est infiltré là où « l'État » (en l'occurrence, l'Autorité palestinienne) était absent et il a pallié son incurie en rendant les « services sociaux » qu'il ne rendait pas.

Mais il ne faudrait pas s'y tromper. Ce n'est ni par grandeur d'âme ni par pure générosité que le mouvement (p.41) a agi de la sorte. D'une part, le maillage d'organisations sociales et culturelles qu'il chapeaute lui permet de fournir des emplois, des financements et des couvertures à ses opérateurs terroristes. D'autre part, les mêmes organisations lui offrent d'intéressantes opportunités de propagande et de recrutement, surtout parmi la jeunesse. On remarquera par exemple, en 2003, que plusieurs « martyrs » provenaient de... clubs de football financés et gérés par des mosquées proches du Hamas... Enfin, ces organisations lui permettent d'étendre sa domination et de mettre en œuvre son idéologie totalitaire.

Les règlements de comptes politiques entre le Hamas et le Fatah qui ensanglantent la bande de Gaza à partir de l'été 2007 s'accompagnent de l'application immédiate du programme religieux radical du Hamas. Obligation est faite à chacun de respecter scrupuleusement la chariah. Le commerce et la consommation d'alcool sont interdits, des magasins de location de vidéos et des cafés Internet (qui aident à propager le « vice » occidental) sont fermés ou détruits, les chansons lors des banquets de noce sont prohibées. Plus anecdotique : si les femmes sont, évidemment, vivement encouragées à respecter le code vestimentaire islamique et les « bonnes mœurs », et les hommes incités à se laisser pousser la barbe, les peines des détenus de droit commun de la prison Al-Saraya sont réduites s'ils apprennent par cœur cinq sections du Coran. Les jeunes couples qui se promènent dans la rue sont arrêtés et doivent prouver, sous peine d'arrestation, qu'ils sont mari et femme, frère et sœur ou fiancés.

Les femmes souffriront particulièrement de la prise de pouvoir des islamistes du Hamas. Une « police des femmes » est créée en août 2007. Elle va s'illustrer, comme la « justice » du Hamas, de la façon la plus sinistre qui soit : des femmes violées se voient contraintes d'épouser (p.42) leur agresseur tandis que les hommes ayant assassiné une épouse soupçonnée d'adultère ou une sœur accusée d'avoir attenté à « l'honneur de la famille » se voient condamnés à des peines symboliques. Souvent, des médecins sont requis afin de « justifier » ces crimes, a posteriori ou parfois même avant qu'ils ne soient commis, pour qu'ils constatent qu'une jeune fille non mariée n'est plus vierge...

Les enfants ne sont pas oubliés par le Mouvement de la Résistance islamique. Dès leur plus jeune âge, ils sont « ciblés » par des programmes d'al-Aqsa TV, la chaîne du Hamas, qui vise à les habituer à l'idée du martyr. Ainsi, des dessins animés tels que Farfour (le « Mickey » islamiste) ou Foufou et Koukou les incitent à la haine contre les Juifs et les chrétiens et glorifient ceux qui se sacrifient pour la Palestine et dans « le chemin d'Allah ». Au printemps 2008, al-Aqsa a retransmis un spectacle de marionnettes dans lequel un jeune enfant poignarde le président George Bush avant d'annoncer la transformation de la Maison-Blanche en... mosquée. Un peu plus âgés, vers dix ans, nombre d'enfants subissent un entraînement « militaire » pouvant aller jusqu'à leur apprendre à fabriquer et actionner des ceintures d'explosifs.

Enfin, on ne peut passer sous silence le sort peu enviable des chrétiens. Sur une population d'un peu plus d'un million et demi de Palestiniens vivant dans la bande de Gaza, quelques milliers seulement sont chrétiens. L'article 31 de la charte du Hamas stipule que « A l'ombre de l'Islam, les disciples des trois religions, islamique, chrétienne et juive, peuvent coexister dansla sécurité et la confiance. Ce n 'est qu 'à l'ombre de l'Islam que la sécurité et la confiance peuvent de trouver. » Faut-il s'étonner que la réalité soit très différente ? Soupçonnés d'être des suppôts de l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ou, pire encore, des traîtres potentiels au service d'Israël, les chrétiens de Gaza sont impitoyablement persécutés. Des églises sont fermées, profanées ou détruites,

(p.43) des croyants assassinés, emprisonnés, torturés, poussés à la conversion forcée ou à l'exil, et il y a longtemps que la seule librairie chrétienne de Gaza n'est plus qu'un tas de ruines fumantes...

Voilà l'organisation qui a reçu le soutien franc et massif de militants de gauche ou d'extrême gauche qu'on voudrait croire sincères et égarés mais dont on s'étonne, dans ce cas, qu'ils ne se soient jamais manifestés à l'époque où s'accumulaient les crimes et violations des droits de l'Homme perpétrés par le Hamas et qu'ils aient réservé leur vertueuse et saine indignation aux seules bombes israéliennes.

Où étaient-ils, ces zélotes de la liberté et de la justice, lorsque le Hamas torturait des Palestiniens ou justifiait les crimes d'honneur ? Que disaient-ils lorsque cette noble organisation chassait les chrétiens ? Ont-ils manifesté, pétitionné ou simplement protesté du bout des lèvres ? Je ne m'en souviens pas. Et nos journalistes, toujours rapides à noircir du papier chaque fois que les Israéliens commettent une bavure, combien de colonnes ont-ils remplies avec ces crimes ? Pas beaucoup ! Combien de minutes de télévision pour ces exactions ? Fort peu. Soyons clairs : la mort d'un Palestinien n'est émouvante, intéressante, « vendable » que lorsqu'il est tué par un Israélien, par un Juif. Il s'agit alors d'un acte abominable. Mais si le même Palestinien est victime de ses propres frères, alors sa vie ne vaut rien et il n'intéresse plus personne. Le Hamas a un permis de chasse en bonne et due forme qui lui permet de tuer des Arabes sans que cela n'émeuve particulièrement l'opinion mondiale. Que voulez-vous, on ne peut pas non plus s'occuper de toutes les misères du monde...

Parallèlement à cette mise au pas de la société gazaouite, telle que brièvement décrite, le Hamas augmentait très (p.44) sensiblement, entre juin 2007 et décembre 2008, son armement et sa capacité de nuisance. L'argent obtenu de Téhéran ne servira jamais à améliorer le quotidien d'une population qui souffre mais à acheter des armes acheminées dans la bande de Gaza par les centaines de tunnels de contrebande qui la relient à l'Egypte. D'autres sont fabriquées sur place, tandis que les tirs contre le territoire israélien se multiplient : depuis 2001, mais, a fortiori, depuis le retrait israélien de Gaza, en 2005, ce sont des milliers de roquettes et de missiles qui se sont abattus sur le sud d'Israël, un nombre croissant d'entre eux touchant des localités parfois éloignées de plus de 40 kilomètres, comme Sderot ou Bersheeva. En tout, un million de citoyens israéliens se trouveront ainsi sous la menace des projectiles du Hamas.

Et ce qui devait arriver arriva...

 

(p.45) II quelques considérations sur les causes et les réalités de la guerre

 

« La première victime d'une guerre, c'est la vérité », déclarait en 1917 le sénateur américain Hiram Warren Johnson. Rarement, sans doute, cet aphorisme n'aura été aussi applicable au monde réel qu'il ne le fut durant ce mois de janvier 2009.

Une des raisons du déchaînement passionnel suscité, en Europe, par l'opération « Plomb durci » réside certainement dans le fait que trop de médias et bien des politiques ont insisté, dès le début des bombardements, sur l'aspect dusproportionné de l'offensive israélienne. Désir de simplifier à outrance une situation complexe pour mieux l'expliquer ? Volonté de manipuler l'opinion pour la rendre plus réceptive aux arguments d'un camp qu'à ceux de l'autre ? Empathie « naturelle » avec les victimes, entraînant le désir de stigmatiser leur agresseur ? Un peu de tout cela, sans doute, à des doses différentes suivant les acteurs en présence.

À cette simplification à outrance — allant souvent jusqu'au déni pur et simple des arguments israéliens — est venue s'ajouter, au fil des jours, une série d'accusations, plus ou moins étayées, portant aussi bien sur le « ciblage » des civils par Tsahal que sur de supposés « crimes de guerre », (p.46) tels que l'utilisation « d'armes au phosphore blanc » ou des tirs « délibérés » sur des installations de l'ONU. Des assertions qui tenaient autant à la volonté, pour certains, de diabohser Israël qu'à la profonde méconnaissance des autres pour la chose militaire. Autant d'étapes, en tout cas, qui ont été du pain béni pour les islamistes et leurs alliés de circonstance dans leur volonté de mobiliser la rue.

Enfin, les chiffres des victimes de l'opération ont, très probablement, été gonflés et repris sans aucun recul par la plupart des médias internationaux qui, le plus souvent, « oubliaient » simplement de préciser que leur source exclusive n'était autre que... le Hamas.

Il me faut donc, avant d'aller plus loin, répondre à quelques-unes de ces questions qui se sont posées au long de ces trois semaines de guerre.

 

Qui est responsable de la guerre ?

 

Lorsque l'émotion parle, trop souvent la raison s'efface. Les images d'une ville sous les bombes et celles de cadavres, a fortiori d'enfants, ont rapidement annihilé chez beaucoup (chez ceux qui étaient sincères, au moins, les autres s'en moquant, bien évidemment) toute capacité à entendre — et je ne parle même pas « d'écouter » — les arguments israéliens, qui étaient pourtant solides. Attardons-nous donc à d'autres voix que personne, je pense, n'accusera d'être vendues à Israël.

À tout seigneur, tout honneur : qui mieux qu'un chef du Hamas peut nous dire qui a déclenché les hostilités ? Le 14 décembre 2008, Khaled Mechaal, l'un des principaux dirigeants politiques du Hamas, déclarait sur les ondes de (p.47) la télévision al-Aqsa : « Cette Tahdiah a été limitée à une période de deux mois. Notons que l'ennemi ne s'est pas plié aux conditions de la Tahdia et que le siège continue de réprimer notre peuple. C'est pourquoi nous le Hamas, ainsi que la plupart des autres forces, déclarons haut et clair qu 'après le 19 décembre 2009, la Tahdiah prendra fin définitivement. »

II faut noter que le mot « tahdiah » ne signifie pas « trêve », comme il a été trop souvent traduit en français, mais « calme » ou « accalmie ». Et, en effet, il n'y a pas eu de « trêve » puisque les actions offensives du Hamas ne se sont jamais arrêtées après le 19 juin 2008 (date d'entrée en vigueur de l'accalmie), entraînant des réactions sporadiques de la part d'Israël : en tout, plus de 200 missiles et 100 obus de mortiers seront tirés sur le sud d'Israël entre le 19 juin et la fin de la « trêve ».

Dès la fin du mois de décembre, le président Mahmoud Abbas, tout en exprimant sa solidarité avec les victimes des bombardements en cours, déclarait qu'il avait, à plusieurs reprises, « appelé les leaders du Hamas pour leur parler, de façon directe et indirecte, via des intermédiaires arabes et non arabes. Nous leur avons parlé au téléphone. Nous leur avons dit : s'il vous plaît, ne mettez pas fin à la Tahdiah ». En vain, on le sait.

Comme en écho, l'un des conseillers du président palestinien, Nimr Hammad, affirmait, le 28 décembre : « Le responsable de ces massacres est le Hamas et non l'entité sioniste qui, de son point de vue, a réagi aux tirs de missiles palestiniens. Le Hamas doit cesser de laisser verser à la légère le sang des Palestiniens. Il ne devrait pas donner aux Israéliens un prétexte pour attaquer. »

Le directeur de l'Autorité de diffusion audiovisuelle palestinienne, Bassem Abou Sumayyah, estimera pour sa part, le 29 décembre, que le Hamas « est pris de mégalomanie depuis sa prise de contrôle de Gaza qui l'a aveuglé au point qu'il (p.48) ne prête pas attention aux conseils de qui que se doit. Le Hamas s'est comporté comme une superpuissance... » De nombreux chroniqueurs palestiniens suivront la même ligne éditoriale ainsi que quelques voix (assez rares) dans la presse arabe. Ainsi, le 9 janvier, dans al-Arab, au Qatar, un chroniqueur écrivait : « Négocier avec Israël est une nécessité, lui déclarer la guerre est une grave erreur. »

En Turquie - pays musulman qui, historiquement, a pourtant toujours entretenu d'excellentes relations avec Israël - le premier ministre islamiste « modéré » Recep Erdogan qualifiait l'opération israélienne, dès le début de celle-ci, de « crime contre l'humanité » et réclamait l'exclusion d'Israël des Nations unies, insistant sur le fait qu'« Allah punirait » l'État juif, ni plus ni moins. Ce pays a, par ailleurs, été le théâtre de manifestations de masse de haine islamiste appelant à la « mort d'Israël ». On se rappellera encore que, en 2008, Ankara avait accueilli avec une sympathie non dissimulée le chef d'État soudanais Omar al-Bashir, qui se vantait d'avoir « restauré la paix au Darfour », ou le président iranien Mahmoud Ahmadmejad. Mais cela n'empêchera pas le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, de déclarer, le 27 janvier 2009, qu'Ankara «n'approuve pas lte Hamas» et d'appeler le mouvement islamiste à adopter des moyens pacifiques pour atteindre ses objectifs : « Le Hamas doit se décider. Veut-il être une organisation armée ou un mouvement politique ? Nou souhaitons qu'il oeuvre dans le cadre d'un mécanisme politique. » Étant donné les orientations et les choix de l'AKP, le parti de Monsieur Erdogan, il est permis de penser que cette déclaration est purement tactique, mais elle n'en constitue pas moins une condamnation claire du Hamas.

 

1. AKP (Adalet ve Kalkmma Partisi), Parti pour la justice et le développement.

(p.49) Le 3 janvier, c'est la présidence tchèque de l'Union européenne qui estimera que l'opération israélienne est « défensive » et non pas « offensive ». D'autres voix européennes s'élèveront également, comme celle de Nicolas Sarkozy qui, le 5 janvier, jugera que le Hamas « a agi de façon impardonnable et irresponsable ». La chancelière Angela Merkel, pour sa part, chargera lourdement l'organisation terroriste, et ce, dès le 29 décembre, dans une conversation téléphonique avec le premier ministre israélien Ehud Olmert : « La responsabilité de L'évolution de la situation dans la région incombe clairement et exclusivement au Hamas qui a rompu unilatéralement le cessez-le-feu. »

L'une des prises de position les plus courageuses enregistrées lors de ce conflit sera certainement celle d'Armand De Decker, président du Sénat belge, qui a beaucoup œuvré aux côtés de l'Autorité palestinienne à l'époque où il était Secrétaire d'État à la Coopération. On me pardonnera de le citer longuement, mais cela en vaut la peine car, le 15 janvier 2009, sur les ondes de RTL, il mettait les points sur les « i » en rappelant un certain nombre de vérités trop souvent occultées : « Ce que je vois aujourd'hui, c'est, en fait, un grand bras de fer entre le monde entier et l'Iran. Parce que l'affaire de Gaza n 'est pas tellement l'affaire des Palestiniens qui vivent à Gaza. Le Hamas est le bras armé de l'Iran dans cette affaire, comme le Hezbollah l'est au Liban... »

Et de continuer : « Je ne sais pas si les citoyens s'en rendent suffisamment compte mais je pense qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans les discours qui sont tenus et les attitudes qui sont prises aujourd'hui par rapport à l'offensive israélienne dans la bande de Gaza. Les Israéliens ont essayé de convaincre le Hamas d'arrêter de bombarder le sud d'Israël. Il y a eu une trêve et, à un certain moment, ils [le Hamas] ont rompu la trêve et ils se sont remis à bombarder, comme ils le faisaient depuis sept ou huit ans, le sud d'Israël. Et Israël a répété, répété, répété qu 'il fallait qu 'ils arrêtent.

(p.50) Et aujourd'hui, Israël a décidé d'en finir non pas avec Gaza, non pas avec les Palestiniens, mais avec le Hamas. Et c'est la raison pour laquelle on constate un silence énorme du monde arabe. Aucun pays arabe n 'est solidaire du Hamas. Le seul qui l'est c 'est la Syrie. Tous tes autres se taisent dans toutes les langues et, au contraire, cherchent à être le plus discret possible et à calmer le jeu car aucun pays arabe ne veut que l'Iran chiite ne gagne ce bras de fer avec le reste du monde et déstabilise entièrement la région et puisse amener toute la région dans un nouveau conflit. »

Armand De Decker rappelle ensuite que la position israélienne est loin d'être aussi agressive qu'on le dit généralement : « J'ai une grande pitié pour le peuple palestinien qui subit cela... [mais] il faut le savoir, ce sont des choses qui ne se disent pas beaucoup, mais le gouvernement israélien a demandé à certains moments au gouvernement belge de faire des choses [dans l'aide humanitaire] sur le territoire de Gaza. Je sais donc fort bien qu'Israël nattend qu'une chose, c'est de vivre en paix et de ne plus être agressé par personne. Israël ne s'opposerait pas, je pense, à ce que nous voulons tous avec énergie en Europe : la création d'un Etat palestinien reconnu qui, lui aussi, vive dans des frontières sûres. Ceux qui empêchent cela c'est le Hamas, le Hezbollah et l'Iran, et ce qui se passe pour le moment, c'est ça et rien d'autre... Toute guerre est violente, mais c'est une guerre très particulière parce qu'une guerre qui s'arrête trois heures par jour, c 'est une guerre très particulière. Une guerre où l'on prévient les gens qu 'on va bombarder, soit par tracts soit par téléphone, et les médias ne le disent pas assez, c'est une guerre très particulière... Il est évident que les résolutions de l'ONU ne sont pas respectées par Israël, enfin certaines, ou elles ne le sont pas complètement. Il ne faut pas oublier que des résolutions avaient demandé à Israël de sortir du Liban. Ils l'ont fait et ils ont été attaqués par le Hezbollah. On leur demandait de sortir de Gaza, ils sont sortis de Gaza et ils ont été bombardés par le Hamas. Ils font un certain nombre de choses. Ils devraient encore sortir d'autres territoires mais ils ne le font pas car ils sont obsédés par leur survie et leur sécurité... »

(p.51) Enfin, l'une des condamnations les plus fortes du Hamas viendra d'un homme qui est connu pour n'avoir jamais mâché ses mots face à... Israël : le Commissaire européen Louis Michel, chargé de la coopération au développement. Le 26 janvier 2009, en visite à Gaza, après avoir déclaré que ce qu'il a vu « est abominable, injustifiable et inacceptable », ce qui constitue une nouvelle mise en cause de l'État hébreu, il enchaîne : « II faut aussi rappeler quand même la responsabilité écrasante du Hamas. Je le dis ici à dessein, le Hamas est un mouvement terroriste et il faut le dénoncer comme tel. » II martèlera encore : « Le Hamas a raté une opportunité d'être un interlocuteur de la communauté internationale [après sa victoire en 2006] en ne répondant pas à la proposition européenne de dialogue, à condition qu 'il reconnaisse le droit à l'existence d'Israël et abandonne la lutte armée [...] On ne peut pas discuter avec un mouvement terroriste qui utilise le terrorisme comme moyen. Nous ne pouvons pas accepter que La manière dont le Hamas se comporte soit confondue avec de la résistance. Quand on tue des civils innocents, ce n 'estpas de la résistance, c'est du terrorisme... »

Face à ces propos d'une grande clarté, le Hamas réagira immédiatement, par la voix de Taher al-Nounou, l'un de ses porte-parole, en stigmatisant des « déclarations odieuses qui traduisent une partialité totale en faveur de l'ennemi qu 'il cherche à exonérer des massacres atroces commis contre le peuple palestinien ». Pour le Hamas, toujours dans la nuance lorsqu'on s'oppose à lui, Louis Michel veut « faire plaisir à l'administration américaine et au lobby sioniste pour faire avancer sa carrière ».

J'ajouterai pour clore ce débat que le droit international, malgré ce qui a pu se dire, est extrêmement clair. La charte des Nations unies rappelle, en son article 51 « le droit individuel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas ou un membre des Nations unies est l'objet d'une agression armée, jusqu'à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires (p.52) pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Du reste, le 15 janvier, en rencontrant le premier ministre Ehud Omert, et tout en déplorant les « nombreuses pertes humaines et la souffrance de la population civile à Gaza », le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, condamnait les tirs de roquettes par le Hamas : « Il s'agit d'actes de terrorisme qiu ne peuvent aucunement être justifiés et qui doivent s'interrompre. Israël a le droit de vivre en paix et de Défendre ses citoyens. »

Le Hamas, donc, apparaît aux yeux de ceux qui tentent d'écouter la voix de la raison — même si, par ailleurs, ils peuvent regretter la force de la réaction israélienne — comme le grand responsable voire le seul coupable de la tragédie.

Reste à savoir, évidemment, si Israël aurait pu choisir une autre voie.

 

Israël avait-il le choix ?

 

Fallait-il déclencher une guerre pour « quelques roquettes », comme le souligneront certains ? Était-il nécessaire de bombarder une zone aussi densément peuplée que la bande de Gaza pour mettre fin à ces tirs ? Fallait-il tuer 1 500 personnes (je reviendrai plus loin sur ce chiffre fantaisiste) pour en terminer avec une agression — répétée des centaines de fois au cours de plusieurs années, certes, mais qui, en définitive, n'a fait « que » quelques dizaines de morts ? La réponse politiquement correcte est évidemment : « Non, il ne le fallait pas. » Alors que je l'interrogeais sur ce qu'aurait dû faire Israël, le Commissaire européen Louis Michel m'a rétorqué, au cours d'un débat télévisé à la mi-janvier 2009, que « à la place des dirigeants israéliens, jamais il n 'aurait choisi l'option militaire, jamais ! » (Ce qui, soit dit en passant, prouve qu'il n'est pas le meilleur ami de (p.53) l'État hébreu et donne, par contrecoup, un poids certain au jugement qu'il porte sur le Hamas comme cité ci-dessus.)

On me permettra d'abord de remarquer que cette question — Israël devait-il déclencher cette opération ? - est simplement grotesque. Posée - de préférence sur un ton grave et pénétré — dans un restaurant accueillant de la Rive gauche, dans une cafétéria universitaire de Bruxelles ou de Berlin, autour de la machine à café d'une salle de rédaction de Londres ou de Zurich ou dans un salon feutré du Parlement européen, elle est même carrément indécente. À vrai dire, elle ne peut se poser qu'à un gentil bourgeois bohème qui n'a jamais pris de roquette, grenade ou autre missile sur la gueule. On me pardonnera — ou, d'ailleurs, on ne me pardonnera pas, je m'en moque — la violence de l'expression, mais elle est justifiée par la totale déconnection avec la réalité de ceux qui osent se lancer dans ce genre de débat. Serait-il possible qu'une seule minute, tous ces braves contempteurs d'Israël laissent tomber leurs œillères et essaient de se mettre à la place de ceux qui ne parlent pas des roquettes mais en sont victimes ? Un minimum d'empathie, est-ce vraiment trop demander ?

Depuis 2003, plus de 9 000 roquettes ont été tirées par le Hamas sur Israël. Sur ce nombre, plus de 6 000 l'ont été après le retrait israélien de Gaza durant l'été 2005, et plus de 3 000 durant la seule année 2008. Certes, ces tirs n'ont fait « que » trente-quatre morts et un millier de blessés. J'aurais la faiblesse d'ajouter qu'ils ont également traumatisé plusieurs dizaines de milliers d'enfants et autres civils. Quelle était, avant l'opération, la vie des centaines de milliers d'Israéliens — plus d'un million, en fait — résidant à portée de ces roquettes ? Ils vivaient traqués comme des bêtes, tentant d'oublier lamenace omniprésente pour vaquer, aussi normalement que possible, à leurs occupations. Mais dès qu'un départ de projectile était signalé, ils n'avaient que quinze secondes pour gagner un abri, s'aplatir sous (p.54) une table pour éviter les éclats ou s'allonger au sol pour se protéger. Quinze secondes ! Et ce, parfois, jusqu'à dix fois par jour, sinon plus. Est-ce cela vivre ? Comment expliquer à un enfant qu'il doit dormir dans un abri pour échapper à la mort ? Comment élever sa famille, travailler, aimer, penser, manger, avoir une vie sociale dans ces conditions ? Comment vivre, tout simplement, sous cette menace constante, répétée jour après jour, semaine après semaine, mois après mois et année après année ? Car cela a duré cinq ans !

Se sont-ils posés ces questions, ceux qui nous expliquent qu'Israël avait le choix ? Non, pas une seconde ! Ont-ils tenté de se mettre à la place de ceux qui vivaient cette vie qui n'en n'était plus une ? Non, jamais ! Combien aurait-il fallu de morts israéliens pour qu'ils y réfléchissent, puisque trente-quatre, ce n'est manifestement pas suffisant ? Cinquante ? Cent ? Deux cents ? Est-ce une question de simple arithmétique ? Dans le confort de leur bonne conscience et de leur vie bien douillette, ils se contentent de nous expliquer, ces moralistes à courte vue, qu'Israël avait d'autres choix. Ah oui ? Mais lesquels alors ?

Car tout a été tenté. Des ripostes « tactiques » - des bombardements ciblés pour éliminer les terroristes responsables des tirs — les pressions internationales, entre autres celles de l'Egypte, le recours à la diplomatie et, bien entendu, les admonestations de l'Autorité palestinienne. Averti à de multiples reprises par Israël, menacé d'une catastrophe qui finirait par s'abattre sur le peuple palestinien, sommé par le Caire de renoncer à la violence, supplié par le président Mahmoud Abbas de renoncer à la violence, comment a réagi le Hamas ?

En continuant ses tirs. Tout simplement, en continuant ses tirs.

(p.55) Je pose dès lors une question simple : comment aurait réagi n'importe quelle démocratie européenne si elle s'était trouvée à la place d'Israël ? Imaginons une seconde, juste pour rire, qu'un groupe terroriste alsacien se réfugie derrière la frontière allemande et, de là, bombarde, jour après jour, mois après mois, des villes et des villages d'Alsace. Imaginons que l'Allemagne refuse de faire ce qu'il faut pour mettre fin à ces tirs. Pire : qu'elle les encourage. Une fois tous les autres recours épuisés, la France attendrait-elle deux mois, six mois, un an avant de réagir ? Je ne le pense pas. Mais Israël a attendu cinq ans. Il a fallu trente-quatre morts, mille blessés, cinq ans de bombardements et plus de 9 000 roquettes pour que la foudre, longtemps annoncée, s'abatte sur Gaza. C'est long cinq ans : 1 825 jours ! Aurait-il fallu attendre six ans ? Dix ans ? Vingt ans ?

J'ajouterai un dernier point : outre ses attentats multiples et répétés, outre les milliers de missiles et de roquettes tirés depuis Gaza, le Hamas est coupable de l'enlèvement, le 25 juin 2006, du caporal Gilad Shalit, gardé en otage quelque part à Gaza depuis cette date, soit depuis plus de trente et un mois au moment où j'écris ces lignes. Les pressions et médiations internationales et les offres de négociation d'Israël sont restées lettre morte. En quoi l'enlèvement et la séquestration d'un jeune soldat de 18 ans peuvent-ils réellement être considérés comme une opération militaire acceptable ? Cela aussi, il aurait fallu que Jérusalem accepte ?

On me rétorquera, bien entendu, que je noie le poisson, que c'est pour de pures et simples raisons de politique intérieure que la guerre a été déclenchée. Pour satisfaire une opinion publique avide de revanche à quelques mois d'élections qui s'annonçaient difficiles.

(p.56) Désolé, je n'achète pas ! Je dis, moi, que le premier devoir d'un État qui se respecte est de protéger ses citoyens et que, quand tout a été tenté, en vain, pour assurer leur sécurité, oui, la guerre, aussi horrible qu'elle soit, est la dernière solution.

Un mot encore sur le fameux « blocus » qui aurait étranglé et affamé Gaza. Entre le 19 juin et le 18 juillet 2008, soit pendant toute la durée de la trêve, 9 562 camions d'aide humanitaire ont pénétré dans la bande de Gaza depuis Israël, livrant 209 896 tonnes de biens divers. Durant la même période, 52 millions de litres de fuel et 10 670 tonnes de gaz ont été livrés à Gaza tandis que 3 466 personnes (des malades et leurs accompagnants) étaient accueillies dans des hôpitaux israéliens. Contrairement à ce que prétendent les propagandistes du Hamas et leurs dociles alliés en Europe, la fourniture d'électricité à Gaza (depuis la centrale d'Ashkelon, régulièrement ciblée par les roquettes des terroristes), n'a jamais été interrompue, la réduction maximale étant de 30 %. Vous avez bien dit « blocus » ?

Non, Israël n'avait pas - n'avait plus — le choix.

 

L'offensive a-t-elle fait de trop nombreuses victimes civiles ?

 

Deuxième accusation souvent entendue : les bombardements indiscriminés de l'aviation israélienne ont tué énormément de civils. La plupart des détracteurs d'Israël n'hésiteront même pas à affirmer qu'Israël a volontairement et délibérément frappé les populations civiles. C'est tout à fait faux, mais qu'importé ! Goebbels le disait déjà : plus le mensonge est gros, mieux il passe. Les propagandistes (p.57) du fascisme vert et leurs amis gauchistes ont bien retenu la leçon et l'appliquent à la perfection.

Bien sûr qu'il y a eu trop de morts civiles. Il y en a toujours trop et personne ne se réjouit de la mort d'un civil, d'une femme, d'un enfant - enfin, personne de « normal », parce qu'au Hamas, ça aurait plutôt tendance à les amuser. Mais revenons à quelques faits : la bande de Gaza est l'une des zones urbaines les plus densément peuplées du monde, avec un peu plus d'un million cinq cent mille personnes habitant sur une étroite langue de terre de 360 km2. Les spécialistes estiment qu'une opération militaire combinée du type de celle qui a été menée par Israël — mêlant bombardements aériens, tirs d'artillerie, intervention de blindés et progression de troupes à pied en zone urbaine — peut causer jusqu'à 30 % de pertes dans la population civile. Or, les chiffres du Hamas font état de 1 300 morts dont 40 % à 50 % de civils. On est donc très loin, mais vraiment, très loin de ce qu'aurait pu être la tragédie.

Force est donc de constater, quitte à ne pas être politiquement correct, que ces chiffres relativement bas sont dus, en grande partie, à la restriction dans l'usage de la force que s'est imposée l'armée israélienne. Écoutons l'expert Joseph Henrotin2 : « Le conflit israélo-palestinien est extrêmement émotionnel et donc, quand bien même il n'y aurait que deux morts, Israël serait malgré tout pointeau doigt... C'est la problématique de la guerre urbaine. Vous aurez des morts, même si vous parvenez à les réduire à des niveaux historiquement très bas...

 

2. Chercheur, rédacteur en chef adjoint de « Défense et Sécurité Internationale », co-auteur de l'ouvrage collectif « Les opérations militaires en zones urbaines : paradigmes, stratégies et enjeux », Edition Bruylant, Bruxelles, 2008.

(p.58) Il y a assez peu de morts pour L'instant. Je sais que ce que je vais vous dire provoque une certaine dissonance par rapport à ce que L'on peut entendre dans les journaux télévisés. Mais en fait, Les Israéliens progressent assez lentement. Non pas parce qu'ils font face à une grosse résistance, quûiqu 'elle existe, mais parce qu 'ils progressent prudemment. Dans la mesure où ils savent que s'ils avancent trop rapidement, Le nombre de pertes civiles va augmenter. »

Un ciblage extrêmement précis des frappes aériennes, préparées et appuyées par un usage intelligent et extensif du renseignement sous toutes ses formes — imagerie aérienne, interceptions techniques, sources humaines — l'utilisation de munitions spéciales destinées à limiter les destructions à la structure attaquée3, une progression lente et mesurée des troupes au sol : Israël a tout fait pour réduire, autant que faire se peut, les « dégâts collatéraux » et autres pertes civiles. Mais ce n'est pas tout : les bombardements ont été précédés de largages massifs de tracts sur les zones visées, pour donner aux civils une chance d'évacuer les lieux. Mieux encore, dans une opération d'une grande originalité baptisée « Dafak Ba Gag » (« Toquer au toit »), le~service de renseignement militaire israélien Aman a... téléphoné aux habitants des immeubles qui allaient être bombardés pour les prévenir de l'action imminente. Certains chefs terroristes eux-mêmes ont reçu ce type d'appel afin qu'ils aient le temps de mettre leur famille à l'abri. Beaucoup d'armées ont-elles agi de la sorte au cours de l'histoire ?

Certains ont qualifié ces pratiques de « cyniques », se demandant « où ces civils pouvaient-ils fuir dans un territoire entièrement bouclé ». Colossale hypocrisie :

 

3. Il ne s'agissait d'ailleurs pas d'une « première », loin de là. J'ai personnellement vu Tsahal utiliser ce type de munitions - en l'occurrence des bombes « à implosion «capables de raser un immeuble sans endommager ceux qui l'entourent - lors de la « première guerre du Liban », durant l'été 1982.

(p.59) Israël n'a pas pratiqué le « bombardement stratégique », mais le « bombardement tactique ». La différence est de taille : le premier vise à écraser un pays ou une ville sous les bombes (comme ce fut le cas durant la Seconde Guerre mondiale ou au Vietnam) afin de détruire son potentiel économique et de briser le moral de sa population. Le second s'en prend à des cibles d'intérêt militaire. En clair, cela signifie qu'à condition de quitter les lieux (et ils étaient priés de le faire), les habitants pouvaient effectivement, en se réfugiant parfois à quelques dizaines de mètres seulement de leur demeure, échapper aux bombes.

Une question encore : dans une guerre asymétrique, une guerre de guérilla dans laquelle le combattant tente de se fondre dans la population, qu'est-ce qu'une « victime civile » ? Cet adolescent de 15 ou 16 ans que l'on amène, sirènes hurlantes, dans un hôpital et sur lequel les caméras s'attarderont avec complaisance pour bien nous montrer son extrême jeunesse, est-il un « vrai » civil ou un milicien auquel on a retiré sa kalachnikov avant de le charger dans l'ambulance ? Était-il chez lui, dans sa famille ou en train de servir un mortier ou un RPG, ce lance-missiles portable qui est la hantise des véhicules se déplaçant sur le champ de bataille ?

Une fois de plus, cette question va choquer les âmes sensibles. Mais le Hamas s'est illustré, ces dernières années, dans l'utilisation « d'enfants soldats », que ses cadres entraînaient au combat et au terrorisme. Les témoignages existent en nombre, non pas dans la « propagande » israélienne, mais sur des sites islamistes proches du mouvement ou sur des images d'actualités diffusées par la télévision du Hamas. Des images qui nous montrent des enfants d'une douzaine d'années à l'exercice de tir, d'autres ceints de ceintures d'explosifs, d'autres encore apprenant à confectionner des bombes.

Le 29 février 2008, Fathi Hammad, haut dirigeant et député du Hamas, félicitait sur les ondes de la chaîne de son organisation « les acteurs au sein du Hamas et de la population palestinienne qui ont réussi à transformer la mort en véritable industrie... Les Israéliens ne savent pas que Le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu 'affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants ».

En septembre 2005, le Hamas a créé des unités de femmes au sein de sa branche armée, les Brigades Ezzedine al-Qassam. Dans une interview accordée à l'hebdomadaire al-Rissala, la responsable d'une de ces unités déclarait que les femmes aspirent au martyre et que le rôle des Palestiniennes est « (...) d'éduquer les enfants au djihad ». L'exemple d'Um Nidal, choisie comme candidate sur les listes électorales du Hamas, est frappant. Cette mère palestinienne a envoyé trois de ses fils dans des opérations suicides en Israël. Dans la vidéo de la cérémonie d'adieu à l'un d'eux (vidéo rendue publique par le Hamas à des fins de propagande), elle lui ordonnait « de ne pas revenir, sauf en chahîd ». Après avoir appris la mort de son enfant, elle affirmait : « Mon fils n 'est pas plus "sacré" que l'Islam. Je l'ai offert comme un cadeau et comme un sacrifice à Allah, puisse-1-il être glorifié. (...) »

Le mouvement qui s'illustre par les déclarations d'un Fathi Hammad, le mouvement qui élève une Um Nidal au rangd'héroïne nationale, cemouvementpeut-illégitimement hurler à la mort en condamnant le « meurtre » de femmes et d'enfants par « les sionistes » ? Ceux qui ont défilé pour marquer leur solidarité avec les victimes — c'est du moins ce qu'ils ont voulu nous faire croire — ont-ils réfléchi à cela ? Connaissent-ils ces faits ? Ils ne sont pourtant pas cachés puisque largement mis en valeur et exploités par la propagande du mouvement. Moins d'une minute de recherche simple sur Internet suffit à trouver ces films et (p.61) ces déclarations. Mais tout cela n'intéresse guère les amis du Hamas, il est tellement plus noble de s'en prendre à la barbarie israélienne...

L'affaire du « bombardement » de l'école de l'ONU de Jabalya, dans laquelle des dizaines de civils auraient été tués, illustre, elle aussi, les ravages de la propagande du Hamas sur les consciences occidentales.

Le 6 janvier, donc, trois obus israéliens tombaient sur l'école de Jabalya, tuant 45 personnes. C'est du moins ce que racontèrent la plupart des médias du monde, reprenant complaisamment les « informations «fournies par le Hamas, en dehors de toute vérification indépendante. Le 29 janvier, le journaliste Patrick Martin publiait dans Globe and Mail, le plus grand quotidien canadien, les résultats d'une enquête qu'il avait effectuée sur le terrain. Il en ressort clairement qu'aucun obus n'est jamais tombé sur ladite école et que les 45 victimes ont été tuées dans une rue voisine de celle-ci. Comme l'écrit Martin : « Même si la mort de 43 civils dans la rue pourrait faire l'objet d'une enquête, on edt loin d'un tir délibéré dur une cour d'école remplie de réfugiée...» Certes, mais la presse européenne ne s'est pas empressée de relayer l'information de Globe and Mail. Serait-ce parce qu'elle n'allait pas dans le sens désiré ?

 

Le Hamas a-t-il gonflé le nombre des victimes ?

 

Reste à examiner de plus près le bilan généralement admis par la communauté internationale : soit 1 315 morts (dont 410 enfants et 100 femmes) et plus de 5 285 blessés.

(p.62) D'où proviennent ces chiffres ? Exclusivement du Hamas ou de sources palestiniennes sous son contrôle direct, entre autres, du docteur Mouawiya Hassanein, chef des services d'urgences à Gaza. Le fait qu'ils n'aient été corroborés par aucune source indépendante sur le terrain n'a pas empêché les agences de l'ONU, comme de l'UNRWA4, de les reprendre à son compte. Et, bien entendu, la presse les a répétés à satiété.

Il est pourtant permis de s'interroger sur leur pertinence. Depuis quand faut-il prendre pour argent comptant les déclarations unilatérales d'une partie à un conflit, sans les soumettre, ne fut-ce qu'un instant, à une analyse critique ? Surtout, on me pardonnera de le rappeler, quand cette partie est une organisation terroriste tellement fière d'avoir érigé son « usine de mort ». Pourquoi diable devrions-nous, soudain, faire confiance à une organisation qui domine de main de maître les rouages de la propagande ? C'est vrai, j'oubliais, il est interdit de mettre en cause l'honnêteté de la Muhamawa (« résistance »).

Le journaliste italien Lorenzo Cremonesi, envoyé spécial du Carrière delta Sera, s'est livré à cet exercice critique. Il est l'un des seuls journalistes occidentaux à avoir été présent sur le terrain, à Gaza, dès le 13 janvier, en pleine phase finale (la plus violente) de l'offensive. Il écrivait, le 22 janvier : « Un fait devient de plus en plus évident quand on visite les cliniques, les hôpitaux et les) familles des victimes des tirs israéliens. A vrai dire, leur nombre s'avère bien inférieur aux près de 1300 morts, outre les quelque 5 000 blessés dont font état les hommes du Hamas, chiffres repris par les officiels de l'ONU et de la Croix-Rouge locale. »

 

4. United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees.

(p.63) Il cite un médecin de l'hôpital Shiufah : « Il se peut que le nombre des morts ne fut pas supérieur à cinq ou dix cents. Pour la plupart, des jeunes de 17 à 23 ans, recrutée dans les rangé du Hamas qui les a littéralement envoyée au massacre. » Et il ajoute : « De nombreux lits sont vides à l'hôpital européen de Gaza, l'un de ceux qui, pourtant, auraient dû avoir un taux plus élevé de victimes de la guerre des tunnels israélienne. Même chose pour l'hôpital Nasser de Khan Yunis. » Ces chiffres et les observations de Lorenzo Cremonesi ne seront pratiquement pas repris par ses collègues.

J'attends donc qu'on m'explique pourquoi les sources du Hamas, qui a un intérêt évident à gonfler le nombre des victimes civiles (et à minimiser ses propres pertes), seraient-elles devenues plus crédibles, plus dignes de foi que celles d'un grand reporter qui, en trente ans d'expérience, a risqué sa vie dans de nombreux conflits. J'attends, avec patience, mais sans illusion.

Des massacres de civils inventés de toutes pièces, des bilans humanitaires outrageusement exagérés, cela ne vous rappelle vraiment rien, mesdames et messieurs des médias ? Vous avez déjà oublié la sinistre farce de Timisoara5, qui donna le coup d'envoi de la soi-disant « révolution roumaine » en 1989 ? Il y aurait, il est vrai, quelques excuses à cette amnésie, votre profession s'étant particulièrement illustrée en accréditant cette comédie.

 

5. En décembre 1989, des émeutes se produisirent à Timisoara, dans l'ouest de la Roumanie. Rapidement, des images de charniers commencèrent à circuler et le chiffre de plusieurs centaines de victimes fut avancé. On sut par la suite qu'il s'agissait de la fosse commune d'un hôpital dans laquelle étaient enterrés les indigents...

(p.64) Alors, faisons un autre effort de mémoire. Rappelez- vous Jénine ! Oui, Jénine, cette ville de Cisjordanie « rasée » par les troupes israéliennes en avril 2002 (là, vous devriez vous en souvenir, ce n'est pas si lointain...) Suite à un attentat — d'ailleurs perpétré par le Hamas — qui avait fait 29 morts, Tsahal y affronta, durant une semaine, le Hamas mais aussi le Djihad islamique et les Brigades des martyre d'al-Aqsa. Les sources palestiniennes, reprises dans la presse mondiale, évoquaient 400 à 500 morts. On parla de massacre, de génocide (quand même ! Cinq cent morts, un « génocide » ? Vraiment ?) et certains comparèrent le camp de réfugiés de Jénine au... Ghetto de Varsovie. Le rapport établi par Human Rights Watch, et qui est unanimement accepté aujourd'hui, dénombra par la suite... 52 victimes palestiniennes dont « seulement » 22 civils...

Pour en finir avec l'UNRWA, je signalerai que cette respectable agence spécialisée de l'ONU, a été accusée d'employer — en toute connaissance de cause — des terroristes du Hamas ou du Djihad islamique de Palestine dans son personnel. En 2004, Peter Hansen, ancien commissaire général de l'UNRWA déclarait à la radio canadienne CBC : « Je suis certain qu 'il y a des membres du Hamas qui dont rétribuée par l'UNRWA, et je ne considère pas cela comme un crime. nom ne pratiquons pas de contrôle politique envers nos employée, ni de discrimination des gens selon leur camp politique. » Noble attitude, à laquelle on objectera cependant que le Hamas n'est pas un camp politique mais une organisation terroriste reconnue comme telle par la communauté internationale. C'est sans doute ce qui explique que les manuels scolaires employés par l'organisation fassent l'apologie des attentats suicides et glorifient les « martyrs ». Comment s'étonner, dès lors, si 60 % des auteurs d'attentats suicides commis en Israël sont d'anciens élèves de l'UNRWA qui ne scolarise pourtant que 25 à 30 % des jeunes Palestiniens ? À l'automne 2008, (p.65) un membre du Congrès américain, le démocrate Steve Rothman, déposait une résolution demandant une plus grande transparence de l'agence. On le comprend.

Les boucliers humains du Hamas

 

Le Hamas semble oublier (et avec lui tous ceux qui reprennent en chœur ses élucubrations) qu'il a lui-même revendiqué l'utilisation de « boucliers humains ». Dans sa déclaration, déjà citée, du 29 février 2008, le député Fathi Hammad s'en vantait : «Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfanta pour dire à l'ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu'il tient à la vie. »

L'utilisation de « boucliers humains » par le Hamas, au cours de ces dernières années, est largement documentée, comme l'est son emploi « d'enfants soldats ». L'organisation n'a évidemment pas dérogé à cette bonne habitude lors de l'offensive « Plomb durci ». Lorenzo Crémonesi raconte, après avoir interrogé des dizaines de témoins, comment la population palestinienne a tenté de se prémunir de cette pratique honteuse : « Les plus courageux s'étaient organisés et avaient barré l'accès à la cour, cloué des planches sur les portes de leurs habitations, bloqué en hâte et avec colère les échelles permettant l'accès aux toitures les plus hautes et suppliaient les membres du Hamas et du Djihad islamique de quitter leurs maisons. »

Et comment réagissaient ces courageux combattants de la liberté ? Par l'insulte, la menace, la violence : « Traîtres ! Collaborateurs d'Israël ! Espions du Fatah, lâches ! Les soldats du djihad vous puniront et en tout cas, vous mourrez tous, comme nous. En combattant les Juifs sionistes, nous obtiendrons tous le paradis, n 'êtes-vous pas heureux de mourir ensemble ? Et alors, furieux, ils défonçaient portes et fenêtres, se cachaient dans les étages supérieurs (p.66) et les jardins. Ils utilisaient des ambulances et se retranchaient tout près des hôpitaux, des écoles et des bâtiments de l'ONU. Dans des cas extrêmes, ils tiraient sur ceux qui cherchaient à leur barrer la route, pour sauver leur famille, ou ils les battaient sauvagement. »

Écoutons le témoignage d'Abu Issa, 42 ans, habitant du quartier de Tel Awa, à Gaza-City : « Ils voulaient que les Israéliens tirent sur nos maisons pour les accuser ensuite de crimes de guerre. » Écoutons sa cousine, Um Abdallah : « Ils avaient des rampes de lancement de missiles sur les toits des principaux immeubles bombardés et près du grand entrepôt de l'ONU qui a brûlé ensuite. » Écoutons Magah al-Rachmah, 25 ans, qui habite non loin d'un hôpital : « Les hommes du Hamas s'étaient réfugiés surtout dans le bâtiment qui abrite les bureaux administratifs... Ils utilisaient les ambulances et obligeaient les ambulanciers et les infirmières à enlever leurs uniformes arborant les insignes paramédicaux, ce qui leur permettait de donner le change et de mieux échapper aux recherches israéliennes. »

Une guerre de lâches. La seule dans laquelle le Hamas excelle.

D'autres preuves ? Les services de renseignement israéliens ont publié des photographies aériennes qui prouvent, par exemple, qu'à Tel al-Zaatar (nord de la bande de Gaza), trois positions de tirs de roquettes étaient situées autour de l'école, deux près d'un bâtiment de l'ONU, dont une littéralement collée à sa façade, et trois autres autour du centre médical al-Fakhtura. Mêmes photographies pour Jabalya (toujours dans le nord de la zone) : 106 846 habitants sur 1,4 km2 et, au milieu de la population, une quinzaine de rampes de lancement et une cinquantaine de postes militaires, dont huit autour du seul hôpital. À Sha'ati (au nord de Gaza-City), 80 567 habitants, une quarantaine de postes militaires et une quinzaine de sites de lancements, judicieusement positionnés entre deux écoles.

(p.67) Évidemment, on me dira qu'il s'agit de photographies de Tsahal, donc, de propagande sioniste. C'est évident : pourquoi accorder le moindre crédit à ce que dit l'armée d'un pays démocratique — une armée soumise au contrôle et objet d'enquêtes quand elle commet une bavure — alors qu'il est tellement plus simple de croire ces braves gens du Hamas ? Circulez, il n'y a rien à voir !

Une dernière précision, n'en déplaise à ceux qui ont comparé Gaza sous les bombes à un « camp de concentration » : durant l'offensive, plus de 1 700 camions sont entrés à Gaza par les postes de contrôle israéliens, transportant plus de 42 000 tonnes de vivres et de matériel humanitaire, envoyés par la communauté internationale. Dans le même temps, deux millions deux cent mille litres de fuel ont été acheminés vers Gaza par les mêmes checkpoints et plusieurs dizaines de victimes civiles palestiniennes ont été évacuées vers Israël pour y être hospitalisées.

Pour conclure, je maintiens qu'en dépit de l'utilisation massive de la population civile par le Hamas pour se protéger, les pertes ont été réduites. Je vais déplaire, une fois de plus — au point où l'en suis, je ne suis plus à ça près ! — mais je suis certain que, dans un avenir proche, la manière dont l'armée israélienne a conduit cette offensive afin de limiter au maximum les pertes civiles sera citée en exemple et enseignée dans bien des écoles militaires du monde démocratique.

 

Un autre « crime de guerre » israélien ? La terrifiante légende du « phosphore blanc »

 

Au nombre des multiples crimes de guerre dont Israël se serait rendu coupable durant cette guerre, que n'a-t-on dit (p.68) sur les bombardements à l'aide de munitions au phosphore blanc, produit extrêmement dangereux et qui, selon des organisations telles qu'Amnesty International, aurait été utilisé par Tsahal de « manière claire et indéniable » ?

Le 19 janvier, Christopher Cobb-Smith, « expert en armement » auprès d'Amnesty International, déclarait à l' Agence France Presse : « Hier, nous avons vu des rues jonchées de débris, qui prouvent l'utilisation de phosphore blanc, y compris des particules incandescentes et des restes d^obus tirés par l^armée israélienne. » Sa collègue Donatella Rovera surenchérit : « Une telle utilisation, intensive, de cette arme dans les quartiers très peuplés de Gaza est faite par définition de manière indiscriminée. Son utilisation répétée (...) est un crime de guerre. » Une fois de plus, les médias reprendront en boucle cette information, sans la mettre en perspective comme cela aurait dû être le cas.

Mais qu'est-ce que le phosphore blanc ? Un dérivé du phosphore, produit hautement inflammable (et qui, une fois allumé, au contact de l'air, ne peut être éteint), utilisé à des fins militaires depuis le XIXe siècle. Durant la Seconde Guerre mondiale, du phosphore blanc fut utilisé (comme, par ailleurs, du magnésium) dans la fabrication de bombes incendiaires larguées lors des bombardements stratégiques, notamment sur Hambourg (juillet 1943, 40 000 morts, 80 000 blessés, 350 000 maisons détruites) ou Dresde (février 1945, plusieurs dizaines de milliers de morts) ainsi que sur Tokyo et d'autres villes japonaises en 1945.

Le protocole n°3 de la Convention de 1983 sur « l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes classiques qui peuvent être considérées comme produisant des effets traumatiques excessifs ou comme frappant sans discrimination » interdit l'emploi de ces armes contre les civils.

(p.69) Israël a-t-il utilisé des armes au phosphore blanc à Gaza ? Oui, mais, comme le fait remarquer le journaliste Jean-Dominique Merchet, de Libération6', l'un des meilleurs spécialistes des questions militaires dans la presse française, il l'a été uniquement comme moyen « d'éclairage du champ de bataille », de « marquage » de cible ou de dégagements de fumigènes destinés à masquer les mouvements de troupes. Jamais comme arme incendiaire. Du reste, affirme Jean-Dominique Merchet (sur Radio France Internationale, dès le 11 janvier) : « Si l'armée israélienne avait aujourd'hui 1'mtention d'utiliser ces armée incendiaires comme les Britanniques et les Américains l'ont fait sur l'Allemagne et le Japon, Gaza ne serait aujourd'hui qu'un vaste brasier. Tout flamberait. Ce sont des armes qui sont faites pour allumer les incendies si vous les tirez au sol. Si vous les tirez en l'air, elles brûlent en retombant. Et donc, on est dans un contexte totalement différent... Les organisations humanitaires sont dans leur rôle en dénonçant les rames qui tuent... encore que l'on attend de savoir réellement combien de civils ont été brûlés par le phosphore. Pour l'instant, on n'a pas réellement de chiffres là-dessus. Et il ne s'agit évidemment pas d'une intention délibérée d'incendier Gaza parce que si c'était le cas, je le répète, on le verrait parce que Gaza serait un vaste brasier... »

Ce qui n'empêchera pas l'hebdomadaire Marocain Tel Quel — pourtant un média de qualité — d'écrire, le 25 janvier 2009 : « Les terribles bombardements au phosphore ont donc cessé sur la population de Gaza... » Ils ont d'autant mieux cessé qu'ils n'ont jamais existé !

Des « crimes » ou des « bavures » ont-ils eu lieu lors de l'offensive israélienne ? C'est malheureusement très

 

6. Jean-Dominique Merchet anime par ailleurs un blog remarquable sur les questions militaires et de stratégie : http://secretdefense.blogs. liberation.fr.

(p.70) possible. J'ai traversé, comme observateur à des titres divers, bien des conflits, de la Guerre du Liban en 1982 à l'ensemble des guerres balkaniques des années 1990. Je suis donc bien placé pour savoir qu'une bataille est confuse et que le pire peut s'y produire à tout moment. Un tir mal ajusté, une piètre évaluation de la situation tactique, une mauvaise décision prise en quelques secondes et c'est le drame. Pire encore : paroxysme évident de la violence, le combat réveille la bestialité de l'homme et le soumet à un stress tel, que le crime est toujours possible. La seule certitude que j'ai c'est que si bavures ou crimes il y a eu, ils feront l'objet d'enquêtes et seront sanctionnés. L'armée israélienne a montré par le passé qu'elle ne plaisantait pas avec ce genre « d'incidents » et, si elle tente de minimiser ou de cacher quelque dérive que ce soit, la presse israélienne est assez libre et assez mûre pour déterrer ces secrets.

Du reste, le 4 février, Israël reconnaissait sa responsabilité dans l'une des « bavures » les plus médiatisées de la guerre : la mort de trois filles du Docteur Izz el Dine Abou Aïch. Le docteur Abou Aïch, gynécologue, travaille dans un hôpital israélien et parle parfaitement l'hébreu. Il a participé, par ailleurs, à de nombreux programmes de rapprochement entre Palestiniens et Israéliens. Le 16 janvier, peu après le tir qui fut fatal à trois de ses enfants, il avait appelé un ami journaliste israélien. Diffusé en direct par la station Channel 10, son coup de téléphone avait profondément bouleversé de nombreux Israéliens, et le gouvernement avait ordonné que les enfants survivants du médecin et d'autres proches soient amenés en Israël pour y être soignés.

Toutefois, les circonstances exactes de la tragédie restaient controversées, les militaires prétendant que des membres du Hamas étaient présents dans la maison et avaient ouvert le feu, déclenchant la riposte fatale. Une thèse (p.71) niée par le docteur Abou Aïch. Début février, donc, les résultats de l'enquête de commandement de Tsahal ont été rendus publics. Il en ressort clairement que le tir de deux obus sur la maison du médecin palestinien n'était pas justifié et résultait d'une erreur d'appréciation. Bien entendu, rien ne rendra la vie aux trois petites filles, mais cette réaction prouve, si besoin était, que l'armée israélienne est capable de se remettre en question.

Mais y aura-t-il une enquête sur les crimes du Hamas ? Poser la question, c'est déjà y répondre. Par la négative.

 

La fin des hostilités ou le retour au Business as usual

 

Avec le cessez-le-feu du 18 janvier, les armes se sont tues à Gaza, au moins provisoirement. Les armes israéliennes, en tout cas, si l'on excepte quelques opérations ponctuelles telles que des bombardements, qui n'ont pas fait de victimes, sur les tunnels de contrebande remis en service par le Hamas.

Car le Hamas, lui, a recommencé à parader. Des affiches vantant les Invincibles Brigades Ezzedine al-Qassam ont fleuri sur les murs. Ses chefs sont sortis des trous où la plupart d'entre eux s'étaient courageusement terrés trois semaines durant et ont multiplié les rodomontades, affirmant à qui voulait les entendre qu'ils avaient remporté une victoire éclatante. Il est vrai que, dans la guerre asymétrique, il suffit à la partie « faible » de ne pas être totalement éliminée pour s'estimer gagnante. Mais quand même, quand on voit le premier ministre du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, parler d'une « victoire divine », on ose à peine imaginer ce que serait une défaite pour le Hamas. Ou, plutôt, pour la population (p.72) qu'il contrôle puisque c'est elle qui en paiera — et en paie déjà — le prix. Les habitants de Gaza ne sont pas dupes, mais, vivant sous la terreur, ils sont condamnés à subir et à se taire.

Ce n'est pas le cas des dirigeants de l'Autorité palestinienne. Ahmad Abdel Rahman, porte-parole du Fatah, juge que « Kbaled Mechaal j'exprime comme si les tanks du Hamas encerclaient Tel-Aviv. On a l'impression qu 'il ne connaît pas Gaza et n'y a jamais mis les pieds. Il affirme qu 'Israël a subi une défaite écrasante, sans apparemment se rendre compte qu 'Israël a tout détruit... »

Plus dangereux, le Hamas provoque à nouveau Israël en invitant les journalistes étrangers à venir constater par eux-mêmes à la frontière égyptienne que les tunnels de contrebande d'armes sont toujours en usage. Pour amener Jérusalem à frapper à nouveau ?

Mais l'organisation ne s'en tient pas à la guerre psychologique et à la propagande. Elle a immédiatement repris ses vieilles habitudes en s'attaquant, par exemple, à plusieurs convois humanitaires, qui ont été détournés et pillés par des groupes armés dont il est difficile d'imaginer qu'ils aient agi à son insu. Le 3 février, 5 500 couvertures et plus de 400 colis alimentaires ont été volés. Deux jours plus tard, dans la nuit du 5 février, 10 camions, transportant 400 tonnes de farine et de riz étaient saisis par le Hamas. Le lendemain, jugeant la situation impossible à gérer, l'UNRWA décidait de suspendre tous ses envois d'aide humanitaire vers Gaza.

Et, bien entendu, le Hamas a repris sa sinistre guerre contre l'Autorité palestinienne et le Fatah. À vrai dire, même au pire moment des hostilités, cette guerre fratricide n'avait cessé. Selon des sources indépendantes, au moins (p.73) cinquante membres du Fatah auraient été « exécutés » -« assassinés » serait plus juste — par les fascistes verts qui les accusaient d'être des « agents d'Israël ».

Ehab al-Ghsain, porte-parole du ministère de l'Intérieur du Hamas, a beau vociférer qu'il s'agit « de mensonges et de fausses allégations... d'une tentative d'éclipser l'éclat de la victoire... », les témoignages sont là. Amira Hass, journaliste israélienne du quotidien Haaretz, connue pour son attitude extrêmement critique vis-à-vis de la politique de son pays et vivant depuis près de vingt ans dans les territoires palestiniens, confirme qu'il y a eu « entre 50 à 80 exécutions » de « traîtres » et autres « démoralisateurs ». Des proches de Jamal Nadjar, un chanteur très populaire en Cisjordanie, ont accusé le Hamas d'avoir abattu plusieurs de ses cousins vivant à Gaza. Selon leurs familles, Abel al-Gharabh, officier de sécurité du Fatah a été torturé avant qu'on lui tire dans les jambes, et Ziad Abou Hayeh, commandant des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, au camp de Khan Younes, a eu les yeux arrachés par ses bourreaux. Achmad Shakhura, 47 ans, frère du bras droit de Mohammad Dahlan, ancien chef de la sécurité de Yasser Arafat, a été enlevé et horriblement torturé avant d'être tué, le 15 janvier.

Depuis la fin des combats, les exactions se sont multipliées et les arrestations arbitraires se comptent par dizaines. Souvent suivies de tortures et d'exécutions sommaires.

Mais voilà qui est très curieux : j'énumère ces crimes et je me rends compte qu'il manque quelque chose. Oui, c'est cela, il manque le bruit de fond des manifestations ! Où sont-ils, ces braves « défenseurs du peuple palestinien », maintenant que leurs idoles du Hamas sont à nouveau libres de violer et de tuer ? Sont-ils trop fatigués par leurs exploits récents ? Ou estiment-ils, ces vrais démocrates, qu'il n'y a décidément pas de fumée sans feu et que, si le

(p.74) Hamas accuse ses victimes palestiniennes d'être des traîtres, hé bien, le Hamas doit avoir raison ?

Le Hamas est revenu au pouvoir : silence, on égorge ! Avec la complicité tacite de ceux qui, hier, hurlaient si fort leur colère devant les « crimes » d'Israël.

 

(p.86)  « Dérapages » antisémites

II est, bien entendu, impossible, dans le cadre de cette note, de passer sous silence les « dérapages » antisémites dans trop de médias arabes. À vrai dire, ils sont tellement

(p.87) graves, massifs, généralisés qu'on a un peu de mal à penser qu'il ne s'agit là que de « dérives ». Ces propos — toujours violents et haineux, parfois meurtriers - ne reflètent-ils pas en définitive l'opinion d'une grande partie de la « rue arabe » ?

Le 6 janvier, le journal égyptien Al-Shaab, proche du Hamas, appelait à « égorger les Juifs et à exposer leurs têtes sur les places publiques » et à « effacer l'existence d'Israël ». Les musulmans ont « trahi le prophète », conclut le journal, en reniant le djihad et en « tissant des relations avec les Juifs ».

Pour le quotidien algérien Echorouk, Israël est un « cancer qu'il faut extirper ».Une image largement utilisée par les médias arabes depuis de nombreuses années. Le 11 janvier, Echorouk revient sur la question : « Israël disparaîtra tôt ou tard. Même la terre refuse les Juifs (...) Dieu a révélé dans le Coran que les musulmans finiront par tuer tous les Juifs. »

En Algérie, dès le 5 janvier, l'imam Chamseddine Bourouba rendait publique une fatwa autorisant les musulmans, où qu'ils se trouvent, à « tuer des Juifs » : « Tout Juif est une cible légitime que les musulmans doivent abattre. » Il s'agit de la troisième fatwa circulant en Afrique du Nord et dans la communauté nord-africaine en France et en Europe appelant à tuer des Juifs.

Certains quotidiens arabes se méfient... des livres. Ainsi, aux Emirats arabes unis, Emarat Alyoum incite les autorités à vérifier les manuels scolaires utilisés dans les écoles et les instituts étrangers dans ce pays. Le quotidien relève que certains manuels des missions britanniques renferment des textes «favorables aux Juifs » et « insultant les religions », et appelle à exercer des pressions sur ces établissements pour que ces ouvrages soient retirés. Les textes incriminés portent sur les histoires de familles juives persécutées par le (p.88) régime nazi. D'après ce journal, les étudiants de ces écoles ont déchiré les pages faisant allusion à tout ce qui est juif.

En Egypte, la Gatnaa islamiya rappelle que« les Juifs détestés par tous les peuples depuis la nuit des temps. Même grand dramaturge de tous les temps William Shakespeare démontre le vrai visage des Juifs dans sa pièce 'Le marchand de Venise '(...) les Juifs sont la plus minable et la plus sale race sur terre ».

Au Koweït, c'est un chroniqueur d'al-Watan qui, le 9 janvier, s'appuie sur des sourates du Coran pour qualifier les Juifs de « lâches habités par la peur ». Il rappelle que le Coran explique que les Juifs « agissent toujours dans le noir car ce sont des lâches qui ne peuvent s'opposer frontalement à leurs ennemis ». Le Coran sera également utilisé le 13 janvier, en Algérie, par Al-Fadjr qui incite les musulmans à « lire et à relire » le livre pour comprendre que les Juifs sont « la pire des races ».

Ces messages de haine et ces appels au meurtre sont malheureusement parfois suivis d'effets. Au Yémen, le 4 janvier, des Juifs5 ont été attaqués à Sanaa, à l'issue d'une manifestation de solidarité avec Gaza. Réagissant à cette attaque, le gouvernement a décidé de rassembler tous les Juifs dans un quartier de la capitale placé sous haute protection.

« Tant mieux ! », n'hésiteront pas à dire certains. Comme Anis Rahmani, le rédacteur en chef d'Ennahar, qui, le 19 janvier, se félicite de la montée du « sentiment de haine contre les Juifs en Algérie » et souligne, non sans fierté, que plus de soixante-six attaques antisémites se sont produites en France « où les Juifs ont été rejetés par tout le monde ».

 

5. Sur une population de plusieurs dizaines de milliers de Juifs avant 1949, il n'en reste aujourd'hui que moins d'un millier au Yémen.

 

(p.89) Les   attaques   contre  les  Berbères   marocains   et algériens

Des organisations amazighs et kabyles ont, dès le début de l'offensive israélienne, pris leurs distances avec l'opinion arabe. Ce qui leur a valu des attaques virulentes.

Le 5 janvier, un quotidien algérien a critiqué l'organisation d'une conférence dans un quartier de Tizi Ouzou par une association de Kabyles chrétiens soutenant Israël dans sa guerre contre le Hamas. Il souligne que plus de 600 personnes ont participé à ce rassemblement et qualifie ces chrétiens de « sous-hommes » qui considèrent le Hamas comme une organisation terroriste et apportent leur soutien total à Israël dans sa guerre.

Quelques jours plus tard, un autre quotidien critiquera le silence du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) dirigé par le docteur Said Saâdi, concernant les événements de Gaza. Il souligne que ce parti n'a lancé aucun appel à la solidarité avec Gaza et n'a rendu public aucun communiqué allant dans ce sens.

Le 5 janvier, le quotidien marocain indépendant et populiste Almassae s'attaque à une association berbère qui a soutenu le droit d'Israël à se défendre contre les attaques du Hamas, dans un communiqué de presse, et appelle les autorités à interner son président dans un « asile de fous ».

Trois jours plus tard, c'est l'organe islamiste Attajdid qui s'en prend à la Ligue amazigh des droits humains (LADH) qui a annoncé dans un communiqué son soutien à Israël dans son offensive contre le mouvement terroriste Hamas. Le quotidien s'en prend également à Ahmed Adghirni, chef du Parti démocratique amazigh marocain (PDAM/interdit), qui a refusé de prendre part à une manifestation de solidarité avec la population de Gaza organisée à Rabat. Ce dernier (p.90) aurait déclaré à la presse marocaine : « Ce qui se passe à Gaza eét une affaire arabe qui ne concerne pas les Amazighs. » Le site rappelle qu'Adghirni s'est rendu en Israël à plusieurs reprises pour inciter les Israéliens d'origine berbère à renouer le contact avec leur pays et à promouvoir leur culture berbère dans l'Etat hébreu.

(p.99)

IV marches de la haine : choses vues durant cet hiver 2008-2009

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai déjà exprimé dans les chapitres précédents. Même si je suis persuadé que quelques braves gens honnêtes et déboussolés se trouvaient bel et bien dans les manifestations de fin décembre 2008 et janvier 2009, bouleversés par les images venues de Gaza, il ne s'agissait en rien, dans leur ensemble, de défilés de solidarité avec le peuple palestinien. On ne peut même pas parler raisonnablement d'empathie avec les victimes civiles.

Sinon - je l'ai dit et le répéterai autant qu'il sera nécessaire —, on aurait vu les mêmes manifestants défiler lorsque le Hamas tue, torture et mutile les membres du Fatah voire de simples citoyens coupables de faire jouer une musique « interdite » à leur mariage, contrevenant gravement ainsi au code de conduite de l'islamiquement correct imposé à Gaza par les terroristes qui y ont pris le pouvoir au début de l'été 2007. Et je ne parle même pas d'exprimer une quelconque sympathie aux victimes juives du terrorisme du Hamas. Il y a bien longtemps que j'ai compris que le sang d'un enfant juif vaut bien moins, pour ces braves amis de la paix, que celui d'un enfant palestinien. À condition, bien entendu, que ce dernier ait été tué par les Israéliens.

(p.100) Car, s'il est victime des siens, alors, ils détourneront pudiquement les yeux. La « révolution » exige bien des sacrifices...

Non, il est clair comme le cristal, à mes yeux, que si ces « marcheurs pour Gaza » avaient bien eu en tête la sécurité et le bonheur des Palestiniens ils auraient, même sans insister, dénoncé le Hamas. Comment peut-on prétendre aimer un peuple et défiler sous les étendards de la milice qui l'opprime, qui fait de ses femmes des citoyennes de troisième ordre, qui transforme ses enfants en chair à canon, qui pille l'aide humanitaire qui lui est destinée et qui se cache dans des ambulances et au milieu des familles pour mener sa « guerre » ? Qui aime les Palestiniens ne peut que haïr le Hamas. Et ce n'est pas ce que nous avons vu durant ces semaines de protestations.

En vérité, les manifestations de « solidarité avec la population de Gaza » ont été l'un des plus formidables fourré-tout idéologiques qu'il ait été possible de voir depuis longtemps. Néanmoins, une ligne de force dominait, de Paris à Bruxelles et dans d'autres capitales : l'importation du conflit du Moyen-Orient en Europe. Dans ces cortèges où gauchistes et islamistes se mélangeaient gentiment et jouaient à faire semblant de partager les mêmes valeurs — à moins qu'ils ne les partagent vraiment, ce qui serait encore pire —, on voyait partout des drapeaux du Hezbollah, du Hamas voire du Djihad Ltlatniqut, on entendait jusqu'à en devenir sourd des slogans haineux et des appels au meurtre, et on ne pouvait manquer d'apercevoir les enfants embrigadés marchant bien sagement derrière les adultes qui les avaient menés là.

« Il faut se garder d'importer le conflit du Moyen-Orient en Europe ! » Comme ils se gargarisent de cette phrase nos élus, et depuis tant d'années. Ils la répètent sur tous les (p.101) tons, comme pour mieux nous convaincre qu'ils sont prêts à assumer leurs responsabilités. Pour un peu, ils agiteraient le doigt, prêts à gronder les vilains qui aimeraient tant « importer le conflit en Europe ». Apparemment, ils fréquentent trop les ors des palais nationaux et pas assez la rue. Ils ne regardent pas par la fenêtre, sont terriblement distraits durant les journaux télévisés et ne lisent pas les journaux. Sinon, cela ferait longtemps qu'ils se rendraient compte, ces gardiens de l'ordre public démocratique, qu'il y a belle lurette que le conflit a été « importé en Europe ». Par ceux-là mêmes qu'ils sont trop souvent les premiers à courtiser : les islamistes auxquels ils aimeraient tellement offrir la « cogestion » de communautés musulmanes qu'ils sentent confusément leur échapper.

Mais un tel seuil, à la fois quantitatif et qualitatif, a été franchi durant ces quelques semaines d'hiver, qu'on ose espérer que, cette fois, ils ont compris. Ou alors, ils sont vraiment sourds et aveugles.

 

Indignation sélective

 

Avant toute chose, levons une dernière ambiguïté, pour ceux qui voudraient vraiment, absolument, continuer à croire que l'indignation de la majorité des manifestants — je ne parle pas, je le répète, des « égarés » — était sincère. Une ultime preuve qu'il ne s'agissait là nullement de défilés destinés à défendre des victimes innocentes nous vient évidemment de l'indignation sélective qu'ils révélaient.

Les morts de Gaza — dont, certainement, trop de civils -ont suscité l'émotion du monde. C'est légitime : personne n'aime voir mourir son semblable, surtout quand il s'agit d'un enfant. Mais on ne peut que s'étonner des centaines de (p.102) milliers de personnes qui, à travers le monde démocratique, ont manifesté leur soutien aux victimes de Gaza. Qu'on me permette de poser quelques questions simples.

En Irak, les extrémistes sunnites ont tué des milliers de chiites au cours de ces dernières années en se faisant sauter dans la foule, parfois dans les mosquées. Où se trouvaient les communautés musulmanes d'Europe quand ces crimes se commettaient au nom de l'islam ? Ces communautés ont pourtant été l'épine dorsale de la mobilisation de décembre 2008 et janvier 2009.

Au Congo, des millions de gens sont morts dans d'épouvantables massacres (un grand bravo à la Belgique, au passage, pour son efficacité...). Dans quelles villes les foules se sont-elles mobilisées pour ces victimes ? Mais les foules étaient au rendez-vous pour les victimes de Gaza.

Au Soudan, plusieurs centaines de milliers de personnes ont été assassinées par des milices arabes, ces dernières années. Non seulement l'Europe n'est pas descendue dans la rue mais la France, qui se faisait l'avocate d'une intervention humanitaire, il n'y a pas encore si longtemps, est devenue bien silencieuse. Où sont les manifestants indignés par ces massacres ?

En Birmanie, un nombre indéterminé de civils sont emprisonnés, torturés, assassinés par une junte sanguinaire. Où sont les politiques occidentaux, ceux-là même qui hurlaient leur colère face aux « crimes israéliens » ?

Au Zimbabwe, Monsieur Mugabe préfère laisser mourir du choléra ceux qui ont survécu à la famine et aux troubles que son régime imbécile provoque plutôt que d'accepter « l'ingérence » étrangère. Qui se mobilise pour dénoncer ce tyran ubuesque ?

(p.103) À Cuba, le régime communiste continue à emprisonner ses opposants, même quand leur seul crime est d'avoir cherché une information objective sur Internet. Que font ces intellectuels européens dont certains n'ont pas trouvé de mots assez durs pour s'en prendre à l'État hébreu ?

En Iran, le régime éclairé des mollahs a inventé des machines à arracher les yeux et à trancher les mains pour mieux appliquer la charia, et pend à des grues de dangereux criminels, tels que l'avocat des droits de l'Homme Ya'qub Mehrnahad (père de quatre enfants) ou de jeunes homosexuels. Où sont nos défenseurs des droits de l'Homme quand ces crimes sont commis ?

Au Pakistan et en Afghanistan, des intégristes ou, simplement, des défenseurs du régime patriarcal, vitriolent les jeunes écolières — dont le seul crime est de vouloir s'instruire, ce qui pourrait, très hypothétiquement quand même, leur permettre un jour d'échapper à la domination des hommes —, violent les femmes ou condamnent celles qui ont été abusées à choisir entre épouser leur agresseur ou être lapidées. Où sont nos défenseurs des « femmes et des enfants de Gaza » quand ces Pakistanaises et Afghanes vivent l'enfer ?

Cette liste, malheureusement, est loin d'être exhaustive.

Certes, une journée n'a que vingt-quatre heures et une semaine sept jours et l'on ne peut s'indigner de tout, tout le temps, sinon, cela deviendrait une activité à plein temps.

Mais, Mesdames et Messieurs, les protestataires, Mesdames et Messieurs, les Elus du peuple qui honoriez ces rassemblements de votre présence (et qui feriez mieux de vous préoccuper un peu plus de la « majorité silencieuse » et un peu moins des minorités activistes...), souffrez que, (p.104) pour vous prendre au sérieux, j'attende le jour où votre indignation sera un tout petit peu moins sélective. S'il n'y avait, derrière vos cris, du sang et des larmes, et derrière vos coupables abstentions, encore plus de sang et de larmes (ceux que le Hamas, revigoré par votre soutien, provoquera dans l'avenir), vous ne seriez que risibles. Là, vous étiez pathétiques. Très franchement...

Une mobilisation communautaire et extrémiste

 

D'abord, si une chose au moins saute aux yeux, c'est que la mobilisation s'est faite, dans une très large mesure et n'en déplaise aux adeptes du politiquement correct, sur une base communautaire.

Les photos et autres vidéos consultables sur les sites d'information en ligne ne laissent aucun doute sur ce point : la majorité des manifestants appartenait à la « communauté »' musulmane. Du reste, les appels à défiler provenaient souvent d'organisations appartenant à cette communauté, comme l'UOIF2, le Conseil régional du culte musulman de la Réunion, l'Association des musulmans de Seine-Saint-Denis, l'Association islamique et culturelle du Calvados, les Etudiants musulmans de France et beaucoup d'autres. En Belgique, c'est une mystérieuse association baptisée Composantes de la Communauté arabe de Belgique — il s'agit en fait d'une « couverture » utilisée depuis des années

 

1.  Ce terme me met profondément mal à l'aise. Je suis profondément républicain et la République ne reconnaît aucune communauté. Seulement des citoyens libres et égaux en droit. Je ne l'utilise donc que faute de mieux et afin d'être bien compris.

2.  Union des organisations islamiques de France, membre du Conseil français du culte musulman (CFCM).

(p.105) pour mener des actions de solidarité avec la Palestine — qui organisait, chaque soir, durant la première décade de janvier, un rassemblement en plein cœur de la capitale européenne.

Deuxième constat : certaines de ces organisations ne sont pas les plus éclairées de la communauté musulmane. Ainsi, l'UOIF, qui a joué un rôle central dans la mobilisation de rue entre décembre 2008 et la mi-janvier 2009, est considérée par de nombreux observateurs de la scène musulmane européenne comme étant « très proche des Frères musulmans ». Elle collabore en tout cas étroitement avec le Conseil européen de la fatwa et de la recherche (CEFR), basé à Dublin et présidé par Cheikh Youssef al-Qaradaoui, prêcheur influent — entre autres, du fait de ses apparitions répétées sur Al-Jazira — et qui n'a jamais caché son appartenance à la Confrérie. Aujourd'hui interdit de séjour dans plusieurs pays, Cheikh al-Qaradaoui est notamment connu pour avoir publié deux fatwas, la première autorisant les attentats suicides et la seconde accordant aux femmes le droit d'y participer.

Ce personnage ô combien éclairé — n'est-il pas considéré comme un « grand savant » par bien des imams œuvrant en Europe ? — s'illustrait, le 28 janvier 2009, en déclarant sur Al-Jazira : « Tout au long de l'histoire, Allah a imposé aux Juifs des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été imposé par Hitler. Avec tout ce qu'il leur a fait - et bien que les Juifs aient exagéré les faits — il a réussi à les remettre à leur place. C'était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. » Voilà ce que dit, en 2009, l'un des maîtres à penser de l'UOIF, aux côtés de laquelle tant de gentils démocrates ont jugé bon de défiler pour dénoncer la « boucherie » en cours à Gaza.

(p.106) L'UOIF collabore également avec le Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP) qui ne cache pas son soutien au Hamas : il utilise notamment le produit de ses collectes en France pour financer les organisations « charitables » du mouvement terroriste, qui servent souvent de couverture aux actions de sa branche armée.

Troisième constat : si l'UOIF et ses amis ont tenu, en France, le haut du pavé dans ces manifestations, la communauté musulmane est loin d'avoir répondu massivement « présent » lors de ces défilés. Et le même constat pourrait être fait pour d'autres pays européens. En effet, si l'on considère généralement que la France compte entre cinq et six millions de musulmans, au pic de la mobilisation, en janvier 2009, le nombre de manifestants ne dépassait pas cent mille (et encore, même si les musulmans étaient majoritaires dans les cortèges, ils n'étaient pas seuls...) : soit moins de 2 % de la communauté. On peut donc penser que de nombreux musulmans français et européens, quoi qu'ils aient pensé des événements à Gaza, n'ont pas souhaité prendre part à des manifestations qu'ils savaient orchestrées par les courants les plus réactionnaires et donnant lieu à des débordements extrémistes répétés.

Le 10 janvier, à Paris, Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme, déclarait sur France Info : « Nous sommes là parce qu 'il est extrêmement important de ne pas laisser croire que Les gens qui. s'intéressent à ce qui se passe à Gaza ne Le font que sur une base communautaire. C'est totalement faux, il y a une émotion grandissante dans l'opinion... » II serait vraiment dommage, en effet, de s'attarder sur le rôle moteur de l'UOIF dans toute cette affaire : « les gens » risqueraient de se faire des idées !

Je pose une question à Monsieur Dubois : du haut de votre bonne conscience, n'avez-vous pas entendu le slogan (p.107) « Israël t'es foutu, les musulmans sont dans la rue ! » scandé dans les rues de France, vous qui niez la « base communautaire » de ces rassemblements ? N'avez-vous pas entendu " Hamas ! Hezbollah ! Djihad ! » ? Ou bien, simplement, ne savez-vous pas ce que signifie le mot « djihad » ?

 

Choses vues et entendues à Paris, Londres, Bruxelles ou Milan

 

De Londres à Paris, de Djakarta à Washington, de Montréal à Oslo ou de Milan à Berne, ce furent, plusieurs semaines durant, les mêmes slogans, les mêmes banderoles. Les mêmes discours de personnalités politiques engagées . Si certains, du bout des lèvres, se prononçaient pour une « paix juste et durable » entre Israël et les Palestiniens ou, plus rarement encore, osaient rappeler que le Hamas portait quand même, peut-être, une certaine part de responsabilité dans la tragédie, force est de constater que c'était loin d'être la tonalité générale de ces manifestations.

Israël y était toujours désigné comme le seul coupable du « massacre » en cours et le cri « Israël assassin ! » était, de loin, le plus modéré des mots d'ordre entendus.

Je passerai donc en revue quelques « choses vues et entendues », quelques instantanés saisis au cœur de ces foules qui prétendaient œuvrer pour la paix et défendre les « victimes ». Triste kaléidoscope, en vérité !

Vu le 3 janvier, à Londres : la belle Annie Lennox, ex-chanteuse du groupe Eurythmics, marchant sous des pancartes réclamant la fin de « l'Holocauste. » ou du «génocide » à Gaza. Inutile, sans doute, de tenter de lui faire remarquer qu'avec quelques centaines de morts (p.108) (au moment où elle défile), on est quand même très loin, quelle que soit l'horreur de la guerre, d'un « génocide ». Du reste, prenant la parole à l'issue de la manifestation, elle évoque ces « 1,5 million de personnes, tous des civils ordinaires coincés à Gaza ». Pour Annie Lennox, comme pour beaucoup d'autres sans doute, les choses sont donc on ne peut plus claires : il n'y a que des civils à Gaza. Pas de miliciens du Hamas, pas de terroristes embrigadant les enfants et les préparant au martyre, pas de tireurs de roquettes et, bien entendu, pas de tribunaux islamiques prononçant contre les femmes adultères les peines prévues par a.chariah. Non, rien de tout cela : seulement des « civils ordinaires ». Interviewée par Skynews à propos de la solution politique à apporter au conflit israélo-palestinien, elle répondra : « Je ne sais pas, je ne suis pas une politicienne... » Touchante modestie pour la vedette qui sait, en revanche, que les « civils ordinaires » de Gaza sont tous, par définition, des innocents, victimes d'un « génocide ».

Vu à Londres, le même jour — mais aussi à Bruxelles, Paris, Manchester, Berne et bien d'autres villes, et à d'autres occasions — : des jeunes gens « légèrement excités » brûlant un drapeau israélien. Oserais-je faire remarquer que le fait de brûler un drapeau — un geste devenu banal de nos jours — est un acte grave puisqu'il insulte l'ensemble d'une population et non pas seulement ses dirigeants, et qu'il nie même son existence, le drapeau détruit n'étant que le substitut, le symbole de la destruction future (et souhaitée) de l'État qu'il représente ? Comment dialoguer avec ceux dont on nie l'existence ? Comment peut-on, ensuite, prétendre appeler à défiler au nom d'un Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, comme ce fut le cas à travers la France, le 10 janvier 2009 ? Quelle paix ? Celle des cimetières ?

(p.109) J'ajouterai que des drapeaux palestiniens étaient présents dans des manifestations de soutien à... Israël, durant la crise de Gaza (entre autres en France et en Belgique), et qu'à aucun moment, ils n'ont été dégradés ou détruits : ils étaient là, simplement, pour témoigner du fait que ceux qui les brandissaient ne condamnaient pas le peuple palestinien mais bien, et seulement, les terroristes du Hamas qui prétendent parler en son nom. Et pour souligner qu'il y aurait, un jour, un État palestinien aux côtés de l'État d'Israël.

Vu le 3 janvier, toujours à Londres mais aussi à Paris : des dizaines de musulmans pieux faisant leurs prières en pleine rue, en marge du défilé. Curieuse scène, que l'on s'attend davantage à découvrir à Islamabad ou à Téhéran que dans une capitale occidentale. Personne ne leur a expliqué, à ces zélés défenseurs de l'islam militant, que la religion est une affaire strictement privée ? Et les « laïques » égarés dans ces manifestations ? Ils ne se sont rendu compte de rien ou alors leur laïcité est-elle, comme leur indignation, à géométrie variable ?

Vu au début du mois de janvier devant la Cathédrale du Dôme, à Milan - la plus grande cathédrale gothique et la troisième église catholique du monde ! — et devant la Basilique San Petronio, à Bologne : des milliers de musulmans prosternés, en prière, après que des drapeaux israéliens aient été brûlés et des pancartes assimilant l'étoile de David à la svastika brandies. L'évêque Ernesto Vecchi, vicaire du diocèse de Bologne, déclarera : « Ce n 'était peut seulement des prières, mais un défi, pas tellement à la basilique elle-même maisà notre système démocratique et à notre culture. » La communauté musulmane de Milan présentera des excuses pour ce qu'elle affirmera avoir été un « hasard », mais ne s'expliquera ni sur les drapeaux brûlés ni sur les svastikas. Un peu court quand même : imaginons le (p.110) tollé qu'aurait suscité la présence de plusieurs milliers de catholiques intégristes priant devant une mosquée ?

Vu à Bruxelles, le 4 janvier, devant un millier de manifestants, majoritairement très jeunes, rassemblés sur les escaliers de la Bourse, en plein centre de la capitale européenne : le simulacre d'un enterrement. Alors là, on a assisté à l'une des scènes les plus morbides de ces jours de délires : des islamistes, ne cachant pas leur admiration pour les terroristes et leur culte du martyre, mimant l'enterrement de l'un des leurs, recouvert du drapeau vert du Hamas et porté à bout de bras sur un brancard. Des images vues des centaines de fois sur les écrans de nos télévisions et se matérialisant, soudain, sur le pavé d'une grande ville européenne. Personnellement, c'est la première fois que j'assiste en Europe à une telle transposition de la réalité sur un plan symbolique, transposition évidemment destinée à susciter l'émotion mais dont l'aspect propagandiste est lui aussi évident : un appel implicite au djihad et au sacrifice suprême.

Dans le même ordre d'idée, comment passer sous silence ces manifestants, l'air grave, portant dans leurs bras — à Paris, Londres et ailleurs - des poupées enrobées d'un linceul blanc tâché de sang. Subtil rappel du « massacre des Innocents » sensé se dérouler à Gaza, pour ceux qui n'auraient pas retenu ce que leur répètent sans cesse les médias sur les « enfants tués par les bombes ».

À Bruxelles, pourtant, le 10 janvier, un manifestant, au moins, aura le courage d'exprimer ouvertement l'importance que ses complices et lui-même accordent à la vie d'un enfant, en brandissant à bout de bras un petit mannequin portant... une ceinture d'explosifs. Sans susciter la moindre réaction négative chez les centaines de personnes (hypothèse basse puisqu'il y avait au moins (p.111) 30 000 personnes dans la rue, ce jour-là...) qui le verront passer.

Vu le 12 janvier, à South Shields, une petite ville des bords de la rivière Tyne, dans le nord-est de l'Angleterre : 250 enfants musulmans rassemblés par leurs parents devant l'Hôtel de Ville pour une veillée de plusieurs heures. Leurs parents ont jugé bon de leur faire rater une journée de classe pour qu'ils puissent participer à la manifestation. Dans plusieurs cortèges, en France mais aussi à Bruxelles, on assistera à la même instrumentahsation des enfants. Et « instrumentahsation » n'est pas un mot trop fort quand on regroupe des enfants — parfois de moins de dix ans — en tête d'un défilé et qu'on leur fait répéter des mots d'ordre qu'ils comprennent à peine.

Vu ainsi, à Paris, le 3 janvier, une petite fille à peine âgée de 6 ans, hissée sur une voiture et à qui on demandait de crier dans un micro, de sa petite voix mal assurée, « Israël Assassin. », devant des centaines d'imbéciles en extase. À Bruxelles, le 10 janvier, on apercevra aussi une jolie petite gamine — elle n'avait pas dix ans ! — porter fièrement un drapeau du Hezbollah. Les politiques, regroupés à quelques mètres à peine de l'enfant, ne verront évidemment rien...

À Paris encore, des enfants agiteront des pancartes « Mort à l'occupant sioniste! » Même myopie des politiques présents. Si l'utilisation des enfants est une spécialité des régimes et organisations totalitaires — le Hamas, on l'a vu dans les chapitres précédents, y excelle d'ailleurs - on pourrait espérer au moins que cet immense progrès de la civilisation épargne l'Europe. On sait désormais qu'il n'en est rien.

Aperçue dans les rues de Bruxelles, le 10 janvier 2009, cette banderole sur laquelle on pouvait lire « Moubarak + Israël + USA + UE = un drapeau nazi ». Et, pour que le message soit tout à fait limpide, à la droite de ce slogan d'une suprême intelligence, une étoile de David entourant une tête de squelette surmontée d'une kippa. À Londres, le 10 janvier, ce sont deux jeunes femmes intégralement voilées de noir qui agiteront un panneau sur lequel était écrit en grandes lettres « God Bless Hitler » ! La traduction est-elle nécessaire ?

Terminons quand même sur une note plus légère (bien que je ne sache pas trop s'il faut en rire ou en pleurer) : un islamiste en djellaba arborant fièrement la pancarte qu'il s'est manifestement échiné à rédiger de sa main (à moins qu'ils ne s'y soient pris à plusieurs...) : « Death to all Jews»3...

 

L'inévitable passage du verbe à l'acte

 

Vu à Paris, le 5 janvier : après que 20 000 personnes aient défilé derrière les drapeaux du Hamas et aux cris de « Allahou Akbar », quelques centaines de casseurs se sont retrouvés dans le quartier Haussmann Saint-Augustin pour y affronter la police en une dérisoire reproduction de l'Intifada, mythifiée dans les banlieues. Au slogan, cette fois, de « La police t'es foutue, le Hamas est dans la rue ! », des voitures ont été renversées, des devantures détruites, des magasins pillés, des passants agressés et dépouillés. Aucun des habituels stigmates de queue de manifestation ne nous a été épargné.

 

3. « Mort à tous les... jus » (sans pluriel à « jus »). L'ignare voulait écrire, on l'imagine : « Death to all Jews » (« mort à tous les Juifs »).

(p.113) Les mêmes scènes de violences se répéteront à plusieurs reprises à Paris mais aussi dans d'autres villes de France, comme Nice, à Bruxelles, à Londres ou ailleurs.

À Londres, à deux reprises au moins, le 28 décembre et le 10 janvier, des foules de plusieurs centaines de jeunes gens très organisés et encadrés par des meneurs, tenteront de s'attaquer à l'ambassade d'Israël. À plusieurs reprises et dans plusieurs pays différents, des enseignes américaines, entre autres Starbucks et Mc Donald's, seront attaquées et verront leurs établissements détruits. Le plus souvent, la presse parlera des « débordements » d'une poignée de manifestants. Mais quand, depuis des jours et des jours, des messages de haine circulent sur Internet ou sont envoyés par SMS, répandant les légendes les plus absurdes sur les sociétés en question — par exemple : « McDonald's reverse sa recette, du samedi à Israël pour soutenir son effort de guerre » —, faut-il vraiment s'étonner si les esprits les plus bouillants passent à l'acte ? Et s'agit-il vraiment d'un « débordement » ?

La violence ne s'exprimera pas qu'en marge des cortèges. Elle frappera aussi, directement, les communautés juives. Il est malheureusement devenu habituel pour les Juifs d'Europe de vivre dans ce climat : depuis les débuts de la deuxième Intifada (le 29 septembre 2000), le nombre d'incidents antisémites a dramatiquement augmenté à travers tout le continent. Contrairement à ce que les tenants du politiquement correct aimeraient nous faire croire, ces troubles ne sont en rien dus à une quelconque résurgence du néo-nazisme ou de je ne sais quel courant d'extrême droite : dans l'immense majorité des cas, quand les auteurs de ces actes sont identifiés, il s'agit de jeunes appartenant à la « troisième génération » des communautés arabo-musulmanes, soit des petits-enfants ou des enfants d'immigrés, nés en Europe, y ayant grandi et y ayant été scolarisés.

(p.114) Dans le climat passionnel entretenu par les médias, les événements de Gaza ne pouvaient qu'entraîner de nouvelles violences.

Elles auront lieu en France. Agressions physiques, d'abord : le 6 janvier, une adolescente de 14 ans attaquée par une dizaine de jeunes (dont certains de ses camarades d'école...) à Villiers-le-Bel (Val d'Oise) ; le 15 janvier, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), un jeune homme de 24 ans littéralement « massacré » par quatre personnes qui voulaient « simplement » le voler et qui ont découvert qu'il était juif. En tout, plus d'une dizaine d'attaques de ce type se sont produites entre fin décembre 2008 et mi-janvier 2009. À ces agressions s'ajoutent les actes incendiaires : le 24 janvier, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le plus grand entrepôt de produits cacher de la région parisienne parti en fumée. Et, bien entendu, des synagogues brûlées : à Hayange (Moselle), le 17 janvier, à Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne), le 14 janvier, à Bisheim (Alsace), le 11 janvier, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 10 janvier, à Toulouse, le 5 janvier... En tout, 55 incidents seront recensés en France durant les semaines du conflit de Gaza.

Elles auront lieu en Belgique : le 4 janvier 2009, une maison habitée par une famille juive religieuse incendiée à Borgerhout (près d'Anvers) - sans faire de victimes, heureusement. À Bruxelles et à Charleroi, plusieurs synagogues seront la cible d'incendies criminels.

Elles auront lieu en Grande-Bretagne : la synagogue de Brondesbury Park, dans le nord-ouest de Londres, sera partiellement détruite par le feu, et Scotland Yard devra renforcer la protection de plusieurs dirigeants de la communauté juive, ceux-ci ayant été nommément désignés comme des « soutiens financiers d'Israël » sur des sites (p.115) Internet islamistes. Une vingtaine d'actes antisémites seront répertoriés au Royaume-Uni, entre la fin du mois de décembre et la cessation des hostilités.

Elles auront lieu au Danemark où deux Israéliens vendant des produits de la Mer morte seront blessés par balles dans un centre commercial de Copenhague, le 31 décembre 2008. Soixante-trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à nouveau, des synagogues brûlent sur le sol européen. Soixante-trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à nouveau, des Juifs sont désignés à la vindicte populaire, insultés, frappés. Soixante-trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, à nouveau, l'antisémitisme assumé bat le pavé des rues d'Europe. Ce n'est pas vraiment nouveau, certes, et je l'ai signalé : cela fait plus de huit ans que les Juifs d'Europe ont recommencé à avoir peur. Mais cette fois, ce ne sont pas les chemises noires hitlériennes qui hurlent « Mort aux Juifs ! », ce sont les chemises vertes du nouveau fascisme islamiste. Faudra- t-il des morts — et si oui, combien ? — pour que les autorités prennent la mesure exacte du problème ?

 

(p.119) V l'islamisme, un nouveau fascisme

Entre le 27 décembre 2008 et la fin du mois de janvier 2009, l'islamisme s'est donc affiché et imposé dans les rues d'Europe.

Une Europe dans laquelle il avait longtemps avancé masqué. Cachant sa présence derrière l'existence de mouvements de jeunesse ou de salles de prières, dissimulant son activisme sous des campagnes de « solidarité » qui ne s'appliquaient qu'à des victimes musulmanes, niant son agenda politique ou le camouflant sous des revendications « sociétales » qui pouvaient sembler isolées et déconnectées les unes des autres.

Un islamisme qui s'est nourri, bien entendu, du sentiment de rejet et d'exclusion que - légitimement ou non — une partie de la jeunesse musulmane d'Europe ressentait du fait d'un racisme que l'on ne peut, hélas, nier. Oui peut prétendre qu'il n'est pas plus difficile de trouver un logement ou un emploi lorsqu'on s'appelle Mohamed ou Mehdi et non Claude ou Denis ?

Un islamisme favorisé par le repli identitaire de ces jeunes qui, confrontés à la difficulté de l'intégration, en rupture, souvent, avec des parents auxquels ils reprochent leur passivité et qui ne les comprennent plus — parfois au (p.120) sens littéral du terme : combien de parents de la « première génération » ont-ils été capables de suivre la scolarité de leurs enfants ? - ne se sentant plus algériens, marocains, tunisiens, pakistanais ou turcs, mais ne se considérant pas encore tout à fait français, belges ou britanniques, ont trouvé dans la religion une justification à leur existence.

Un islamisme qui, bien entendu, s'est aussi irrigué des tensions entre cette jeunesse et les sociétés occidentales. Même si, à nouveau, je prends le risque du politiquement incorrect, je ne fais en définitive qu'enfoncer une porte ouverte en rappelant que dans bien des pays d'Europe, Maghrébins et Turcs sont surreprésentés au sein de la population carcérale, leur présence dans certaines prisons pouvant atteindre 60 à 80 % des détenus, alors que les musulmans ne constituent que 5 à 10 % de la population totale. Longtemps, cette criminalité de jeunes d'origine musulmane a été une « délinquance acquisitive », comme la définissaient les criminologues — vols, arrachages, car-jacking, petits braquages — ou liées, directement ou indirectement, au commerce et à la consommation des stupéfiants ainsi qu'aux méfaits des bandes urbaines. Aujourd'hui, on trouve derrière les barreaux de plus en plus de délinquants musulmans « lourds », poursuivis notamment pour des attaques à main armée particulièrement violentes ou des crimes sexuels. Dans ce dernier registre, la « tournante » — viol pratiqué en bande — témoigne à la fois de la grande misère sexuelle qui règne dans la jeunesse musulmane d'Europe et d'un ciblage des victimes sur une base « religieuse ».

Je m'explique : l'interdiction faite par la religion des relations sexuelles hors mariage et l'impératif de virginité fait aux musulmanes empêchent les jeunes de la « communauté » de vivre une adolescence épanouie et de découvrir l'altérité sexuelle dans de bonnes conditions. S'il souhaite être un (p.121) « bon musulman », le jeune homme ne pourra donc que s'accorder des aventures sexuelles sans lendemain ou déviantes. La « tournante » est l'un des symboles les plus crus — pour ne pas dire le plus horrible - de cette déviance. La sexualité s'y exerce de la manière la plus bestiale, en bande, et aux dépens d'une jeune fille choisie sur une base « religieuse ». Comme il est impensable de « souiller » une bonne musulmane, la bande se tournera vers une non musulmane ou vers une « mauvaise musulmane » comme, par exemple, une jeune fille refusant de porter le voile et considérée, dès lors, comme « une pute ». Les témoignages de jeunes filles qui ont choisi de se voiler pour échapper au harcèlement ne manquent pas. C'est du reste en partie pour dénoncer cette situation que s'est créée, en 2003, l'association Ni Putes Ni Soumises.

Mais revenons à nos jeunes délinquants : ils ont été une cible de choix pour l'islamisme, par le biais d'imams visiteurs de prisons ou d'associations de « réinsertion » qui, bien loin de les aider réellement, les ont, en fait, marginalisés. Le discours est connu et peut présenter quelques variantes. « Ce n 'est pas pour de prétendus délits qu 'on t'a emprisonné », diront certains, « mais parce que tu es musulman et que l'Occident déteste les musulmans... » D'autres travailleront sur une corde plus subtile mais tout aussi sensible : « Situ es en prison, c'est parce que tu as fait des conneries, et tu les as faites parce que tu t'es éloigné de la religion. Reviens vers Dieu, reviens vers l'islam véritable et tu retrouveras ta dignité. »

On remarquera que le discours peut également fonctionner avec des délinquants non musulmans mais en recherche de nouveaux repères et d'une norme de vie. On sait que les conversions sont nombreuses en prison, et dans beaucoup de réseaux terroristes démantelés ces dernières années en Europe figurent des convertis qui sont passés par les cercles islamistes radicaux avant de rallier (p.122) la mouvance djihadiste. Les convertis comme les jeunes musulmans « ré-islamisés » sont unanimes : en revenant vers l'islam, fut-il radical, ils ont trouvé la chaleur humaine, la fraternité et la solidarité qui leur avaient si souvent fait défaut dans leur vie antérieure.

Mais l'islamisme n'a évidemment pas séduit que des voyous et des toxicomanes. Il recrute aussi, par exemple - et très intensément — dans les milieux d'étudiants en sciences ou chez d'autres intellectuels qui cherchent un sens à leur vie ou veulent marquer leur solidarité avec leurs « frères musulmans » souffrant de par le monde.

Il nous faut donc comprendre comment les islamistes ont débarqué en Europe, comment ils y ont prospéré et quel est, exactement, leur « agenda politique ».

 

Au commencement étaient les Frères musulmans

 

S'il est généralement acquis que l'islamisme « européen » a bénéficié des largesses financières saoudiennes pour se développer en Europe, le wahhabisme pratiqué à Riyad ne pouvait lui offrir le cadre idéologique dont il avait besoin pour mûrir et prospérer. Il lui fallait, pour séduire les intellectuels en rupture et les jeunes voyous de banlieue, un projet réellement « révolutionnaire », et l'islam saoudien est tout sauf « révolutionnaire », on en conviendra aisément.

Ce cadre idéologique est donc venu des Frères musulmans — Jamiat al-Ikhwan al-Muslmin — confrérie fondée en Egypte, en 1928, par Hassan al-Banna, un instituteur d'Ismaïhyya, sur le canal de Suez. Les Frères sont, à ce jour, le mouvement le plus ancien de l'islamisme sunnite. Comme les Wahhabites, ils organisent leur doctrine (p.123) autour du dogme central du Tawhid, l'unicité de Dieu. Leur idéologie et leur pratique se résument parfaitement dans l'article premier de leur « constitution » : « Dieu est notre but, le Prophète est notre modèle, le Coran est notre loi, le Djihad est notre vie, le martyre est notre vœu. »' Les Frères se sont rapidement imposés comme l'une des principales forces d'opposition, tantôt purement politique, tantôt violente, en Egypte mais aussi dans d'autres États arabes. Au fil des ans et surtout à partir des années 60, ils ont essaimé à l'étranger, ce qui a longtemps été nié tant par les responsables sécuritaires européens que par la direction de la confrérie. En 1996, Mustapha Machhour2, Guide suprême de cette confrérie, a pourtant reconnu, pour la première fois, cet essaimage : « nous avons des branches à l'étranger. A Londres, en Allemagne et ailleurs en Europe. Chacun des militants des Frères ayant quitté l'Egypte a formé une branche dans son pays d'accueil et a des contacts avec l'organisation centrale... »

Machhour savait de quoi il parlait. Certes, depuis leurs origines, les Frères musulmans avaient eu une présence limitée hors d'Egypte — par le biais d'étudiants étrangers ayant fréquenté l'université al-Azhar au Caire ou des membres exilés de la confrérie. En 1961, Saïd Ramadan, gendre et ancien secrétaire particulier du fondateur, Hassan al-Banna — et père de Hani et Tariq Ramadan... — avait, par exemple, créé le Centre islamique de Genève, qu'il dirigera jusqu'à sa mort, en 1995, et dont l'actuel directeur est Hani Ramadan. Mais c'est Machhour qui a créé, en juillet 1982, le Tanzim al-Dawli, l'organisation internationale des Frères.

 

1. La devise du Hamas que je citais dans le premier chapitre est un quasi

« copier-coller » de cet article.

2.  Cinquième Guide des Frères musulmans, Mustapha Machhour est décédé en novembre 2002.

(p.124) L'un des principaux dirigeants du  Tanzim sera Mehdi Akef3, basé à Munich.

Vers la même époque, un deuxième foyer des Frères s'installait en Allemagne. Ses promoteurs venaient de Syrie où existe, depuis les années 1930, une branche particulièrement active de la confrérie. Dans les années 1970-1980, Damas a dû faire face à une véritable insurrection islamiste fomentée par les Frères musulmans : plus de 300 personnes ont été tuées dans des attentats et, le 26 juin 1980, Hafez al-Assad lui-même n'a échappé à la mort que de peu. La réponse du pouvoir a été une répression sanglante : massacre de 800 à 1 200 prisonniers islamistes à la prison de Palmyre, à la fin du mois de juin 1980 et, surtout, écrasement de la rébellion de la ville de Hama, en février 1982 (entre 20 000 et 30 000 morts, le bilan exact de ce massacre restant inconnu à ce jour).

C'est suite à cette répression qu'une partie de la direction des Frères musulmans syriens se réfugia en Allemagne fédérale. Sous la direction de Cheikh Issam al-Attar, se développa ainsi, à Baden-Baden et à Aix-la-Chapelle, une petite organisation très active, al-Talî'a. Les trois groupes — de Genève, Munich et Aix-la-Chapelle — allaient donner naissance à plusieurs implantations européennes des Frères, entre autres en France et en Belgique.

On notera qu'à l'époque, le seul pays occidental à avoir eu une idée assez claire de ce que préparaient les Frères musulmans est la France dont les services de renseignement et de sécurité feront le maximum pour contrer l'influence grandissante de l'islamisme politique. Les États-Unis adopteront une attitude nettement plus pragmatique —

 

3. Mehdi Akef est, depuis janvier 2004, le Guide des Frères musulmans.

(p.125) et plus discutable — se servant, entre autres, des réseaux islamistes pour recruter des volontaires afin de combattre les Soviétiques en Afghanistan et organiser la propagande favorable à ce djihad. À long terme, cette stratégie favorisera l'implantation durable de l'islamisme en Europe, mais aussi dans plusieurs pays d'Afrique du Nord, dont l'Algérie et le Maroc.

Comme les trotskystes l'avaient fait au sein de la gauche et de l'extrême gauche, les Frères musulmans se sont fait une spécialité de la pratique de l'entrisme : la confrérie reste occulte, voire secrète, mais ses membres tentent de prendre le contrôle des organisations caritatives ou culturelles de la communauté et, dans les pays dans lesquels ils existent, des organes de représentation du culte musulman. Le mouvement a acquis ainsi une influence réelle sans aucune mesure avec son importance numérique et est devenu à même de peser lourdement sur l'existence des communautés musulmanes en Europe.

Tactiquement, les Frères, sous couvert de légalisme (en Europe et aux États-Unis, ils condamnent officiellement le terrorisme), entretiennent ou suscitent les conflits qui permettent d'unifier et de souder les communautés musulmanes et de les radicaliser. Ainsi, c'est sans surprise qu'on les retrouvera, un peu partout, en première ligne — à tout le moins dans les coulisses — dans le combat pour la défense du voile islamique mais aussi, quelques années plus tard, dans l'affaire des caricatures de Mahomet.

Les Frères musulmans sont tellement discrets dans leur action, qu'il est de bon ton, dans certains milieux, de minimiser leur importance ou de les considérer comme une organisation peu dangereuse et vouée à répandre un « islamisme modéré ». Certains documents indiscutables jettent cependant un éclairage cru sur leurs buts réels.

(p.126) Il en est ainsi d'un texte de 18 pages, rédigé en arabe et intitulé « Un mémorandum exploratoire sur le but stratégique général du Groupe en Amrique du Nord »4. Daté du 22 mai 1991, il a été découvert par le FBI au cours de ses enquêtes et versé comme pièce à charge dans le procès intenté par les autorités américaines à la Holy Land Foundation, une association « caritative » poursuivie pour avoir collecté des fonds pour des mouvements terroristes. Les Frères y définissent ce qu'ils appellent un « processus de djihad civilisationnel » pour l'Amérique du Nord : « L'Ikhwan [les Frères] doivent comprendre que leur travail en Amérique est une sorte de grand Djihad [destiné à] éliminer et détruire la civilisation occidentale de l'intérieur et à saboter sa misérable demeure par leurs mains et les mains des croyants afin qu 'elle soit éliminée et [que] la religion de Dieu [soit] victorieuse de toutes les autres religions. Sans ce niveau de compréhension, nous ne sommes pas prêts à ce défi et nous ne nous sommes pas encore préparés au Djihad. C'est te destin du musulman de pratiquer le Djihad partout où il est et quel que soit le pays où il se trouve jusqu'à ce que l'heure de la fin soit arrivée. Il n'y a pas d'échappatoire à ce destin sauf pour celui qui choisit de se laisser aller... »

Les Frères définissent ensuite leur stratégie de recrutement : « Prendre des gens le meilleur de ce qu'ils ont : leurs meilleurs spécialisations, expérience, talents, énergies et capacités... Mais notre plus grand défi est : comment les mettre tous dans notre orbite, les connecter à notre plan et à notre Mouvement, afin d'atteindre le 'but' qui nous intéresse. »

« Eliminer et détruire la civilisation occidentale » : tout est dit, écrit noir sur blanc par les Frères eux-mêmes.

« Prendre ce qu'il y a de meilleur » : c'est bien là ce que fait la confrérie, qui pratique un recrutement élitiste. Pas de

 

4. J'ai utilisé la traduction anglaise du document, réalisée par le FBI,

126

(p.127) voyous chez les Frères, pas de taulards convertis, pas de casseurs : des étudiants, des médecins, des enseignants, des ingénieurs, des journalistes, des membres des classes moyennes. Bref, des hommes qui peuvent, sans trop de problèmes, s'infiltrer dans les rouages des décisions, monter tous les échelons, devenir des cadres, des dirigeants ou des « prescripteurs d'opinion » et subvertir le « système » de l'intérieur.

(...)

Les Frères musulmans entendent « ré-islamiser » les jeunes immigrés mais agissent dans le cadre des lois. Leur légalisme et le discours, en apparence, assez ouvert des organisations qui leur servent de paravent et de leurs porte-parole, plus ou moins officieux, n'excluent pas les dérapages tels celui commis par Tariq Ramadan, dans son texte désormais célèbre sur « les nouveaux intellectuels communautaires », dans lequel il dresse, non sans commettre des erreurs, une liste d'intellectuels juifs. Autre erreur tactique quand il réclame un « moratoire » sur les lapidations des femmes adultères. Tarek Obrou, imam de Bordeaux et président des imams de France, développe, lui, la thèse de l'inégalité biologique entre hommes et femmes, une inégalité qui s'expliquerait par « la taille du cerveau » ou la « capacité de concentration ».

(p.142) La montée du « nouvel antisémitisme » : un symptôme

« L'importation » du conflit du Moyen-Orient en Europe et, particulièrement, dans des pays comme la France et la Belgique où les incidents antisémites se sont multipliés depuis le début de la deuxième Intifada, est en effet l'une des obsessions de l'islamisme radical. Sujet sensible s'il en est ! Après avoir ignoré ou purement et simplement nié la recrudescence de l'antisémitisme, les autorités ont fini par la reconnaître mais ont continué à se montrer extrêmement réservées en ce qui concerne la désignation des responsables. En 2003, l'Union européenne avait même, annulé un rapport rédigé par des universitaires allemands respectés mettant en cause la responsabilité de jeunes appartenant à la communauté arabo-musulmane dans l'explosion et la propagation de la violence antisémite. Quelques mois plus tard, en mars 2003, un nouveau rapport, réalisé par ^Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, concluait à la culpabilité de... bandes néo-nazies ou de groupuscules d'extrême droite dans ces attaques. Curieusement, ses conclusions étaient en contradiction flagrante avec le corps même du rapport selon lequel ces attaques étaient « imputables à la jeunesse des quartiers sensibles au conflit israélo-palestinien, principalement celle d'origine nord-africaine », alors que le pourcentage attribuable à l'extrême droite « est seulement de 9 % en 2002 ». En 2006, le même organisme, dans un nouveau rapport, reconnaîtra que les auteurs d'actes antisémites « ne sont pas principalement issus de l'extrême droite » (bel euphémisme) mais sont « désignés par les victimes » (en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en France, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Suède) comme étant « déjeunes musulmans » ou « des individus d'origine nord-africaine ».

 

(p.143) L'embarras des politiques ne peut masquer la réalité : le phénomène des agressions antisémites — insultes, coups, profanation de lieux de culte ou de cimetières, incendies volontaires, etc. — progresse de manière réellement effrayante. Pour « seulement » 32 actes recensés en France en 2001, on est passé à 193 en 2002. Depuis, des centaines d'incidents du même type ont été comptabilisés. Et la tendance est la même à travers toute l'Europe.

Ce climat d'antisémitisme, volontairement entretenu par les prêches de certaines mosquées et encouragé par des sites Internet et des réseaux islamistes, n'a éveillé, le plus souvent, que l'indifférence dans des partis de gauche et des organisations de défense des droits de l'Homme qui, elles aussi, sont travaillées au corps par l'antisémitisme. Curieusement, droits-de-l'hommistes, extrémistes de droite et de gauche ou militants altermondialistes - je n'accuse pas ici l'ensemble de ces mouvements mais des individus et des factions — se retrouvent parfois au coude à coude avec leurs nouveaux camarades islamistes dont ils espèrent naïvement en faire des amis. Ainsi, aucun de ces nouveaux compagnons de route n'a semblé particulièrement choqué lorsque Mohamed Latrèche a dénoncé « l'influence juive » exercée sur George Bush. Aucun non plus n'a protesté lorsque Rachid Benaïssa — un ancien haut fonctionnaire algérien devenu agitateur islamiste après avoir été très proche de l'ayatollah Khomeiny — dressait la liste des journaux et journalistes « juifs » et les faisait conspuer par la foule, lors de la fameuse manifestation de défense du voile, le 17 janvier 2003.

 

(p.144) La défense du voile : un cas d'école

Le combat pour le droit de porter le voile, mené aussi bien par les partisans de la rupture que par certains entristes, est un cas d'école particulièrement intéressant à examiner. Derrière ce qui pourrait sembler anecdotique - en définitive, quelle importance si quelques jeunes filles décident de se voiler ? - on peut lire, en filigrane, la stratégie des islamistes. Car le voile n'est que la partie visible de l'iceberg. Si l'État cède sur ce point, d'autres thèmes deviendront des prétextes à affrontement. Ouand ils ne le sont pas déjà.

Le rapport de la Commission Stasi6, qui s'est penchée sur l'état de la laïcité en France, a eu, entre autres intérêts, celui de mettre en lumière ces pierres d'achoppement. À l'école, outre le voile, on assiste à une altération du cours normal de la scolarité (absence systématique un jour de la semaine, interruption des cours ou des examens pour motif de prière ou de jeûne), à la contestation de pans entiers de l'enseignement en histoire et en sciences, au refus d'élèves de sexe féminin d'être entendues ou contrôlées par des examinateurs de sexe masculin ou encore à la contestation de l'autorité de chefs d'établissements ou d'enseignement au seul motif qu'il s'agit de femmes.

À l'hôpital, c'est le refus des maris ou des pères de voir leur épouse et filles soignées ou accouchées par des médecins de sexe masculin, la récusation de soignants au titre de leur confession religieuse supposée, les couloirs transformés en lieux privatifs de prières, les cantines parallèles ne répondant pas aux critères sanitaires.

 

6. Instaurée par Jacques Chirac en juillet 2003 et chargée de se pencher sur l'application du principe de laïcité.

(p.145) Dans le domaine de la justice, la commission a souligné les pressions exercées sur les détenus afin que les membres de leur famille leur rendant visite adoptent une tenue « religieusement correcte ». Elle a également constaté l'imposition de cantines halal (devenues parfois les seules cantines dans les prisons. C'est le cas à Fleury-Mérogis, à Paris, le plus grand établissement pénitentiaire d'Europe) et les demandes de récusation de magistrats en raison de leur religion supposée. La commission a également remarqué que certains jurés d'assises avaient souhaité siéger en affichant des signes religieux ostentatoires, tandis qu'une avocate avait demandé à prêter serment, revêtue d'un voile.

L'armée n'échappe pas aux tensions : lors des journées d'appel pour la défense, des jeunes filles ont refusé de participer à des cours de secourisme mixtes et ont justifié leur refus par le fait qu'elles ne pouvaient porter secours à des hommes. Au plan des autres services publics, on notera l'ouverture des infrastructures sportives en fonction du sexe ou les fonctionnaires exigeant le droit de porter un signe religieux sur leurs lieux de travail. Même les entreprises sont touchées : de nombreuses employées portent le voile (un acte qui dénote clairement une volonté politique sous-tendue) et certaines femmes refusent de serrer la main d'un collègue masculin, tandis que des hommes refusent de reconnaître l'autorité de cadres féminins. Ces dernières années les revendications visant à l'octroi de locaux pour les prières se sont multipliées.

Ces quelques comportements sont lourds de signification et porteurs de menaces. Ils démontrent, dans le chef d'une minorité activiste, la volonté de procéder à une islamisation rampante de la société par la politique du fait accompli et la recherche de l'affrontement permanent. Mais surtout, ces actes renforcent l'exclusion de ceux qui s'y livrent (p.146) et qui, à terme, sabordent leur scolarité, sont écartés du marché du travail et perdent toute chance d'intégrer la fonction publique. À tel point qu'on a pu parler d'auto-discrimination. Les femmes et les jeunes filles sont, bien entendu, les premières victimes de ces attitudes car elles sont soumises à une violence quotidienne. Sexisme et misogynie débouchent sur les pressions morales, les agressions physiques et verbales. Sans compter les agressions sexuelles de plus en plus systématiques contre les « putes » qui ne se conforment pas au code vestimentaire imposant des tenues couvrantes et asexuées et la « modestie » face à un homme (obligation de baisser les yeux, interdiction du contact physique).

Dans des cas extrêmes, ces déviances ont débouché sur des mutilations et des meurtres qui ont, à raison, choqué l'opinion mais face auxquels les pouvoirs publics n'ont réagi que trop timidement. Kaïna Benziane, la sœur de Sohane, brûlée vive le 25 mars 2002 à Vitry-sur-Seine, a ainsi déclaré : « [certains garçons me disent] : ji ma Jceur avait choisi jon statut de jeune fille musulmane et avait porté le voile, elle ne serait paj morte. »

Pour « s'en sortir », pour échapper à la violence, de nombreuses jeunes filles revêtent le voile, comme une protection et non pas l'exercice de leur libre volonté de choix. On assiste alors à cet effrayant paradoxe, souligné lui aussi par la « Commission Stasi » : c'est le voile qui procure la sécurité que devrait, normalement, garantir l'État, en devenant une barrière contre l'agression. Et l'on ne citera que pour mémoire ces autres violences faites aux femmes que sont la polygamie, la répudiation, le mariage forcé (souvent à l'occasion des vacances) qui entraîne l'arrêt de la scolarité.

(p.147) L'avocate Nicole Guedj, Secrétaire d'État dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et qui, en 2003, a participé aux travaux de la « Commission Stasi », a témoigné, en décembre 2003, dans un hebdomadaire français, de l'ambiance dans laquelle s'étaient déroulées les auditions : « Beaucoup [de jeunes filles] nous ont confié Lear détresse lors d'auditions privées. La plupart étant sous influence. Elles subissent le voile et sont venues no M demander de les en libérer. Leurs témoignages étaient souvent bouleversante : nous ne pouvions pas ne pas entendre leurs supplications. »

Une contestation internationale

 

La mobilisation en faveur du voile a eu au moins un avantage : faire apparaître, en pleine lumière, l'existence d'une véritable « internationale » islamiste politique.

Aux quatre coins du monde, en effet, des manifestations se sont déroulées, dans lesquelles on a pu voir scandés les mêmes slogans. Ainsi, le 17 janvier 2004, des protestataires ont défilé à Londres, près de l'ambassade de France, tandis qu'au Caire ou à Amman, c'étaient quelques centaines de femmes qui conspuaient Paris. Idem à Damas, à Bahreïn, à Rabat, à Gaza, à Bethléem, à Naplouse, à Khartoum, au Koweït ou encore à Bruxelles. À Stockholm, les manifestants étaient 2 000. En Suède toujours, ils étaient 500 à Malmö et 300 à Göteborg. À Berlin, ils étaient un millier, à Montréal, une centaine et à Helsinki, 50. En Egypte, Mohammed Mehdi Akef a dénoncé un courant « malveillant qui combat le voile et est similaire au courant existant en Turquie et en Tunisie ». À Beyrouth, le Hezbollah a organisé une manifestation de 5 000 jeunes filles voilées devant l'ambassade de France. Et partout, les mêmes morts d'ordre. Et, partout ou presque, l'ombre des Frères musulmans.

(p.148) Même les États-Unis n'ont pas échappé à la fièvre islamiste anti-française. Sayyid Muhammad Syeed, Secrétaire général de Vljlamic Society of North America (ISNA), basée à Plainfield, dans l'Indiana, a fait envoyer des dizaines de milliers de lettres à Jacques Chirac pour lui demander de ne pas faire voter la loi. Apparemment assez modérée, l'ISNA est, en fait, liée au Hamas et aux Frères miuttiLmatw : elle est l'un des bailleurs de fonds du Quranic Literacy Itutitute, dont une partie des fonds est placée sous séquestre suite à des soupçons de financement d'activités terroristes. Muzammil Siddiqui, ancien président de l'ISNA, est d'ailleurs un propagandiste connu du djihad, qui s'oppose à l'entrée de musulmans dans l'armée américaine : pour lui, un musulman ne peut combattre pour une cause non musulmane.

Il est extrêmement intéressant de constater que, quelques années plus tard, la crise des « caricatures de Mahomet »7 donnera lieu à une répétition en tous points exacts de la mobilisation pour la défense du voile : même caractère « international », mêmes vecteurs de mobilisation (entre autres, les prêches de Youssef al-Qaradaoui), mêmes appels « spontanés » à manifester, mêmes techniques (notamment par envois massifs de SMS), mêmes slogans et, en sous-main, mêmes maîtres d'œuvre : les Frères musulmane.

 

1. En février 2006, j'ai consacré à cette affaire une longue note d'analyse que l'on trouvera sur le site de FESISC : http://www.esisc. org.: « Caricatures de Mahomet : histoire et conséquences d'une manipulation mondiale. »

 

(p.149) Une offensive à l'échelle de l'Europe

A la question de savoir s'il y a bien une offensive « politique » islamiste en Europe, la réponse est, il me semble, positive. Les axes de cette offensive sont la défense du voile, l'antisémitisme, l'homophobie et la solidarité avec les « musulmans agressés » depuis septembre 2001, singulièrement avec les Palestiniens.

Les islamistes sont en train de tester la tolérance et le potentiel de résistance de nos démocraties, pour savoir jusqu'où ils peuvent aller. Ils prennent, surtout, en otage la majorité des musulmans qui n'aspirent, comme ils nous le disent souvent, qu'à une vie normale et calme, mais qui, trop souvent laissés à eux-mêmes par les autorités, sont terrorisés par l'agressivité des activistes.

Certains propos ou actes tenus ou commis dans le cadre de cette offensive relèvent, à l'évidence, des tribunaux. Mais des procès ont-ils eu lieu ? La réponse est non. Or, outre le fait qu'il pourrit nos sociétés, cet islamisme politique fournit aux organisations djihadistes - qu'il soutient d'ailleurs souvent directement — le réservoir de recrutements et de sympathies qui lui permettent de développer ses réseaux en Europe ou dans les autres pays industrialisés. Et de les remplacer rapidement lorsqu'ils sont démantelés. Il faut bien comprendre, en effet, que l'on ne devient pas djihadiste du jour au lendemain mais suite à une maturation plus ou moins longue. Et le passage par la case « politique » est une étape essentielle de cette maturation.

De plus, l'existence d'une véritable internationale fournit encore aux djihadistes la couverture qui leur permet de voyager, de faire transiter des fonds et de transmettre des messages. Pour avoir été, longtemps, trop tolérante avec un (p.150) islamisme politique qu'elle jugeait peu dangereux et qu'elle se refusait à réprimer par respect de la liberté d'expression, la Grande-Bretagne s'est réveillée, un beau jour, confrontée à la prolifération cancéreuse des cellules djihadistes, qu'elles soient logistiques ou purement opérationnelles. La France et la Belgique, mais aussi les Pays-Bas, l'Allemagne ou l'Espagne vivent la même expérience. Ouel autre pays, demain, payera de la sorte un respect mal compris de la différence ?

Le prêche de la haine ou l'écrasement de l'autre - qu'il s'agisse de la femme, du Juif, de l'homosexuel ou encore de l'athée — n'est pas une opinion. C'est un délit. Qui encourage le passage à d'autres délits et, un jour, au crime.

 

Le concept d' « islamophobie » : un abus de langage destiné à interdire le débat

 

Depuis quelques années, un nouveau concept a fait son apparition dans le langage islamiste. Il a, peu à peu — et sans aucun discernement — été repris par les médias puis par la classe politique ou par une partie d'entre elle : l'islamophobie. Ainsi, à en croire les islamistes, serait coupable d'islamophobie toute personne qui critique la religion musulmane ou, simplement, soninstrumentalisation politique par les islamistes.

Mal compris et souvent assimilé, consciemment ou inconsciemment, à une forme de racisme, ce terme tend bien évidemment à museler la critique et à empêcher tout débat. Or, cette interprétation est évidemment abusive puisqu'on pourrait très bien être islamophobe sans être pour autant raciste, comme on peut critiquer la religion juive sans être (p.151) judéophobe ou antisémite ou s'en prendre aux canons du Vatican sans être anti-occidental.

Correspondant néanmoins parfaitement à l'époque « politiquement correcte » que nous vivons, la catégorisation des adversaires de l'islamisme comme islamophobes a été acceptée par beaucoup, et confère à cette doctrine, et même à la religion musulmane, un statut exorbitant. Depuis 1968, en Occident, il est permis de critiquer tout et son contraire. Ainsi, peu à peu, la religion catholique et le christianisme, le pouvoir occulte prêté aux loges maçonniques, le monde politique, les syndicats, le patronat, le communisme, le capitalisme, la fonction publique, l'enseignement, les sectes religieuses et tant d'autres institutions ou références ont fait l'objet d'un examen critique. Voire de critiques non fondées et parfois outrancières. Il y a, certes, eu bien des excès, mais globalement le monde ne s'en est peut-être pas plus mal porté : ceux qui étaient mis en cause ont pu réfléchir à leur passé, leur doctrine et leurs pratiques, se défendre, tenter de convaincre ou encore évoluer.

Rien de tel avec la religion musulmane que la menace de l'accusation d'islamophobie rend, d'entrée, inattaquable. Et ne parlons même pas de la railler. Comme l'écrit l'intellectuel Pascal Bruckner : « En France, on peut chaque jour, notamment aux "Guignols de l'info", "bouffer du curé", se moquer du Pape, de Mère Teresa, du Dalaï-lama, mais jamais de l'islam, sous peine d'être accusé de racisme. »

Il semble clair que cet interdit se nourrit, en partie, de la mauvaise conscience des anciennes puissances coloniales, mais il est intéressant de retracer l'histoire du mot « islamophobie », que l'on rechercherait en vain dans bien des dictionnaires, ce qui tend à prouver qu'il n'a pas été d'usage au cours de ces dernières décennies. Une consultation des archives du quotidien de référence Le Monde fait apparaître deux utilisations de ce mot entre (p.152) 1987 et 2001. Selon certains auteurs, ce vocable serait né en Iran, aux premiers temps de la Révolution islamique, dans un contexte extrêmement précis : les mollahs l'utilisaient contre les femmes qui refusaient de se voiler et se voyaient accusées de « haine de l'islam » ou d'islamophobie. Plus tard, les mêmes dirigeants religieux ont employé ce terme pour qualifier les « ennemis de l'islam » tels l'écrivain Salman Rushdie. Ce mot a ensuite été introduit en France par... Tariq Ramadan,

Malheureusement, le caractère discutable du concept d'islamophobie ne semble pas toujours être compris au plus haut sommet de l'État. En janvier 2009, Nicolas Sarkozy ne déclarait-il pas : « L'antisémitisme et l'islamophobie seront condamnées avec la même sévérité. Il n'y a pas de place dans La République pour des antisémites ou des islamophobes. » Regrettable confusion de sens pour le premier magistrat de la République, sensé être le gardien de la laïcité et qui met ainsi sur le même pied la haine raciale dans l'une de ses manifestations les plus abjectes — l'antisémitisme a conduit aux six millions de morts de la Shoah... — et la critique, même excessive, d'une religion. Oui, il faut combattre le racisme, partout et toujours, quelle que soit sa victime. Non, attaquer une religion — même si c'est l'islam — n'a rien à voir avec le racisme.

Car s'en prendre à l'islamophobie n'est qu'une étape pour les islamistes et ceux qui leur servent la soupe. Bientôt ils interdiront le blasphème ou, du moins, ils tenteront de le faire. Déjà, la Commission dite « des droits de l'Homme » de l'ONU s'est attelée à la tâche. À la fin du mois de novembre 2008, cette commission adoptait une résolution demandant aux États d'empêcher, notamment par la loi, le dénigrement des religions. A-t-on oublié que le combat contre la religion et, surtout, contre son emprise sur la société, a fondé la modernité européenne ? A-t-on oublié Voltaire ?

(p.153) Ce n'est pas, en tout cas, ma conception de la démocratie — et je sais ne pas être seul de cet avis.

En novembre 2004, j'ai été violemment agressé par un jeune islamiste à la sortie d'un plateau de télévision où nous avions évoqué le voile islamique : il en résulta une commotion cérébrale et plusieurs semaines de repos forcé. Début 2008, mon agresseur comparaissait au tribunal. La cour m'autorisa à faire une brève déclaration que voici :

« Le problème que pose cette affaire, c 'est que cette conduite n 'est pas isolée, en Europe, aujourd'hui.. Du reste, dans les jours qui ont suivi mon agression, ma photographie a été publiée sur plusieurs sites Internet, agrémentée de légendes me traitant de "porc nazi" (sic), félicitant mon agresseur ou minimisant la gravité des faits.

Surtout, deux mois après mon agression, le 4 novembre 2004, le cinéaste Théo Van Gogh était égorgé sur les trottoirs d'Amsterdam pour avoir réalisé un film jugé blasphématoire par certains islamistes. Plus près de nous, au début de 2006, nous avons vu les manifestations de haine déclenchées par l'affaire dite des « caricatures de Mahomet ». Il règne en Europe aujourd'hui un climat détestable qui interdit toute critique de l'islam et de ses dérives. Cela doit cesser. L'islam est une religion comme toutes les autres, qui peut être critiquée. Surtout dans ses variantes extrémistes et intolérantes.

Or, la culture européenne, c 'est la, culture de la Liberté.

Cette liberté, nous en avons payé le prix depuis Voltaire et à travers les siècles. La liberté, certes, c 'est aussi la libertéde la religion et de pratiquer paisiblement celle-ci, quelle quelle soit. Mais cette liber té de religion, c'est la liberté d'avoir une religion ou de ne pas en avoir, de la pratiquer ou non et d'en changer, bien entendu, si l'on veut. Et, bien entendu, c'est également la liberté de blasphémer. Libre à ceux qui se sentent insultés d'acter en justice. Ils ne sont pas libres, en revanche, de tenter défaire taire l'autre par la violence.

Ce matin, je ne suis pas venu réclamer vengeance (...). Je n'attends nullement de vous, Monsieur le Président, que (p.154) vous fassiez peser dur L'avenir de mon agresseur une trop lourde hypothèque. Mais j'attende que dans votre jugement et dans ses attendue vous dit Lez haut et clair que la liberté d'expression n'est pas négociable et que L'irruption de La violence dans Le débat public ne peut être tolérée et qu 'elle ne le sera pas. »

Mon agresseur s'en est tiré avec une peine de principe mais la cour m'a entendu. Dans son jugement, le tribunal affirmait que le « droit au blasphème » devait être protégé.

Eh bien, j'en suis fier !

 

(p.155) VI L'ÉTRANGE MARIAGE « DE RAISON » ENTRE EXTRÊME GAUCHE ET ISLAMISME

J'avoue avoir fort peu de sympathie pour l'extrême gauche. Il faut dire que je la connais bien, même s'il y a bien longtemps que nous nous sommes croisés : durant mon adolescence, dans les années 1970, j'ai milité plusieurs années « à gauche de la gauche » et, par glissements progressifs, appartenu à diverses organisations dites « révolutionnaires » qui avaient pour caractéristiques d'être de plus en plus radicales. Pour faire court, vers vingt ans, j'ai rompu avec cette mouvance, essentiellement à cause de son antisémitisme qui, à mes yeux, n'a donc rien de vraiment nouveau. Je me suis longuement expliqué sur cette « erreur de jeunesse » dans l'avant-propos d'un de mes précédents ouvrages1 et je n'y reviendrai donc pas, sinon pour dire que j'ai connu de l'intérieur, si l'on peut dire, ce mélange de paranoïa et de schizophrénie politiques et d'attrait pour une violence purificatrice — qu'elle soit symbolique ou réelle — qui caractérise ce milieu. Sans parler, bien entendu, du talent incontestable pour la manipulation des jeunes esprits et pour l'occupation du terrain médiatique dont font preuve ses dirigeants.

 

1. « La Guerre sans visage : de Waddi Haddad à Oussama Ben Laden », Éditions Michel Lafon, Paris, 2002.

(p.156) Je n'ai pas plus de sympathie pour le communisme orthodoxe du genre PCF : ayant longuement travaillé derrière le rideau de fer dans les années 1980, j'ai eu la chance de voir agir sur le terrain cette horreur que l'on appelait le « socialisme réel ». Et, comme journaliste, /en ai témoigné, ce qui m'a valu, entre autres, une interdiction de séjour en Pologne entre 1984 et 1986. Ce système criminel et imbécile n'a pu se maintenir au pouvoir 70 ans en Union soviétique et quatre décennies en Europe centrale qu'au prix d'une féroce répression qui a fait des dizaines de millions de morts.

Si je peux comprendre que la misère dans laquelle était maintenue la classe ouvrière et l'espoir en un monde plus fraternel aient poussé des millions d'Européens vers le communisme dans les années 1920, j'estime qu'au plus tard à compter du milieu des années 1930 et des premiers « procès de Moscou » — avec leurs aveux plus absurdes les uns que les autres, fabriqués à la chaîne, leurs exécutions sommaires et leurs cohortes de déportés —, il était impossible de croire sincèrement au mirage communiste. Naïfs, imbéciles ou complices, tels étaient ceux qui continuaient à prêcher la vulgate marxiste.

Cela étant, il m'est arrivé de défendre les mêmes causes que cette gauche extrême. Par exemple, les droits des femmes. Ou le principe de laïcité. Cela fait un moment, hélas, que ce n'est plus possible de le faire. Car communistes et gauchistes ont, majoritairement, fait leur choix : celui de l'alliance avec l'islamisme militant. La présence d'une Marie-George Buffet ou d'un Olivier Besancenot aux côtés des islamistes de l'UOIF n'étonnera donc que ceux qui n'ont pas de mémoire. Et ceux-là sont condamnés, on me pardonnera d'être cru, à rester les éternels cocus de l'histoire. Ils en ont l'habitude. Tant pis pour eux.

(p.157) Cette alliance, bien entendu, est tactique, comme on le verra plus loin. Elle n'en est pas moins réelle et elle dépasse, malheureusement, les rangs de la gauche extrême pour contaminer la gauche « de pouvoir », entre autres le PS.

Quand le directeur de L'Humanité invente un crime de guerre

 

Ainsi, on les a vus marcher aux côtés de l'UOIF, derrière des femmes voilées, parmi les drapeaux du Hamas et du Hezbollah et bercés par de doux appels au djihad et à la disparition d'Israël, nos amis du Parti communiste, de la Ligue communiste révolutionnaire, du Partit travailleurs ou du Parti de Gauche. Et ils n'ont pas fait que défiler, nos ex-défenseurs des droits de la femme et de la laïcité. Ils ont aussi parlé. Chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion.

Certains des dirigeants ou des voix « autorisées » de la « gauche de la gauche » ne se sont pas privés, en effet, de faire des déclarations qui — surprise ? — ne sont guère marquées du sceau de l'objectivité.

Ainsi, Patrick Le Hyaric, directeur de L'Humanité, se lâche le 25 janvier sur Europe 1, et nous explique, au cas où nous ne l'aurions pas encore compris, que ce qui s'est passé à Gaza « ne peut pas se qualifier autrement que de crime de guerre ». Selon le patron du journal fondé par Jaurès — qui doit s'en retourner dans sa tombe - « On a eu des témoignages effroyables de familles où on a braqué les canons de chars devant la maison, fait sortir la famille, tué une à une des petites filles, la mère, la. grand-mère de ces petites filles (...) on a pulvérisé une ambulance. »

(p.158) Monsieur Le Hyaric accuse donc l'armée israélienne de s'être livrée au pire des crimes de guerre : sélectionner des enfants et les tuer. Faisons bien attention aux mots. Il ne parle pas, ici, d'une bombe tirée accidentellement, ni même du ciblage d'une école ou d'une crèche, mais du choix délibéré d'enfants, tués ensuite « un à un ». Il fait donc allusion à un acte qui n'a pu être commis que par des troupes au sol, au contact direct de leurs victimes et, donc, parfaitement conscientes des crimes horribles qu'elles perpétraient. A-t-il des preuves ? Il ne les apporte pas. Le journaliste qui l'interroge les lui demande-t-il ? Non ! Tout cela se passe comme si de rien n'était. Aurions- nous eu droit à la même scène si Monsieur Le Hyaric avait accusé, par exemple, l'armée française d'avoir sélectionné et « tué un à un d&i enfante » en Afghanistan ou de tout autre crime aussi absurde ? Il est permis d'en douter.

Eh bien moi, je les lui demande, ses preuves, à Monsieur Le Hyaric. Ainsi, des soldats israéliens ont « tué une à une des petites filles » ? Fort bien, mais quand ? Où ? À quelle unité appartenaient-ils ? Oui a révélé ce crime à M. Le Hyaric puisque lui-même, sauf erreur de nia part, n'était pas sur place ? Faute de réponses, je ne pourrai que le considérer comme un menteur voire comme un propagandiste de bas étage du Hamas.

Magnanime, il conclut pourtant : « II faut ramener Israël à la table dej négociations, conformément au droit international... » Pas un mot, pas un souffle sur le Hamas et ses crimes. Le même journal, il est vrai, avait enflammé les esprits en pleine crise, en publiant un numéro spécial exhibant des photographies terribles. Que toutes les sources utilisées pour réaliser cet exploit journalistique soient en fait contrôlées par le Hamas n'est, en définitive, qu'un détail.

(p.159) En bon communiste, Monsieur Le Hyaric, il faut dire, ne fait qu'appliquer à la lettre et sans état d'âme la ligne du parti. La Secrétaire générale du PCF, Marie-George Buffet, nous avait donné une leçon de révisionnisme identique, le 6 janvier : « D'annexions en colonisations, de blocus en mur de la honte », cette guerre sans issue « se nourrit en un terrible engrenage des fanatismes et de leurs violences ». Vous avez bien lu. Pas une syllabe, à nouveau, sur les attentats suicides qui, entre septembre 2000 et novembre 2005, ont fait mille morts et plusieurs milliers de blessés. Pas un mot sur les « martyrs » qui se font sauter au milieu d'une fête de mariage, pas un mot sur les 9 000 roquettes tirées sur Israël par le Hamas. Et, bien entendu, pas un mot sur le régime de terreur instauré par ce dernier à Gaza. Non, il y a un et un seul responsable du fanatisme et de la violence au Moyen-Orient et c'est - qui en douterait ? — l'Etat hébreu.

Cela étant, Madame Buffet n'est pas la seule à souffrir de cécité. Le 12 janvier, lorsqu'il prend la parole sur son blog, Jean-Luc Mélenchon évoque « Les opérations de guerre menées par Le Hamas contre Israël » et compare implicitement l'occupation israélienne (mais laquelle puisque les Israéliens se sont retirés de Gaza depuis 2005 ?) à l'occupation allemande en France. Les attentats suicides et les roquettes tirées sur des civils ? Des « opérations de guerre ». La riposte israélienne ? Un petit parfum de troisième Reich. Allons, Camarade Mélenchon, encore un effort et vous vous retrouverez un peu à la droite de Goebbels.

 

Aux origines d'une dérive

 

Plutôt que d'aligner les citations, ce qui serait facile mais ne mènerait qu'à établir un triste florilège, je préfère m'attarder un moment aux raisons de cette dérive : (p.160)  qu'est-ce qui a bien pu pousser une partie de la gauche dans le lit des islamistes militants ? La réponse est complexe ou, plutôt, il y a plusieurs raisons à cette évolution contre nature. De l'opportunisme au romantisme révolutionnaire en passant par la recherche effrénée de nouveaux modèles, c'est tout un faisceau de circonstances qui a provoqué ce séisme idéologique.

Depuis la fin des années 1980, l'extrême gauche et le communisme étaient virtuellement en état de faillite idéologique. L'effondrement du bloc communiste et le discrédit jeté sur le socialisme réel par la « révélation » de ses crimes et aberrations avaient démobilisé le gros des bataillons qui avaient cru en un monde meilleur et attendu les lendemains qui chantent. Le balancier de la politique revenait vers la droite et même parfois, du fait de l'insécurité grandissante ressentie par l'électeur, vers l'extrême droite.

Ces années 1980 avaient également été celles de la montée en puissance de l'islamisme politique qui, dans le tiers-monde, venait combler le vide laissé par la faillite des idéologies marxistes. Nombre de ceux qui se voyaient comme des révolutionnaires et auraient sans doute, une ou deux décennies plus tôt, rallié un Parti communiste clandestin ou une organisation trotskyste, se sont tournés vers l'islam. Ils ont été rejoints par ceux qui, chez eux ou en Europe, reprochaient à l'idéologie libérale triomphante de ne laisser aucune place à la dimension spirituelle et de n'être, en définitive, qu'un haïssable avatar du matérialisme.

Dans un premier temps, l'extrême gauche a évidemment très mal vécu cette concurrence inattendue, qui lui faisait d'autant plus mal qu'elle était à la recherche de nouvelles ressources pour renflouer ses effectifs déclinants. Puis, des alliances de circonstances se forgèrent « à travers les luttes », comme aiment à le dire les idéologues d'extrême (p.161) gauche. Dans des mobilisations contre le racisme, contre la « répression » sensée frapper l'immigration, gauchistes et islamistes se croisèrent et se jaugèrent. « L'anti-impérialisme » fut également l'un des creusets de cette nouvelle alliance. Lors de la première guerre du Golfe, les islamistes commencèrent à s'afficher aux côtés de la gauche, mais ils étaient encore minoritaires dans les cortèges, même si leur capacité de mobilisation fut appréciée.

Puisque nous en sommes à l'anti-impérialisme, il n'est pas inutile de rappeler que la cause palestinienne a toujours été extrêmement mobilisatrice pour les jeunes « révolutionnaires » européens, qui y voyaient l'exemple de la « guerre juste ». Certains, dans les années 1970 et 1980, allèrent jusqu'à prendre les armes et s'entraîner dans les camps du Liban, au sein du Commandement dej opérations spéciales à L'Etranger (COSE) créé par Waddi Haddad au profit de Georges Habbache2. En définitive, donc, ceux qui, aujourd'hui, emboîtent le pas au Hamas ne sont que les héritiers d'une vieille tradition de leur milieu.

L'idéologie — ici, la lutte contre l'impérialisme — et l'intérêt — la possibilité d'élargir l'assiette de ses contacts et la perspective de pouvoir s'y livrer à des recrutements — se marièrent donc, aux yeux de la gauche extrême.

C'est un trotskyste britannique, Chris Harman, qui théorisa le premier un possible rapprochement à travers un texte fondateur, « The Prophet and thé Prolétariat ». J'ai choisi d'en citer la conclusion, tant elle éclaire d'une lumière significative les choix qui ont été faits par certains :

 

2. Pour une histoire du COSE, organisation fascinante s'il en est, on se reportera, entre autres, à mon ouvrage déjà cité, « La Guerre sans visage : de Waddi Haddad à Oussama Ben Laden ».

(p.162) « Les jeunes islamistes sont en général les produits intelligents et sophistiqués de la société moderne. Ils lisent livres et journaux, regardent la télévision et sont donc au courant de toutes les divisions et des affrontements qui se produisent au sein de leurs propres mouvements. Quels que soient leurs efforts pour serrer Les rangs lorsqu 'ils sont confrontés à des "sécularistes ", de la gauche ou de la bourgeoisie, ils connaîtront des débats houleux, les opposant les uns aux autres — tout comme les ailes pro-russe et pro-chinoise du mouvement communiste mondial, apparemment monolithique, en avaient connu il y a trente ans. Ces débats créeront des doutes dans l'esprit de certains d'entre eux.

Les socialistes peuvent profiter de ces contradictions pour amener certains des islamistes les plus radicaux à remettre en cause leur attachement aux idées et aux organisations islamistes (...) Sur certaines questions nous serons dans le même camp que Les islamistes contre l'impérialisme et contre l'Etat. C'était le cas, par exemple, dans un grand nombre de pays lors de La seconde guerre du Golfe. Ce devrait être le cas dans des pays comme la France ou la Grande-Bretagne lorsqu 'il s'agit de combattre Le racisme. Là où Les islamistes sont dans L'opposition, notre règle de conduite doit être : "avec les islamistes parfois, avec L'Etat jamais ".

Mais même dans ce cas, nous divergeons des islamistes sur des questions fondamentales. Nous sommes pour le droit de critiquer la religion comme nous défendons le droit de la pratiquer. Nous défendons le droit de ne pas porter le foulard comme nous défendons Le droit des jeunes filles dans les pays racistes comme la France de le porter si elles le désirent. Nous nous opposons aux discriminations que pratique Le grand capital dans des pays comme l'Algérie à l'égard des arabophones — mais nous sommes aussi opposés aux discriminations dont sont victimes les berbérophones, certaines couches de travailleurs ou des couches inférieures de La petite bourgeoisie qui ont été élevées avec la Langue française. Par dessus tout, nous sommes opposés à toute action qui oppose, sur des bases religieuses ou ethniques, une fraction des exploités et des opprimés contre une autre. Cela signifie aussi bien défendre Les islamistes contre l'Etat que défendre Les femmes, Les homosexuels, les Berbères (p.163) ou les Coptes contre certains islamistes. Lorsque noué sommes dans le même camp que les islamistes, une de nos tâcher est de polémiquer avec fermeté avec eux, de leur opposer notre alternative — et pas seulement sur l'attitude de leurs organisations envers les femmes et les minorités mai) aussi sur la question fondamentale, à savoir, avons-nous besoin de la charité des riches ou de renverser et détruire les rapports de classe existante. Par le passé, la gauche a commis deux erreurs face aux islamistes. La première a été de Us considérer comme fascistes, avec lesquels rien de commun n'était possible. La seconde a été de les considérer comme des "progressistes" qu'il ne fallait pas critiquer.

Ces erreurs ont toutes deux contribué à aider les islamistes à croître aux dépens de la gauche dans la majoritédu Moyen-Orient. Il faut une approche différente, qui considère l'islamisme comme le produit d'une crise sociale profonde qu'il ne peut en aucune façon résoudre, qui se batte pour gagner certains de ses jeunes partisans à une autre perspective très différente, indépendante, socialiste révolutionnaire. »

 

Un échec annoncé

 

«Avec les islamistes parfois, avec l'Etat jamais ! » Tout est dit ! Mais quelle naïveté ou, plutôt, quelle hypocrisie ! Car une fois pris le « grand virage » de l'alliance avec les intégristes, jamais, à aucun moment, l'extrême gauche n'a « défendu les femmes contre certains islamistes ». Bien au contraire, au nom du droit à la différence, elle les a livrées en pâture. À Londres, on a vu des réunions internationales du mouvement anti-mondialisation organisées par des sympathisants du SWP (Socialist Workers Party) où femmes et hommes ne se côtoyaient pas et entraient dans les salles par des portes différentes. C'est sans doute là la version « gauchiste-britannique » de la « fermeté sur les principes ».

(p.164) L'extrême gauche en est-elle seulement sortie ren­forcée ? Même pas (et c'est tant mieux...) car elle n'a pas enregistré une seule adhésion de plus en provenance de ces milieux islamistes avec lesquels elle souhaitait « polémiquer fermement ». En revanche, elle a été totalement phagocytée. Ainsi, Harman et son Socialist Workers Party affichent aujourd'hui une solidarité totale avec le Hamas, « meneur de la résistance palestinienne » et qui a « gagné démocratiquement les élections ». Dans des textes théoriques, le SWP compare Al-Qaïda à un « mouvement de Libération nationale qui veut achever l'indépendance en obligeant l'impérialisme à reculer » et affirme qu'il n'existe aucun lien entre les attentats suicides et l'islamisme.

Je suis même prêt à paner que si recrutement il y a eu, il se produit dans le sens inverse à celui qui était souhaité par les nouveaux guides autoproclamés du prolétariat. Car la règle ne souffre, à ce jour, aucune exception : tous ceux qui ont pensé pouvoir se jouer de l'islamisme et le manipuler dans leur intérêt en ont payé le prix, qu'il s'agisse des gouvernements nationalistes du tiers-monde (comme en Algérie), des monarchies islamiques conservatrices (l'Arabie Saoudite en est un parfait exemple) et même du « monde occidental » (lors du premier djihad en Afghanistan). On voit mal pourquoi nos amis gauchistes échapperaient à ce funeste destin.

En Grande-Bretagne, cette consternante stupidité n'a pas empêché le courant du SWP de s'implanter fortement, et sans doute durablement, à la gauche du Parti travailliste. Il a profité, entre autres, du ralliement d'un poids lourd de la gauche du parti, George Galloway qui, après avoir quitté le Labour, a été l'un des fondateurs de Respect, une coalition qui, notamment, milite pour le port du voile dans les écoles et les administrations et courtise effrontément la frange la plus extrême de la communauté musulmane. En France, cette mouvance est représentée par Socialisme (p.165) par en bas, une ancienne « tendance » de la Ligue communiste révolutionnaire qui vient de se fondre dans le Nouveau Parti anticapitaliste d'Olivier Besancenot.

Il existe encore un espace, à gauche de l'extrême gauche : celui que les tenants de la « lutte armée » occupent. L'ancien terroriste « Carlos » - un marxiste-léniniste venu au terrorisme par sympathie pour la cause palestinienne, dans les années 1970 — affirme dans un livre au titre révélateur, « L'Islam révolutionnaire » : « L'Islam et le marxisme-léninisme sont les deux écoles dans lesquelles j'ai puisé le meilleur de mes analyses. » Et il qualifie Oussama Ben Laden d' « internationaliste panislamiste ». Il n'est pas isolé puisque « l'extrême gauche armée », ou ce qu'il en reste, a pris fait et cause pour l'islamisme en général et Al-Qaïda en particulier, au nom de « l'internationalisme révolutionnaire », de la lutte contre l'impérialisme et du rejet du « modèle occidental ».

D'autres sentiments, troubles, ont joué dans l'esprit de ceux qui, à gauche et non plus seulement à l'extrême gauche, sans spécialement chercher à s'allier avec les islamistes, les ont tolérés. Par exemple, le sentiment de culpabilité d'anciens colonisateurs face aux ex-colomsés. Ou encore une sorte de paternalisme inavoué voulant que les « Arabes » (ou d'autres musulmans) ne soient pas assez éclairés pour souhaiter accéder aux libertés qui nous semblent fondamentales.

Mais je serai juste. J'admets que certains - les naïfs -ont pu être amenés à cette fréquentation de l'islamisme par compassion pour une population qui « aurait trop souffert ». Ce sont les mêmes qui pencheront pour la cause palestinienne à la vue d'une photographie représentant un enfant, une pierre à la main, face à un blindé. L'image est ravageuse. Qui peut avoir un cœur et ne pas se sentir proche de l'enfant ? Je ne condamne pas ces naïfs, je les plains. Car leur générosité est abusée. On peut être pro-palestinien — du reste, je le répète une dernière fois, (p.166) je ne suis pas « anti-palestinien », ayant toujours été favorable à une solution négociée et à l'existence de deux États - et se poser des questions. La première et la plus importante, en l'occurrence, serait : que fait là cet enfant ?

Les Buffet, Besancenot et autres Mélenchon ne sont pas les seuls, cela étant, à soutenir le Hamas. Ils ont un allié de poids, même s'il est un peu encombrant : Jean-Marie Le Pen.

Pour le président à vie du Front National, jamais en retard d'une déclaration bien sentie quand il s'agit de faire comprendre ce qu'il pense des Juifs, Gaza est un... camp de concentration : « Uoffeiuive militaire de grande envergure Lancée contre les populations civiles concentrées dan,} ce qui est un véritable ghetto, an véritable camp de concentration, me paraît choquante et je souhaite que cela cesse. Ces gens sont enfermés dans un territoire dont ils ne peuvent pas sortir, il est évident que cela ressemble à un camp de concentration. Les tirs irritants, urticants mais peu efficaces des fusées du Hamas sur Israël ne pouvaient pas servir de prétexte Légitime à une offensive militaire de grande envergure d^une armée moderne. »

L'extrême gauche alliée à l'islamisme, lui-même soutenu par l'extrême droite : la boucle est bouclée3.

 

3. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, qui dépasse, de loin, le cadre de cet ouvrage, mais la fascination que l'islam et l'islamisme exercent sur la droite extrême n'est pas nouvelle. Elle se manifestait déjà avant la guerre, dans le soutien apporté par le régime hitlérien à la cause palestinienne, en laquelle les stratèges nazis voyaient un coin enfoncé dans l'empire britannique, et elle s'est poursuivie depuis. De nombreux cadres de la SS et de la Gestapo ont trouvé refuge, après guerre, dans les pays arabes et se sont convertis à l'islam. De même que nombre de dirigeants contemporains de l'extrême droite de tendance nazie. Alors que l'extrême droite nationaliste en reste le plus souvent à un racisme primaire face à « l'Arabe » ou au musulman, le néo-nazi voit d'abord en lui un ennemi du Juif...

(p.167) Finalement, le plus désolant n'est pas tant que ces formations extrémistes ou des partis sans grand avenir comme celui de Monsieur Mélenchon se commettent avec l'islamisme. Le plus triste est que des personnalités d'envergure nationale se trouvant à la gestion de grandes villes et de grands partis se soient, elles aussi, laissé séduire par les sirènes islamistes. Je pense évidemment à Martine Aubry, qui s'est opposée à la loi sur le voile et qui, dans sa ville de Lille, tolère l'ouverture alternée de piscines municipales afin que femmes et hommes ne s'y croisent pas - une revendication connue des fondamentalistes. Martine Aubry dont la municipalité finance des associations et des centres sociaux dans lesquels, au vu de tout un chacun, « on » a laissé se développer la non-mixité.

Comme je préfère la clarté de Patrick Kessel, président d'honneur du comité Laïcité République et ancien Grand Maître du Grand Orient de France, quand il choisit de mettre les choses au point. Écoutons-le : « La République Laisse à chaque citoyen La liberté de choisir sa vie, d'adopter ou de rejeter des us et coutumes souvent transmis par La naissance, des rites, une culture, une langue, une tradition, une foi qui participent de ce qu'il est convenu d'appeler une communauté. C'est bien la moindre des choses et on comprend parfaitement que face à la dureté sociale de la vie, on puisse a voir besoin de se retrou ver dans un groupe où l'on Je dent des affinités, des complicités, une écoute privilégiée, une solidarité, une famille élargie en quelque sorte. En l'état, de telles communautés ne posent aucun problème. On y entre, on en sort libre. Ces communautés sont affectives. Elles ne revendiquent rien, ni pour elles ni pour leurs membres. Là où les choses se gâtent, c'est lorsque de telles associations au nom d'une spécificité ethnique, religieuse, culturelle, sexuelle commencent par revendiquer des dérogations à la loi commune avant d'exiger des droits spécifiques. Il ne s'agit plus de partager des complicités, une langue, des fêtes ou des manifestations culturelles mais d'imposer des règles de vie, des lois qui peuvent être en totale contradiction avec les valeurs (p.168) républicaines. Ainsi, et ce n 'est pas le moindre des paradoxes, au nom de la démocratie réduite pour l'occasion à un droit à n 'importe quelle différence, certains porte-parole communautaristes en viennent-ils à contester les principes républicains, en premier lieu, l'égalité de droits entre hommes et femmes et l'émancipation de ces dernières. Ainsi le communautarisme constitue-t-il un véritable danger pour une République dont le projet est bien de garantir à chacune et chacun des siens la liber té de conscience et l'égalité des droits... »

Des « communautés affectives qui ne revendiquent rien ». Lorsque la gauche aura compris cela, elle redeviendra peut-être porteuse d'espoir.

 

(p.169) VII irresponsabilité médiatique

 

Je n'aime guère instruire le procès des médias. J'ai été moi-même journaliste. Je connais les multiples difficultés de ce métier et je respecte la plupart de ceux qui le font. D'autre part, on me dira qu'il est facile — mais fondamentalement injuste — de critiquer le facteur quand il apporte de mauvaises nouvelles. C'est vrai. Sauf si le facteur détourne le courrier. Or, c'est trop souvent ce que font bien des médias en ce qui concerne Israël : ils détournent purement et simplement l'information, la manipulent et nous servent une infecte bouillie pour bien-pensants en manque de « bonnes victimes » à plaindre.

Il est intéressant, toutefois, de constater que si les communautés juives - et, au-delà, tous ceux qui étaient soucieux d'une information plus équilibrée sur la crise de Gaza - n'ont pas ménagé des journaux et antennes qu'ils jugeaient peu objectifs, les médias arabes et les sympathisants de la cause palestinienne, de leur côté, ont développé un discours absolument symétrique en accusant les journalistes européens d'être trop complaisants par rapport à Israël et de ne pas suffisamment donner la parole aux Palestiniens.

On pourrait en conclure, en définitive, que la presse européenne a été plus ou moins objective et qu'elle a honnêtement couvert la crise. Je n'en crois rien. Je pense, (p.170) au   contraire,   que   cette   couverture   médiatique   a   été, globalement, biaisée.

Je le signale d'emblée : si j'écris ces lignes, c'est en partie à la demande d'amis journalistes, qui ne partagent pas toujours mes opinions mais qui sont venus vers moi, durant ces semaines de folie, pour s'indigner de ce que leur profession était devenue et se plaindre de la quasi unanimité qui régnait dans bien des rédactions dans la condamnation sans appel d'Israël. Ils tentent, simplement, de faire honnêtement leur métier. Et c'est à eux que je pense.

 

La loi du centimètre carré...

 

Premier problème, et il n'est pas nouveau, le conflit israélo-palestinien focalise de la part des médias une attention qui me semble démesurée à la fois par rapport à ses enjeux et à ses effets.

Quoi qu'en disent les beaux esprits, ce conflit n'a pas un caractère stratégique. Ce n'est pas là que se décide le sort du monde — même s'il peut parfoisy être influencé, par exemple, par la variation du prix du pétrole qui peut résulter d'un durcissement momentané de la crise. On ne peut oublier, bien entendu, que le premier « choc pétrolier », dans les années 1970, fut l'une des conséquences de la défaite arabe dans la guerre de Kippour. J'objecterai toutefois que le prix du pétrole, alors sous-évalué, était, de toute façon, appelé à grimper à un moment ou l'autre. Kippour ne fut qu'un prétexte. Du reste, au printemps 2008, le baril de pétrole flirtait avec les 150 dollars. En février 2009, il chutait vers les 35 dollars. Les trois semaines de guerre à Gaza qui, selon la logique de ceux qui lient les variations des cours au baromètre du Moyen-Orient, auraient dû entraîner une nouvelle flambée des prix, n'ont en fait rien changé. Autant pour l'argument « pétrolier ».

(p.171) Existe-t-il alors un risque de déflagration mondiale à partir du Moyen-Orient ? Non. Ce fut peut-être le cas à l'époque de la guerre froide. Mais ce n'est plus le cas aujourd'hui : dans un monde morcelé et qui en a fini avec la bipolarisation Est-Ouest, le risque de voir, par le jeu des alliances, le conflit du Moyen-Orient évoluer en une conflagration majeure et globale est inexistant.

N'en déplaise aux catastrophistes, le conflit israélo-palestinien est bien un « petit conflit », une guerre locale opposant une puissance régionale à des organisations infra-gouvernementales plus ou moins soutenues par deux pays, la Syrie et l'Iran, qui n'ont ni l'un ni l'autre, à l'heure actuelle, la capacité militaire d'affronter directement Israël. Je ne veux faire de peine à personne mais, en termes stratégiques, il n'y a pas là de quoi fouetter un chat.

« Mais vous n 'avez rien compris, mon cher ami », me rétorquera-t-on avec toute la commisération due à un débile léger, « ce conflit est un cancer qui ronge le monde et provoque la radicalisation des musulmans. C'est lui qui est la cause principale du terrorisme dans le monde... » Bon sang mais c'est bien sûr ! C'est bien évidemment parce que les Israéliens occupent la Cisjordanie et bombardent Gaza que des terroristes islamistes de la Jemmaah Islamiyya d'Asie1 commettent des attentats contre des Australiens et des hindouistes à Bali. C'est parce que les lieux saints musulmans de Jérusalem sont occupés par les impies que les néo-talibans vitriolent les petites filles afghanes qui veulent aller à l'école. C'est parce que Tsahal est une armée d'occupation arrogante que les sunnites égorgent à tour de bras les chutes à Bassorah.

 

1. La Jemmaah Islamiyya est présente dans toute l'Asie du Sud-Est. Proche de la mouvance Al-Qaïda, elle souhaite établir un Etat islamique (Califat) englobant l'Indonésie, la Malaisie, la Birmanie, Singapour, le sud des Philippines et le sud de la Thaïlande. On lui doit notamment plusieurs campagnes d'attentats sanglants à Bali et Djakarta.

(p.172) Et c'est parce que le drapeau à l'étoile de David flotte sur les rives orientales de la Méditerranée que des salopards ont fait sauter des trains, des métros et un bus à Madrid et à Londres.

Je suis vraiment un sombre crétin de ne pas avoir compris plus vite et plus tôt cette évidence : tout le malheur et toute l'insécurité du monde sont la conséquence des actions menées par Israël, sinon par sa seule existence. Eh bien non, désolé, une fois de plus, je refuse d'acheter cette géopolitique à deux balles. Et tant pis si 59 % des Européens interrogés dans le cadre d'un sondage « Eurobaromètre » de la Commission européenne estimaient, en 2003, que l'État hébreu était un danger pour la paix et même LE principal danger pour la paix mondiale. Cela prouve simplement, à mes yeux, pour autant que cette enquête d'opinion ait été bien conduite, que l'intelligence est moins répandue dans l'espèce humaine qu'on ne le croît généralement.

Soyons sérieux : si nous sommes aujourd'hui confrontés à l'islamisme et au terrorisme, qui est l'une de ses expressions, c'est parce que l'islam est malade et traverse une grave crise identitaire du fait de sa confrontation brutale à la modernité — je dis bien brutale : même au temps de la colonisation, les modes de vie traditionnels des musulmans avaient été respectés. À l'heure de la mondialisation, le reste du monde fait soudain son apparition — via Internet et la télévision satellitaire — jusqu'au fond du douar le plus reculé. Ou presque. Si le désordre règne aujourd'hui, c'est parce que le monde arabo-musulman est majoritairement injuste, corrompu et despotique — à la notable exception de pays comme le Maroc, la Tunisie ou encore la Jordanie, qui ont consenti d'immenses efforts pour se moderniser et améliorer la vie de leurs populations. L'essor de l'islamisme est le produit, tout à la fois, de l'effondrement des idéologies matérialistes, du besoin de spiritualité propre à l'homme, du sentiment d'impuissance et d'humiliation face à l'oppression (p.173) et de l'affrontement entre « anciens » et « modernes » au sein d'une religion qui doit s'adapter au monde moderne. Nous avons connu cela, en Europe, à l'époque des guerres de religion. N'en déplaise aux amateurs de simplisme, ni les Palestiniens ni les Israéliens ne trouvent place dans cette équation complexe.

Je ne nie pas que la propagande islamiste et djihadiste ne fasse pas un usage important de la cause palestinienne, je dis seulement que les racines du mal sont à chercher ailleurs.

Ce conflit n'a donc aucun intérêt stratégique réel. Peut- être, alors, est-ce son intensité qui focalise l'attention des médias ou l'ampleur du massacre ? Non, même pas. Le conflit israélo-palestinien est un conflit de basse intensité. Et quand il connaît une brusque poussée de fièvre, comme ce fut le cas fin 2008, on compte quelques centaines de morts — voire 1 350, selon le Hamas et tous les humanitaires qui lui ont emboîté le pas. On est quand même très loin des centaines de milliers de morts du Darfour, des 200 000 morts d'Algérie dans les années!990 ou du million de morts du Rwanda. Or, le Rwanda, le Darfour et l'Algérie ont- ils mobilisé autant l'attention de la presse ? Non, jamais. Pourquoi ? Mystère. Pas assez sexy sans doute ou alors la vie d'un Noir ne vaut pas celle d'un Palestinien. Ou alors encore, si un musulman est tué par un autre musulman, il n'intéresse pas nos médias. Trop compliqué à expliquer. Tant pis pour lui, il passera par pertes et profits !

Publicitaires et spécialistes des relations publiques ont une méthode particulière pour déterminer l'importance d'une campagne ou ses résultats : mesurer la surface en centimètres carrés dévolue à un sujet donné dans les médias. Faites le test, un mois durant pour le conflit israélo-palestinien et comparez les résultats que vous obtiendrez à ceux d'autres conflits bien plus sanglants : (p.174) vous serez surpris. Avec moins de morts, moins de brutalité et parfois moins d'implications géostratégiques, leur sujet de prédilection l'emportera haut la main.

Au moment où j'écris ces lignes, une guerre oubliée se déroule à l'autre bout du monde, là où l'armée du Sri Lanka tente d'éliminer les dernières poches de rebelles tamouls. Les Tigres tamouls enrôlent des enfants de 14 ans dans leurs rangs, l'armée régulière tire sur tout ce qui bouge, au moins 200 000 civils sont pris au piège et la presse est interdite de séjour sur place. Combien de « unes » de quotidiens consacrées à cette guerre ? Combien « d'ouvertures » de journaux télévisés ? Aucune. Pas plus, du reste, que de manifestants dans les rues. Pas de chance pour le Tamoul, il se vend moins bien que le Palestinien. Pas intéressant coco ! Trop compliqué, tout le monde s'en fout des Tamouls. Il est vrai que cette guerre des pauvres n'a fait que 70 000 morts en 25 ans. Soit 52 fois plus que la guerre à Gaza (et encore, si l'on se réfère aux chiffres du Hamas dont nous avons vu qu'ils étaient éminemment discutables), 1 346 fois plus de morts que le génocide de Jénme en 2002. Mais c'est de Gaza que vous parlent vos médias, et c'est Jénine qui faisait couler l'encre il y a 7 ans.

 

L'objectivité au placard

 

Donc, les journaux accordent une place excessive à un conflit local. Traitent-ils au moins les choses de manière objective ? Non, je ne le crois pas. L'évocation permanente des crimes de guerre (par des journalistes qui, pour la plupart, n'étaient pas sur place), des bombes au phosphore, des civils tués, la reprise sans recul des chiffres et informations complaisamment fournis par le Hamas ne me semblent pas être un exemple de professionnalisme.

(p.175) Quand la presse française cite le nombre de victimes, elle écrit « 1350 morts... ». Quand le New York Times fait de même, il écrit « 7 350 morts, selon Le ministère de la Santé à Gaza, contrôlé par le Hamas ». Toute la différence est là. On me pardonnera de préférer le journalisme « à l'américaine ».

Au-delà de l'attention démesurée réservée au conflit israélo-palestinien par les médias européens, le deuxième problème me semble donc être la manière dont cette couverture s'exerce. Systématiquement, les chiffres et révélations du Hamas ont été pris pour argent comptant par les journalistes alors que les déclarations des dirigeants israéliens étaient systématiquement sujettes à caution. Ainsi, Tsahal « bombarde des civils dans une école de l'UNRWA » (ce qui est faux, nous l'avons vu), affirmera-t-on, mais les terroristes « auraient tiré depuis cette position », selon les militaires israéliens (ici, on usera du conditionnel). Pourquoi accorder plus de crédit aux paroles de terroristes passés maîtres dans l'art de la propagande qu'à celles des responsables de l'armée d'un pays démocratique ? Mystère, mais le fait est là : la source palestinienne jouit d'un a prion favorable. La source israélienne, non.

Durant toute la crise de Gaza, la presse s'attardera très peu sur son origine et pratiquement pas sur les multiples crimes commis par le Hamas, le moindre n'étant pas d'avoir usé de la population civile comme d'un bouclier humain. Il faudra attendre le début du mois de février pour que -pour ne citer qu'un exemple — la chaîne de télévision France 2 consacre un long reportage à cette détestable pratique et nous révèle que le Hamas traquait sans pitié et assassinait ceux qui refusaient la présence de « combattants » sous leur toit.

C'est louable, certes, mais pour le moins tardif. Surtout quand on sait que la même chaîne s'était rendue coupable d'une très regrettable « bavure » au début du conflit, en diffusant d'épouvantables photographies de civils en (p.176) lambeaux, attribuant leur mort à un bombardement israélien. Il n'en était rien. En fait, ces images dataient de plusieurs années et illustraient les conséquences de l'explosion d'un véhicule du Hamas transportant des roquettes dans un quartier populaire. Face à la levée de boucliers qui suivra cette erreur, la chaîne s'excusera en précisant que les images étaient « anciennes » et qu'elles ne représentaient donc pas les effets de la guerre en cours. Erreur à moitié réparée seulement, puisque le téléspectateur ne saura jamais que les morts exhibés sur ces images étaient des victimes du Hamas et non d'Israël.

Autre exemple regrettable d'une objectivité pour le moins vacillante : plusieurs chaînes européennes consacreront des reportages au « tourisme de la guerre », pratiqué par quelques dizaines de personnes qui, chaque jour, gagnaient une colline proche d'Ashkelon, non loin de la bande de Gaza, pour assister aux bombardements « C'est amusant », dira même une Israélienne, « on peut voir les bombes explorer ». L'effet de ces images est évidemment dévastateur : elles donnent l'impression que les Israéliens sont des sadiques qui se réjouissent de la mort des Palestiniens et prennent plaisir à leurs souffrances considérées comme un spectacle. Est-il raisonnable de réduire tout un peuple au comportement d'une poignée d'imbéciles sans tête et sans cœur ? Est-il juste de ne pas dire que les choses se passent de la même manière du côté égyptien ? Mais ces images-là, on ne vous les montrera pas.

Pourquoi ces erreurs ? Pourquoi ce traitement partial, biaisé ? Parce qu'Israël doit correspondre à l'idée que se font trop de journalistes : une nation agressive, injuste, qui domine de manière brutale et éhontée les Palestiniens qui ne sont, eux, que des victimes et seulement des victimes. Le fait qu'ils aient porté au pouvoir le Hamas, une organisation islamo-fasciste — et que, donc, il faut bien qu'ils en assument les conséquences — sera gommé. Le soutien (p.177) tacite ou actif d'une partie de la population au terrorisme sera ignoré. À droite, la victime, à gauche, le bourreau. Ne vous fatiguez pas à choisir, on l'a déjà fait pour vous. Et il n'y pas de place pour la complexité dans ce scénario simpliste.

Caricatural ? À peine. Durant toute la guerre, le centre d'études que je dirige, l'ESISC, a diffusé, à son habitude, des analyses et commentaires qui n'allaient pas dans le sens souhaité. Plusieurs journalistes appartenant à la rédaction d'un « grand quotidien du soir » — suivez mon regard... - se désabonneront de nos services (par ailleurs gratuits...). L'un d'eux, avec un manque de savoir-vivre (et d'objectivité...) assez consternant, ira même jusqu'à critiquer mon « abyssale méconnaissance du Moyen-Orient ». Sans commentaire.

En définitive, je ne crois pas que la majorité des médias soit malhonnête, loin de là. Je crois seulement qu'ils pèchent par facilité et paresse intellectuelle et cèdent trop souvent — sur la question israélo-palestinienne, comme sur d'autres, au sensationnalisme et à la simplification excessive et que, trop régulièrement, ils laissent l'émotion l'emporter sur la raison.

 

Circulation circulaire de l'information

 

Il existe également un problème de fond dans le fonctionnement des médias. Les journalistes se lisent les uns les autres — ce qui est normal — et en viennent souvent à écrire les uns pour les autres. Ils s'observent, se copient, se (re) copient — jusque parfois dans la reproduction des mêmes fautes de syntaxe... — et perdent ainsi originalité et indépendance. C'est ce que le sociologue Pierre Bourdieu — plutôt marqué à gauche, on ne pourra m'accuser d'être sectaire — nommait « la circulation circulaire de l'information » :

(p.178) « Le fait que Les Journalistes qui, au demeurant ont beaucoup clé propriétés communes de condition mais aussi d'origine et de formation se Lisent les uns tes autres, se voient les uns les autres, se rencontrent constamment Les uns Les autres dans des débats où L'on revoit toujours Les mêmes, a des effets de fermeture et, il ne faut pas hésiter à le dire, de censure aussi efficace —plus efficace même parce que Le principe en est plus visible — que ceux d'une bureaucratie centrale, d'une intervention politique expresse... »

C'est ainsi que se forge « l'inconscient collectif » de toute une profession, avec, d'un côté ses maîtres à penser qui donnent le « la » et, de l'autre, ses grouillots qui exécutent. Dix fois répété, le mensonge ou l'erreur deviendra ainsi vérité. Les Soviétiques en leur temps l'avaient bien compris. Le KGB, célèbre, entre autres, pour ses « mesures actives », était passé maître dans l'art de la désinformation. La recette n'en était pas très compliquée : « on » faisait publier l'information voulue dans un obscur petit journal contrôlé par des « amis », puis cette information était reprise par un autre « ami », dans un média plus important, et ainsi de suite. Au bout d'un certain temps, plus besoin de faire intervenir des complices, l'information vivait sa propre vie, reprise sans cesse par de nouveaux médias. Le mensonge était devenu vérité.

Aujourd'hui, nul n'a besoin de bénéficier des services d'une centrale de désinformation : paresse et conformisme sont là pour « faire le travail ». Sans cesse, les journalistes se recopient. Ah, non, j'ai tort, pas « sans cesse », non. La preuve : l'information du Corrieredella Sera qui minimisait fortement les pertes palestiniennes à Gaza n'a pas été reprise, ou fort peu. Pas plus que l'enquête du Globe and Mail qui établissait que Tsahal n'avait jamais tiré sur l'école de Jabalya. Serait-ce parce que ces deux articles n'allaient pas dans le « sens » souhaité ?

Bizarre, vous avez dit « Bizarre ! » ? Tiens, comme c'est bizarre...

 

(p.179) EN GUISE DE CONCLUSION, DERNIÈRES NOUVELLES DU FRONT...

J'en arrive aux dernières pages de ce livre écrit dans la colère et l'urgence. Je me rends bien compte que je ne convaincrai sans doute que ceux qui feront l'effort de laisser tomber leurs œillères. Les autres continueront à vitupérer, à vouer Israël aux gémonies, à être les « idiots utiles » des fossoyeurs islamistes de la démocratie et à marcher sous la bannière des tueurs d'enfants que sont les islamo-fascistes du Hamas et du Hezbollah.

J'en arrive aux dernières pages de cet ouvrage et je jette un coup d'œil au terrible spectacle que nous livre le monde. Les nouvelles sont là, certaines sont bonnes, d'autres le sont moins, d'autres encore sont carrément détestables. Revue de presse...

Au Moyen-Orient, la querelle des chiffres continue. Le Hamasaccusetoujours Israëld'avoirtué 1 350personnes dont « 895 civils ». Un rapport militaire israélien fait, lui, le recensement de 1 200 morts « précisément identifiés ». L'important n'est pas dans les chiffres, l'important est que la démocratie israélienne souhaite établir la vérité et ne cherche pas, elle, à truquer les chiffres.

Mais les polémiques continuent, bien évidemment. Au début du mois de mars, lors d'un séminaire tenu à huis clos dans une académie militaire israélienne, des soldats (p.180) ont fait état de crimes de guerre commis contre des civils durant l'offensive. Le meurtre délibéré d'une vieille dame et celui d'une mère et de ses deux enfants ont, entre autres, été évoqués. La presse s'est emparée de l'affaire qui a rapidement fait le tour du monde. TdahaL a aussitôt diligente une enquête criminelle. L'affaire a été classée quand il s'est avéré qu'aucun des militaires qui avaient évoqué les faits n'en avaient été les témoins directs et qu'il ne s'agissait que de ouï-dire inexploitable du point de vue judiciaire, faute de preuves. Mais d'autres enquêtes étaient toujours en cours au début du printemps.

À Gaza, entre le cessez-le-feu du 18 janvier et le 1er février, le Hamas et d'autres organisations terroristes ont violé la trêve à 12 reprises, soit presque une fois par jour. Entre le 26 janvier et le 31 mars 2009, une centaine de roquettes et une cinquantaine d'obus de mortiers ont ainsi été tirés depuis Gaza.

À Gaza-City, l'hôpital Shifa a été transformé en prison et en centre d'interrogatoire. D'après le ministère palestinien de la Santé, à Ramallah, des chambres, voire des étages entiers ont également été réquisitionnés dans l'hôpital Al- Nasser à Khan Yunis et dans un hôpital psychiatrique, et sont utilisés comme centres de torture pour les opposants à l'organisation terroriste. On ne peut pas dire que ces informations aient fait la une de la presse mondiale ni précipité les foules dans les rues pour protester contre ces violations des droits de l'homme.

Le 10 février 2009, Amnesty international a pourtant publié un nouveau rapport accusant le Hamas d'avoir mené, durant l'opération « Plomb durci », une « campagne de mort » contre les Palestiniens suspectés de collaborer avec Israël. Basant ses dires sur une enquête de terrain et de nombreux témoignages, l'organisation de défense des droits de l'Homme affirme qu' « au moins 24 personnes ont (p.181) été abattues », tandis que d'autres ont été battues, torturées et mutilées. Ce document n'a suscité qu'une indifférence générale.

Le 31 mars, on apprenait qu'une quarantaine de cadres du Fatah vivant à Gaza s'étaient exilés aux Émirats arabes unis, avec leurs familles, pour échapper à la folie meurtrière du Hamas. L'information n'a pas rencontré énormément d'échos dans les médias internationaux...

Le 2 avril 2009, un terroriste non identifié s'est introduit dans une colonie juive de Cisjordame et a massacré, à la hache, un adolescent de 16 ans. Un enfant de 7 ans a également été frappé et grièvement blessé. On nous dira sans doute qu'il s'agit là d'un acte de résistance « légitime ».

Au Koweït, le 2 février 2009, le professeur Abdallah Al- Nafisi a, au cours d'une conférence, décrit ce que pourrait être une attaque biologique sur les États-Unis : « Quatre livres d'anthrax dans une petite valise, quatre livres transportées dans un tunnel du Mexique aux Etats-Unis tueraient 330 000 Américains en une heure, sl le produit était correctement utilisé... Le 11 septembre serait une toute petite affaire en comparaison ! Pas besoin d'avions, de complots, de calculer les horaires et tout cela ! Une personne qui aurait Le courage de transporter quatre Livres d'anthrax sur La pelouse, devant La Maison-Blanche et de répandre ses "confettis" là-bas... Et il y aurait des cris de joie. Ce serait la célébration... Les armes de destruction massive, c'est ça le problème. Les Américains en ont peur car ils peuvent tomber dans les mains des "terroristes"... Ils [les terroristes] ont des scientifiques, des chimistes, des physiciens nucléaires ; ils n 'ont rien à voir avec ce que nous disent les journalistes mercenaires [qui dépeignent] des bédouins arriérés vivant dans une caverne. Non, ce genre de discours ne peut convaincre que les fous. Ils ont des laboratoires, comme le Hezbollah au Sud-Liban... S'ils appellent quelqu'un "terroriste", dites "c'est mon ami ! ". Pourquoi ? Parce que ce sont Les personnes (p.182) qui craignent Le plus Dieu, ce sont les personnes les plus honorables au monde, les meilleures personnes du monde... »

Abdallah Al-Nafisi n'est pas un jeune illuminé ni même un vieillard sénile, comme pourrait le faire croire son apparence : c'est un intellectuel réputé, un enseignant, un idéologue islamiste. Dans la salle, des centaines de personnes l'ont écouté, ri à ses plaisanteries, applaudi à son délire et approuvé quand il a appelé à faire taire par « tous les moyens, vous m'avez compris, tous les moyens » les journalistes arabes hostiles au terrorisme. Cerise sur le gâteau : la conférence a même été partiellement retransmise par al-Jazira.

A Caracas, dans la foulée de la rupture des relations diplomatiques entre le Venezuela et Israël, des nervis contrôlés par les amis de Monsieur Hugo Chavez ont attaqué la synagogue Tiferet.

Au Caire, loin de toute propagande, le président Hosm Moubarak parle vrai quand il dit : « Jusqu'à quand le sang arabe continuera-t-il d'être versé pour que quelqu'un reconnaisse qu 'il s'est trompé dans son estimation sur la réaction israélienne et son ampleur ? [...] L'Egypte a ouvertement fait la paix avec Israël, et plusieurs de ceux qui nous critiquent ont également des relations serrées avec l'Etat hébreu, derrière des portes closes, alors que d'autres pays désirent ardemment la paix avec Israël. »

À Bruxelles, dans un discours choc, le directeur de la police judiciaire, Glen Audenaert, a fait part de son inquiétude : « Les études montrent que Bruxelles est l'une des villes les plus mondialisées au monde. Pour sept jeunes sur dix en obligation scolaire, leur langue maternelle n 'est ni le néerlandais ni le français... La situation politique internationale, en général, et les questions autour du Moyen-Orient ont une influence évidente sur la radicalisation de la communauté musulmane de notre pays [...] Je suis donc très préoccupé par l'intégration des jeunes dans la capitale... »

(p.183) Si, à Bruxelles, on commence à regarder la vérité en face, à Londres, en revanche, on s'enfonce dans la politique d'apaisement face aux fondamentalistes. À la mi-février, la ministre de l'Intérieur, Jacqui Smith, n'a rien trouvé de mieux à faire que de se couvrir la tête d'un voile islamique (Hijab) pour rencontrer des musulmanes. Le voile est-il une tradition britannique ? Une ministre de Sa Majesté doit-elle entériner ce qu'il signifie quant à l'infériorité de la femme ? Est-il vraiment nécessaire de renoncer à sa culture et à ses valeurs pour « intégrer » l'étranger ?

Le 28 février, le prêcheur extrémiste Anjem Choudary, qui fait pourtant l'objet de poursuites pour avoir incité à commettre des attentats sur le sol britannique, a été autorisé à organiser une manifestation pour réclamer l'application stricte de la charia au Royaume-Uni. Depuis Londres toujours, l'islamiste radical tunisien Rachid Ghanouchi déclarait, quelques jours auparavant, sur la chaîne satellitaire al-Hiwar, qu'il « admirait » les roquettes Oassam, une « arme civilisée » ayant « seulement pour but de terroriser ». « Terroriser a, ici, une signification magnifique », ajoutait celui que tant de journalistes occidentaux - entre autres français — s'échinent depuis des années à nous présenter comme un « modéré » qui incarnerait l'opposition idéale au « tyran » Ben Ali. Dont acte.

En revanche, le député populiste néerlandais Geerts Wilders qui a réalisé un film critique sur l'Islam -Fitna1 - a

 

1. Fitna a été extrêmement critiqué depuis sa première diffusion sur Internet, début 2008, essentiellement, semble-t-il, par des gens qui ne l'ont pas vu ou pas compris. Si la thèse générale du court-métrage de 15 minutes - qui établit un lien de causalité entre le Coran et la violence terroriste et établit un parallèle entre le livre sacré et Mein Kampf - est discutable, mais il n'a rien de raciste et ne contient aucune attaque contre des personnes ou contre une « communauté ». Mais comme il est interdit de critiquer l'islam...

(p.184) été purement et simplement expulsé de Grande-Bretagne. Il avait été invité par un membre de la Chambre des Lords à s'exprimer devant un groupe de parlementaires, au cours d'une réunion privée, durant laquelle son film devait être projeté. Un autre membre de l'honorable assemblée, Lord Ahmed, d'origine pakistanaise, a alors menacé de mobiliser des milliers de musulmans pour empêcher Geert Wilders de pénétrer dans l'enceinte du Parlement. Le gouvernement travailliste et, plus précisément, Madame Jacqui Smith ont donc fait arrêter M. Wilders, qui a été reconduit vers son avion.

En résumé, à Londres, le premier agitateur venu peut prêcher le djihad dans une mosquée mais un élu du peuple d'un pays membre de l'Union européenne ne peut s'exprimer, à huis clos, devant ses pairs ! Quoi qu'on pense par ailleurs des idées de Monsieur Wilders, on ne peut que s'étonner de cette liberté d'expression à géométrie variable. Nos amis britanniques, qui ont permis au cancer islamiste de se répandre à travers l'Europe grâce à leur politique de « tolérance », qui a transformé leur capitale en Londonistan, n'ont décidément rien compris. Ils pensent sans doute calmer le jeu, mais ne font, en définitive, que se préparer de nouveaux « 7 juillet »2 et de nouvelles défaites.

Les ennuis de Geert Wilders ne s'arrêtent d'ailleurs pas là : dans son propre pays, il s'est vu inculpé, le 21 janvier, pour avoir tenu « un discours de haine » contre les musulmans.

C'est une voix musulmane qui s'élèvera le plus haut pour dénoncer cette lâcheté, celle du politologue canadien Sahm Mansur : « L'effort des islamistes pour réduire la critique au silencefait partie d'un vajte programme en vue de l'imposition

 

2. Le 1 juillet 2005, quatre kamikazes se faisaient sauter dans trois rames de métro et un autobus. Bilan : 56 morts et 700 blessés.

(p.185) complète et non réformée de la charia — les lois découlant du Coran et codifiées dans le premier millénaire de l'ère chrétienne - dans le monde arabo-musulman, et son acceptation par les gouvernements d'Europe et d'Amérique du Nord pour permettre aux musulmans vivant en Occident de vivre selon les normes d'un code juridique de l'ère pré-moderne. Ce programme est soutenu par l'initiative des 57 membres de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) à l'ONUen vue de combattre la "diffamation des religions" par le biais du droit international des droits de la personne dans le but de réduire au silence par voie judiciaire tous ceux qui critiquent l'islam ou les musulmans. L'inculpation de Wilders par la justice hollandaise qui, se contorsionne pour accommoder l'OCI, encouragera les islamistes partout dans le monde. Il n'y a pas de meilleur avertissement pour l'Europe et l'Occident de ce que signifie épouser l'agenda islamiste que de prendre la pleine mesure de la transformation du monde arabo-musulman en désert culturel sous les assauts implacables des islamistes contre la civilisation. »

Cela étant, il faut souligner que si les politiques britanniques font preuve d'une complaisance coupable, pour ne pas dire d'une grande lâcheté, les services de sécurité, eux, continuent à faire leur travail. À la fin du mois de mars, six personnes ont été arrêtées à Londres, suite aux violences qui s'étaient produites devant l'ambassade d'Israël, à Kensington, en décembre 2008 et en janvier 2009. L'un d'eux, âgé de 18 ans, vivait dans la maison de l'imam extrémiste, d'origine égyptienne, Abu Hamza, actuellement détenu après avoir été condamné à sept ans de prison pour incitation au meurtre et à la haine raciale. Surprise ? Une quarantaine d'autres suspects sont recherchés.

Au Danemark, un sondage révélait, le 12 février, que la moitié des musulmans des première et deuxième générations souhaitaient l'adoption d'une loi interdisant la critique des religions, notamment par les médias... En Norvège, on a déjà franchi une autre étape, puisque le ministre de l'Intérieur a présenté un projet de loi allant dans ce sens.

(p.186) En Suède, c'est un rapport de deux spécialistes du terrorisme, Magnus Ranstorp et Josefine Dos Santos, qui nous livre un éclairage révélateur sur le contrôle absolu exercé sur le quartier de Rosengaard à Malmö par les intégristes : ces derniers décident du code vestimentaire à adopter, observent les familles et leurs manières de vivre et surveillent les opinions des uns et des autres. « Des familles qui viennent de s 'installer et qui n'ont jamais été particulièrement religieuses ou traditionnelles admettent qu'elles vivaient plus librement dans leur pays d'origine », soulignent les deux experts.

À Berlin, un autre rapport, rédigé par l'Institut pour la Population et le Développement, nous apprend que les immigrés turcs sont souvent peu intégrés : « Après parfois trois générations en Allemagne, parfois avec un passeport allemand, un nombre alarmant et élevé d'immigrés vivent dans une société parallèle et leur avenir semble mauvais. »

Bien entendu, je l'ai déjà dit et le répète, une part importante du problème que nous rencontrons aujourd'hui, dans la gestion de l'islamisme et de nos rapports avec le monde musulman, découle de nos propres erreurs. Nous avons raté, en grande partie, l'intégration.

De passage aux Etats-Unis en février 2009, alors que je mettais la dernière main à cet ouvrage, j'ai eu la chance d'être invité à la prestation de serment d'un ami français qui, a adopté la nationalité américaine. La cérémonie était simple, émouvante : 47 personnes, 18 nationalités : des Afghans, des Vietnamiens, des Chinois, un Syrien, des Mexicains, un Français... Un petit film explicatif sur la démocratie américaine intitulé « We, the people... » (les trois premiers mots de la Constitution) a été projeté. Puis, après l'hymne national, l'officier d'immigration a énuméré les pays dont des ressortissants étaient présents.

(p.187) Quand un pays était cité, ses citoyens se levaient et restaient debout ; peu à peu, tout le monde se tenait debout, vivante illustration du fait que la Nation à laquelle ces immigrants appartiendraient désormais est formée de millions de gens différents venus de tous horizons. Ensuite ont eu lieu la prestation de serment et la remise individuelle du certificat de nationalité. À chaque remise, toute la salle applaudissait. Voilà, c'était fait : « L'Amérique est meilleure depuis quelques minutée parce que vous en êtes une partie ! Défendez-la et protégez-la, l'Amérique est un idéal... » Cela fera sourire les blasés et les cyniques mais c'était fort et prenant. Des gens de tous âges, de toutes races, de toutes conditions, certains tirés à quatre épingles, d'autres en tee-shirt et casquette de base-bail inversée... L'Amérique. Une nation qui est une machine à fabriquer des Américains. Alors que trop souvent, en matière d'immigration, nos vieux pays européens ont été des machines à fabriquer de l'exclusion.

Et les extrémistes, bien entendu, en ont fait leur miel pour s'imposer, pour prendre peu à peu le contrôle de communautés entières, pour réduire au silence leurs opposants et commencer à mettre en œuvre leur agenda politique. Maintenant, ils sont là, dans nos cités. Et nous, engoncés dans notre confort, paresseux, lâches, indignes des valeurs que nous prétendons défendre, nous ne luttons plus que mollement, nous cédons du terrain. Chaque jour, la fracture se creuse un peu plus. Et de cela, au fond, la crise qui, en Europe, a accompagné ces trois semaines de guerre à Gaza, n'a été qu'un révélateur de plus.

Dans le remarquable documentaire « The Third Jihad » — réalisé par le Dr Zhun Jasser, un médecin américain de confession musulmane qui, a servi dans l'U.S. Navy — un autre médecin engagé contre le fondamentalisme, le Docteur Tawfik Hamid, témoigne. Il sait de quoi il parle : adolescent et vivant alors en Egypte, il avait rejoint (p.188) la Jemmaah Ijlamlyya. Pour lui, les choses sont claires : « L'islamisme est comme le cancer. Vous devez le vaincre où c'est lui qui vousaura. »

Aux dernières nouvelles, en Europe et ailleurs dans le monde, la maladie progresse.

00:24 Écrit par justitia & veritas | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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